Dans
un pays confronté aux pires inondations de son histoire,
les employés et volontaires de la Croix-Rouge du Viet
Nam (VNRC) font preuve d’un véritable héroïsme.
De nombreuses vies ont pu être sauvées suite à
la décision prise par le gouvernement d'évacuer
des centaines de milliers d'habitants menacées par les
inondations, d’autres le sont grâce au travail des
volontaires de la Croix-Rouge du Viet Nam qui, chaque heure,
apportent un peu d’espoir aux populations sinistrées.
Accompagnés de membres de la protection civile et des
équipes de recherche et de secours, ils se rendent dans
les villages en bateau, en pirogue ou en voiture afin de distribuer
aux populations affectées les stocks de nourriture dont
ils diposent.
On estime à vingt millions le nombre de personnes touchées
par les inondations depuis le mois de juillet. Des milliers
de maisons ont été détruites, des dizaines
de personnes sont décédées et les cultures
de riz ont été dévastées par les
pluies torrentielles provoquées par le passage du typhon
Lekima.
La Fédération internationale lance un appel d’urgence
de 3,2 millions de francs suisses pour permettre à la
Croix-Rouge du Viet Nam de distribuer du riz, des articles d’urgence,
des moustiquaires, des conteneurs d’eau et des couvertures
à près de 200 000 personnes dans les sept provinces
les plus durement touchées. La somme de 200 000 francs
suisses a d'ores et déjà été débloquée
du Fonds d'urgence pour les secours lors de catastrophes (DREF)
pour faire en sorte que les opérations de secours puissent
se poursuivent. La population, les entreprises, les communautés
et les expatriés vietnamiens se sont également
fortement mobilisés et ont fait don de centaines de milliers
de francs en argent et en articles de secours.
Les médecins des centres locaux de santé mettent
en garde contre les risques de diarrhée et d’autres
maladies hydriques si aucun dispositif n’est mis en place
en matière d’eau et d’assainissement. Selon
les responsables de deux centres médicaux que nous avons
visités mercredi, le nombre de patients a été
multiplié par cinq ces derniers jours. Nous avons vu
de nombreux habitants, y compris des personnes très âgées,
braver les eaux, qui leur arrivait à hauteur de ceinture,
pour se procurer des médicaments.
Dans les régions situées en plaine, les eaux commencent
à se retirer lentement, même si certains endroits
restent noyés sous six mètres d’eau. Dans
la province de Ninh Bin, près de Hanoï, des dizaines
de personnes campent sur les digues, un mètre au-dessus
des eaux stagnantes.« J’ai participé à
la construction de cette digue dans les années 60 et
maintenant j'y vis », dit Dinh Thi Van, 69 ans. Nous dormons
avec nos cochons et nos buffles sous de fines bâches en
plastique.
Van précise que les dix membres de sa grande famille
dorment à tour de rôle dans les deux lits installés
dans un abri de fortune que la famille a construit avec du bambou
ramassé dans les eaux de pluie et recouvert d’une
bâche en plastique, une bâche qui sert habituellement
à faire sécher le riz. Son seul souhait est de
pouvoir retourner dans sa maison. Elle raconte que la nuit dernière,
elle s’est réveillée avec un serpent autour
du cou.
Dinh Tiung Nhat, un fermier de 61 ans, est totalement abattu.
Il est assis sur un bateau avec sa petite fille, Bui Thi Hue,
13 ans, près de sa maison qui abrite aujourd'hui une
quinzaine de personnes. Nhat a perdu l’ensemble de sa
récolte annuelle ; il lui reste juste de quoi nourrir
sa famille pendant un mois. Plus inquiétant encore, il
ne dispose que de deux jours de réserve d’eau potable.
« L’eau est ce dont nous avons le plus besoin. Nous
en utilisons le moins possible, mais il nous faut des tablettes
de purification, ainsi que du fuel et des ustensiles de cuisine,
» précise Nhat.
Dimanche, nous nous sommes rendus en bateau à Thanh Hoa
avec trois membres de la section locale de la Croix-Rouge, Hoang
Tien Thien, son Président, le docteur Vu Thank Khuong
et le docteur Phom Van Khoi. Le bateau était rempli de
sacs en plastique contenant du pain, des nouilles déshydratées,
des biscuits, de l’aspirine et des médicaments
anti-diarrhéiques. Les nombreuses carcasses d’animaux,
les excréments et la prolifération de moustiques
font de Thanh Hoa une zone à risque en matière
de santé.
Pendant quelques minutes, nous avons emprunté ce qu’il
reste de la route menant au village de Dinh Cat où les
habitants, de l’eau jusqu’au cou, tentaient de sauver
ce qui restait de leurs biens. Puis nous avons navigué
sur les rizières, cinq mètres en contrebas du
village, sur ce qui est aujourd’hui un immense lac. Les
maisons étaient à moitié noyées
sous les eaux et on ne voyait que la cime des arbres.
