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Volontaires de la Croix-Rouge au Liban : du crépuscule à l’aube, un long cauchemar
31 juillet 2006
Ayad el-Mounzer, Croix-Rouge libanaise
Depuis le déclenchement des hostilités il y a deux semaines, plus de 5000 volontaires et employés de la Croix-Rouge libanaise s’emploient dans des conditions de plus en plus dangereuses à évacuer blessés et malades et à distribuer des articles de première nécessité aux familles déplacées, opérant parfois au péril de leur propre vie, en particulier dans le sud du pays. Le personnel paramédical de la Société nationale assure l’unique service d’ambulances du pays, chargeant les patients dans les zones proches de la frontière avec Israël pour les emmener à Tir, puis, de là, vers des villes plus sûres, comme Beyrouth. La Croix-Rouge est une des rares organisations en mesure d’évacuer les blessés de guerre et les civils pris dans la tourmente.

Georges Kettaneh, directeur des équipes médicales d’urgence, explique que la Croix-Rouge libanaise est en état d’alerte permanente et qu’elle coordonne son action avec le ministère de la Santé et avec la commission des secours d’urgence. Les ponts et les routes ayant subi de lourds dommages, ses équipes ont le plus grand mal à atteindre les villages du sud pratiquement coupés du monde extérieur, où des milliers de personnes manquent cruellement d’eau et de nourriture. Ces dégâts ralentissent considérablement l’évacuation des familles en danger et des blessés, ainsi que l’acheminement des médicaments et autres secours.

Dans le cadre de près de 3000 missions de premiers secours et de sauvetage, quelque 2400 volontaires ont néanmoins déjà transporté plus de 2200 personnes, amené près de 500 blessés à l’hôpital et évacué plus de 100 corps. Environ 2000 autres volontaires fournissent une assistance au jour le jour à plus de
43 000 de malades et de personnes déplacées. Georges Kettaneh insiste sur les énormes difficultés que comporte l’accès à certaines communautés isolées ou vivant dans les régions pilonnées par un déluge de bombes.

Même au coeur des zones les plus dangereuses, les volontaires de la Croix-Rouge assurent une présence dans des postes de premiers secours, où ils se tiennent prêts à répondre à toute urgence. Du crépuscule à l’aube, leur vie se transforme en un long cauchemar. Dans le fracas des bombes, ils attendent un éventuel appel pour aller dégager des victimes parmi les décombres, au milieu de nuages de fumée.

Quand Walid s’est engagé à la Croix-Rouge il y a trois ans, il pensait que son travail se résumerait à prodiguer les premiers secours à des personnes âgées victimes de crises cardiaques. Jusqu’à ces dernières semaines, il croyait que la situation la plus pénible à laquelle il pourrait se trouver confronté consisterait à secourir des accidentés de la route. Il n’aurait jamais imaginé que sa propre vie puisse être mise en danger dans l’accomplissement de ses missions. Et il n’aurait jamais imaginé voir un jour tant de blessés et de morts, ensevelis sous les ruines de bâtiments effondrés, dans des rues qui semblent appartenir à un autre monde, qui ressemblent à “l’enfer sur terre”.

Walid n’est, de loin, pas le seul volontaire dans ce cas. Depuis quinze jours, ils sont des centaines à s’activer sans interruption comme des abeilles dans une ruche et, parmi eux, certains se sont engagés après le déclenchement des hostilités, conscients que leur travail serait extrêmement difficile et périlleux.

D’autres ont déjà une longue expérience de la Croix-Rouge. Abdallah, secouriste depuis 1992, affirme qu’il est devenu beaucoup plus fort d’avoir vu mourir tant de personnes et que rien ne saurait désormais l’empêcher de porter assistance aux victimes. Récemment, il s’est trouvé avec des collègues dans une situation particulièrement critique. “Je me demande à présent par quel miracle il ne m’est rien arrivé lorsque j’ai secouru à l’aéroport un blessé qui gisait à proximité de bidons de carburant, juste après un bombardement. Qui sait pourquoi je n’ai pas été blessé moi-même et comment j’ai pu venir en aide à cette personne?”

A plusieurs reprises, des ambulances de la Croix-Rouge libanaise ont été frappées ou ont évité de justesse des tirs d’artillerie. Au cours des derniers jours, la Société nationale a signalé cinq incidents de sécurité. L’un d’eux s’est produit le 23 juillet à Cana, un village du Sud-Liban. Au moment où des secouristes transféraient des patients d’une ambulance à une autre, les deux véhicules ont été touchés, alors qu’ils étaient clairement signalés par l’emblème de la croix rouge et par leurs gyrophares. Neuf personnes, parmi lesquelles six employés de la Croix-Rouge, ont été blessées.

Le 25 juillet, un poste de premiers secours a subi une frappe indirecte à Tebnine. Des employés ont été blessés et les ambulances endommagées. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a signalé l’incident aux autorités israéliennes et les a appelées à prendre des mesures adéquates afin d’éviter que de tels faits se reproduisent. La Croix-Rouge libanaise dispose de quarante-deux postes d’ambulances à travers le pays et d’un parc – vieillissant – de 200 véhicules. Elle administre également un réseau national de vingt-quatre cliniques de soins de santé primaires, d’autant de dispensaires, de huit cliniques mobiles et de neuf banques du sang qui opèrent actuellement 24 heures sur 24, en raison de la gravité de la situation.
Dans le cadre de près de 3000 missions de premiers secours et de sauvetage, quelque 2400 volontaires ont néanmoins déjà transporté plus de 2200 personnes, amené près de 500 blessés à l’hôpital et évacué plus de 100 corps. (p14338)
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