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Viet Nam : la Croix-Rouge et ses héros apportent un peu d’espoir aux milliers de victimes des inondations
9 octobre 2007
Joe Lowry, délégué régional à l’information, Fédération internationale, Viet Nam
Dans un pays confronté aux pires inondations de son histoire, les employés et volontaires de la Croix-Rouge du Viet Nam (VNRC) font preuve d’un véritable héroïsme.

De nombreuses vies ont pu être sauvées suite à la décision prise par le gouvernement d'évacuer des centaines de milliers d'habitants menacées par les inondations, d’autres le sont grâce au travail des volontaires de la Croix-Rouge du Viet Nam qui, chaque heure, apportent un peu d’espoir aux populations sinistrées.

Accompagnés de membres de la protection civile et des équipes de recherche et de secours, ils se rendent dans les villages en bateau, en pirogue ou en voiture afin de distribuer aux populations affectées les stocks de nourriture dont ils diposent.

On estime à vingt millions le nombre de personnes touchées par les inondations depuis le mois de juillet. Des milliers de maisons ont été détruites, des dizaines de personnes sont décédées et les cultures de riz ont été dévastées par les pluies torrentielles provoquées par le passage du typhon Lekima.

La Fédération internationale lance un appel d’urgence de 3,2 millions de francs suisses pour permettre à la Croix-Rouge du Viet Nam de distribuer du riz, des articles d’urgence, des moustiquaires, des conteneurs d’eau et des couvertures à près de 200 000 personnes dans les sept provinces les plus durement touchées. La somme de 200 000 francs suisses a d'ores et déjà été débloquée du Fonds d'urgence pour les secours lors de catastrophes (DREF) pour faire en sorte que les opérations de secours puissent se poursuivent. La population, les entreprises, les communautés et les expatriés vietnamiens se sont également fortement mobilisés et ont fait don de centaines de milliers de francs en argent et en articles de secours.

Les médecins des centres locaux de santé mettent en garde contre les risques de diarrhée et d’autres maladies hydriques si aucun dispositif n’est mis en place en matière d’eau et d’assainissement. Selon les responsables de deux centres médicaux que nous avons visités mercredi, le nombre de patients a été multiplié par cinq ces derniers jours. Nous avons vu de nombreux habitants, y compris des personnes très âgées, braver les eaux, qui leur arrivait à hauteur de ceinture, pour se procurer des médicaments.

Dans les régions situées en plaine, les eaux commencent à se retirer lentement, même si certains endroits restent noyés sous six mètres d’eau. Dans la province de Ninh Bin, près de Hanoï, des dizaines de personnes campent sur les digues, un mètre au-dessus des eaux stagnantes.« J’ai participé à la construction de cette digue dans les années 60 et maintenant j'y vis », dit Dinh Thi Van, 69 ans. Nous dormons avec nos cochons et nos buffles sous de fines bâches en plastique.

Van précise que les dix membres de sa grande famille dorment à tour de rôle dans les deux lits installés dans un abri de fortune que la famille a construit avec du bambou ramassé dans les eaux de pluie et recouvert d’une bâche en plastique, une bâche qui sert habituellement à faire sécher le riz. Son seul souhait est de pouvoir retourner dans sa maison. Elle raconte que la nuit dernière, elle s’est réveillée avec un serpent autour du cou.

Dinh Tiung Nhat, un fermier de 61 ans, est totalement abattu. Il est assis sur un bateau avec sa petite fille, Bui Thi Hue, 13 ans, près de sa maison qui abrite aujourd'hui une quinzaine de personnes. Nhat a perdu l’ensemble de sa récolte annuelle ; il lui reste juste de quoi nourrir sa famille pendant un mois. Plus inquiétant encore, il ne dispose que de deux jours de réserve d’eau potable.

« L’eau est ce dont nous avons le plus besoin. Nous en utilisons le moins possible, mais il nous faut des tablettes de purification, ainsi que du fuel et des ustensiles de cuisine, » précise Nhat.