Nous avons longé la digue dans laquelle une brêche
de 200 mètres a été creusée pour
alléger le débit, inondant des centaines d’hectares.
Soudain, nous avons entendu des cris ; des dizaines de personnes
se sont précipitées sur les toits des maisons,
ont nagé jusqu’à notre bateau pour nous
demander de l'aide.
Hoang a planté le drapeau de la Croix-Rouge à
l’avant du bateau. Dans l’heure qui a suivi, nous
nous sommes rendus dans chaque maison, accostant aux fenêtres
des étages ou sur les toits pour distribuer des articles
de secours aux habitants du village, les premiers qu’ils
recevaient depuis trois jours.
Cela fait quatre nuits que Van Hung, 46 ans, dort sur le toit
de sa maison avec sa femme, ses deux enfants et une autre famille.
«Il nous reste de la nourriture, mais nous ne pouvons
pas la faire cuire car nous n'avons ni eau ni fuel, »
précise t-il.
Quelques minutes plus tard, alors que nous étions en
train de distribuer un colis de nourriture à un jeune
homme, celui-ci a glissé et disparu dans l’eau.
Phom s’est penché en dehors du bateau pour l’aider
à remonter à la surface, un geste héroïque
à la vérité. À la tombée
de la nuit, des dizaines de personnes déplacées
se sont dirigées vers la digue. Cela fait trois jours
qu’elles sont totalement submergées par les eaux.
« Dépêchez-vous, » leur a crié
Hoang, soucieux de les voir sortir de l’eau avant la nuit.
« Nous ne pouvons pas nous dépêcher, nous
sommes trop affamés et fatigués, » a répondu
une femme dans la pénombre.
De nouvelles images de dévastation nous attendaient le
lendemain. Dans la province de Nge An, des inondations éclair
ont dévasté des villages, jetant violemment des
dizaines de maisons dans le fleuve.
Là-bas, nous avons rencontré Phung Phi Van et
Phung Phi Nga, deux soeurs, qui vivent dans un petit abri de
fortune dans lequel plusieurs meubles ont été
placés les uns contre les autres et recouverts d'une
bâche en plastique.
Leur belle-mère, Tian Thi Tho, dont la maison a échappé
aux inondations, surveille l’aîné des enfants
et les aide à faire la cuisine.
Près de la digue de Ninh Binh, les habitants se préparent
à passer une nouvelle nuit sous les étoiles. Truong
Cong Hoa, responsable du comité populaire de la région,
estime qu’il faudra encore un mois, peut-être plus,
pour que les habitants retrouvent leurs maisons.
Nguyen Thi Ninh, 28 ans, et son mari Nguyen Van Xuan, 36 ans,
ne pourront pas attendre jusque là. Ils mangent des nouilles
déshydratées depuis trois jours et utilisent les
eaux de pluie pour cuisiner. Ils ont pour seul bien quelques
récipients qu'ils ont récupéré dans
l'eau.
« Nous manquons de tout, à tel point que je n’arrive
même pas à faire la liste de ce qu'il nous faut,
» confesse Ninh.
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Les
travailleurs de la Croix-Rouge et les héros locaux
: Section de Thanh Hoa – Hoang Tien Thien, Président
de la section, le docteur Vu Thank Khuong et le docteur
Phom Van Khoi. (p16566)
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Une
famille de trois générations touchée
par les inondations éclair qui ont frappé
la province de Nghe An, au centre du Viet Nam. Ce tas
de décombres est tout ce qui reste de leur maison.
(p16565)
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Suite
aux terribles inondations qui ont frappé le pays,
les pires depuis des décennies, des centaines de
personnes continuent de vivre dans des abris de fortune
près d’une digue située sur la commune
de Zia Lac, dans la province de Ninh Binh. La Fédération
internationale des Sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge lance un appel de 2,7 millions de
dollars le 10 octobre pour assister près de 200
000 victimes. (p15567)
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Dinh
Tiung Nhat, 61 ans, et sa petite-fille sont assis sur
un bateau près de leur maison, qui abrite aujourd'hui
près de 15 personnes. La famille commence à
manquer d'eau et de nourriture. (p16563)
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Dinh
Thi Vanh vit sur la digue qu'elle a contribué à
construire dans les années 60 avec sa famille qui
comprend une dizaine de personnes, ses cohons et ses bufles.(p16568)

Phung Phi Van, avec son bébé, près
des ruines de sa maison qui a été dévasté
par les inondations qui se sont abattues sur la province
montagneuse de Nghe An, au centre du Viet Nam. (p16564)
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