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Une miraculée de 97 ans
le 5 janvier 2004
Denis McClean à Bam
Neuf jours: c’est le temps qu’une presque centenaire a survécu dans les décombres de sa maison à Bam jusqu’à son sauvetage samedi après-midi, un phénomène unique dans les annales des tremblements de terre. C’est une main affleurant des ruines qui a attiré l’attention d’une équipe de volontaires du Croissant-Rouge de l’Iran occupés à ratisser le quartier dévasté de Baghe Narang pour dégager les corps des victimes.

Aujourd’hui, lundi, Shahrbanoo Mazandarani se repose sous une tente médicale, à l’écart du tapage médiatique suscité à travers le monde entier par ce sauvetage inespéré. Depuis ce matin tragique du 26 décembre, elle était restée coincée dans son lit où la catastrophe l’avait surprise peu après qu’on lui eut servi un petit déjeuner, repas qui lui a permis de survivre tout au long des neuf jours suivants.

Sa satisfaction était évidente lorsque, hier soir, on l’a transférée de l’unité des soins intensifs au cadre nettement plus chaleureux de la chambre des femmes, dans le tout nouvel hôpital aménagé par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge. “Elle est enchantée d’avoir de la compagnie. Comme vous pouvez l’imaginer, les visiteurs qui viennent voir d’autres patientes se pressent à son chevet, et je crois que cette attention n’est pas pour lui déplaire ”, observe en souriant Tiina Saarkikoski, une infirmière de la Croix-Rouge finlandaise.

Le corps semble bien frêle dans le lit d’hôpital, mais il abrite manifestement une forte personnalité, comme en a témoigné hier l’insistance de Mme Mazandarani à se faire une beauté en vue de sa première interview télévisée – l’équipe ne serait pas admise avant que l’infirmière ne lui ait apporté une tenue correcte! Durant ce bref entretien, elle s’est essentiellement limitée à invoquer la bénédiction divine sur le journaliste, à l’informer de son présent mal de tête et à affirmer qu’elle avait passé une grande partie de sa longue claustration à réciter des versets du Coran.

Son sauvetage samedi après-midi a fait verser des larmes de joie à de nombreux habitants de cette ville dévastée où la mort et la désolation sont omniprésentes. Depuis ce tragique et glacial matin du 26 décembre, on a enterré quelque 30 000 corps, dont beaucoup ont été extraits des décombres par de jeunes volontaires du Croissant-Rouge de l’Iran.

Mme Mazandarani n’était pas la première personne à être retirée vivante des ruines de Bam, mais elle pourrait bien être, hélas, la dernière, admet Mustafa Mohagegh, chef du département des affaires internationales au Croissant-Rouge. “Ce sauvetage a regonflé le moral de nos volontaires et leur a donné une nouvelle motivation pour poursuivre leurs efforts. Toutefois, il reste bien peu d’endroits qui n’aient été fouillés avec le plus grand soin”, note M. Mohagegh.

Samedi après-midi, la nouvelle de l’événement, suivie peu après par l’arrivée en ambulance de la vénérable rescapée, a donné lieu à de véritables scènes de liesse au siège du Croissant-Rouge à Bam. La première personne à parler avec Mme Mazandarani, lorsqu’elle a été accueillie à la clinique de fortune aménagée dans un entrepôt, a été Zohreh Shahyar. Ce volontaire âgé de 34 ans avait fait le voyage depuis sa province de Gom pour participer aux opérations de secours qui ont rassemblé près de 8500 employés et bénévoles du Croissant-Rouge provenant de toutes les régions du pays.

“La première chose qu’elle m’a dite, c’est qu’elle avait très froid. Elle m’a demandé de soutenir sa tête avec ma main, puis a réclamé du thé. Le trouvant trop chaud, elle a demandé qu’on le lui donne à la cuillère. Ensuite, elle a récité quelques vers de poésie persane”, raconte Zohreh.

Après cela, la rescapée a été examinée par le docteur Habib Moghadam, qui a été profondément ému par le récit de sa survie. “Elle n’avait aucune fracture et son état général était très satisfaisant. Elle possède une bonne mémoire et répond clairement aux questions. C’est un véritable miracle qu’une personne de cet âge ait survécu aussi longtemps dans une telle situation”, estime le docteur Moghadam.

Le miracle a été expliqué hier par le docteur Paul Odberg, de la Croix-Rouge de Norvège, qui dirige l’hôpital. Après une bonne nuit de repos et un repas léger, Shahrbanoo Mazandarani a raconté au docteur Odberg et à ses collègues qu’elle était restée coincée dans son lit, mais qu’elle disposait d’un peu de nourriture et de boisson que sa famille lui avaient servies peu avant la catastrophe.

“Son état est conforme à ce qu’on peut attendre chez une personne immobilisée pendant plusieurs jours. Elle souffre de contractures des membres, ses jambes sont comme “gelées”. Elle ne peut pas marcher et aura besoin de séances de physiothérapie intensive”, explique le médecin.

Le Croissant-Rouge de l’Iran continue de rechercher d’éventuels survivants parmi les parents de Mme Mazandarani, mais, à ce jour, on n’a pas trouvé trace de ses deux fils ni de ses deux petits-fils.
Shahrbanoo Mazandarani a été sortie indemne des décombres neuf jours après le tremblement de terre qui a fait quelque 30.000 morts (p10931)
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Mme Mazandarani n’était pas la première personne à être retirée vivante des ruines de Bam, mais elle pourrait bien être, hélas, la dernière (p10932)
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