Dimanche, nous nous sommes rendus en bateau à Thanh Hoa avec trois membres de la section locale de la Croix-Rouge, Hoang Tien Thien, son Président, le docteur Vu Thank Khuong et le docteur Phom Van Khoi. Le bateau était rempli de sacs en plastique contenant du pain, des nouilles déshydratées, des biscuits, de l’aspirine et des médicaments anti-diarrhéiques. Les nombreuses carcasses d’animaux, les excréments et la prolifération de moustiques font de Thanh Hoa une zone à risque en matière de santé.

Pendant quelques minutes, nous avons emprunté ce qu’il reste de la route menant au village de Dinh Cat où les habitants, de l’eau jusqu’au cou, tentaient de sauver ce qui restait de leurs biens. Puis nous avons navigué sur les rizières, cinq mètres en contrebas du village, sur ce qui est aujourd’hui un immense lac. Les maisons étaient à moitié noyées sous les eaux et on ne voyait que la cime des arbres.

Nous avons longé la digue dans laquelle une brêche de 200 mètres a été creusée pour alléger le débit, inondant des centaines d’hectares. Soudain, nous avons entendu des cris ; des dizaines de personnes se sont précipitées sur les toits des maisons, ont nagé jusqu’à notre bateau pour nous demander de l'aide.

Hoang a planté le drapeau de la Croix-Rouge à l’avant du bateau. Dans l’heure qui a suivi, nous nous sommes rendus dans chaque maison, accostant aux fenêtres des étages ou sur les toits pour distribuer des articles de secours aux habitants du village, les premiers qu’ils recevaient depuis trois jours.

Cela fait quatre nuits que Van Hung, 46 ans, dort sur le toit de sa maison avec sa femme, ses deux enfants et une autre famille. «Il nous reste de la nourriture, mais nous ne pouvons pas la faire cuire car nous n'avons ni eau ni fuel, » précise t-il.

Quelques minutes plus tard, alors que nous étions en train de distribuer un colis de nourriture à un jeune homme, celui-ci a glissé et disparu dans l’eau. Phom s’est penché en dehors du bateau pour l’aider à remonter à la surface, un geste héroïque à la vérité. À la tombée de la nuit, des dizaines de personnes déplacées se sont dirigées vers la digue. Cela fait trois jours qu’elles sont totalement submergées par les eaux.

« Dépêchez-vous, » leur a crié Hoang, soucieux de les voir sortir de l’eau avant la nuit. « Nous ne pouvons pas nous dépêcher, nous sommes trop affamés et fatigués, » a répondu une femme dans la pénombre.

De nouvelles images de dévastation nous attendaient le lendemain. Dans la province de Nge An, des inondations éclair ont dévasté des villages, jetant violemment des dizaines de maisons dans le fleuve.

Là-bas, nous avons rencontré Phung Phi Van et Phung Phi Nga, deux soeurs, qui vivent dans un petit abri de fortune dans lequel plusieurs meubles ont été placés les uns contre les autres et recouverts d'une bâche en plastique.

Leur belle-mère, Tian Thi Tho, dont la maison a échappé aux inondations, surveille l’aîné des enfants et les aide à faire la cuisine.

Près de la digue de Ninh Binh, les habitants se préparent à passer une nouvelle nuit sous les étoiles. Truong Cong Hoa, responsable du comité populaire de la région, estime qu’il faudra encore un mois, peut-être plus, pour que les habitants retrouvent leurs maisons.

Nguyen Thi Ninh, 28 ans, et son mari Nguyen Van Xuan, 36 ans, ne pourront pas attendre jusque là. Ils mangent des nouilles déshydratées depuis trois jours et utilisent les eaux de pluie pour cuisiner. Ils ont pour seul bien quelques récipients qu'ils ont récupéré dans l'eau.

« Nous manquons de tout, à tel point que je n’arrive même pas à faire la liste de ce qu'il nous faut, » confesse Ninh.
Les travailleurs de la Croix-Rouge et les héros locaux : Section de Thanh Hoa – Hoang Tien Thien, Président de la section, le docteur Vu Thank Khuong et le docteur Phom Van Khoi. (p16566)
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Phung Phi Van, avec son bébé, près des ruines de sa maison qui a été dévasté par les inondations qui se sont abattues sur la province montagneuse de Nghe An, au centre du Viet Nam. (p16564)
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