Neuf
jours: c’est le temps qu’une presque centenaire
a survécu dans les décombres de sa maison à
Bam jusqu’à son sauvetage samedi après-midi,
un phénomène unique dans les annales des tremblements
de terre. C’est une main affleurant des ruines qui a attiré
l’attention d’une équipe de volontaires du
Croissant-Rouge de l’Iran occupés à ratisser
le quartier dévasté de Baghe Narang pour dégager
les corps des victimes.
Aujourd’hui, lundi, Shahrbanoo Mazandarani se repose sous
une tente médicale, à l’écart du
tapage médiatique suscité à travers le
monde entier par ce sauvetage inespéré. Depuis
ce matin tragique du 26 décembre, elle était restée
coincée dans son lit où la catastrophe l’avait
surprise peu après qu’on lui eut servi un petit
déjeuner, repas qui lui a permis de survivre tout au
long des neuf jours suivants.
Sa satisfaction était évidente lorsque, hier soir,
on l’a transférée de l’unité
des soins intensifs au cadre nettement plus chaleureux de la
chambre des femmes, dans le tout nouvel hôpital aménagé
par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge. “Elle est enchantée
d’avoir de la compagnie. Comme vous pouvez l’imaginer,
les visiteurs qui viennent voir d’autres patientes se
pressent à son chevet, et je crois que cette attention
n’est pas pour lui déplaire ”, observe en
souriant Tiina Saarkikoski, une infirmière de la Croix-Rouge
finlandaise.
Le corps semble bien frêle dans le lit d’hôpital,
mais il abrite manifestement une forte personnalité,
comme en a témoigné hier l’insistance de
Mme Mazandarani à se faire une beauté en vue de
sa première interview télévisée
– l’équipe ne serait pas admise avant que
l’infirmière ne lui ait apporté une tenue
correcte! Durant ce bref entretien, elle s’est essentiellement
limitée à invoquer la bénédiction
divine sur le journaliste, à l’informer de son
présent mal de tête et à affirmer qu’elle
avait passé une grande partie de sa longue claustration
à réciter des versets du Coran.
Son sauvetage samedi après-midi a fait verser des larmes
de joie à de nombreux habitants de cette ville dévastée
où la mort et la désolation sont omniprésentes.
Depuis ce tragique et glacial matin du 26 décembre, on
a enterré quelque 30 000 corps, dont beaucoup ont été
extraits des décombres par de jeunes volontaires du Croissant-Rouge
de l’Iran.
Mme Mazandarani n’était pas la première
personne à être retirée vivante des ruines
de Bam, mais elle pourrait bien être, hélas, la
dernière, admet Mustafa Mohagegh, chef du département
des affaires internationales au Croissant-Rouge. “Ce sauvetage
a regonflé le moral de nos volontaires et leur a donné
une nouvelle motivation pour poursuivre leurs efforts. Toutefois,
il reste bien peu d’endroits qui n’aient été
fouillés avec le plus grand soin”, note M. Mohagegh.
Samedi après-midi, la nouvelle de l’événement,
suivie peu après par l’arrivée en ambulance
de la vénérable rescapée, a donné
lieu à de véritables scènes de liesse au
siège du Croissant-Rouge à Bam. La première
personne à parler avec Mme Mazandarani, lorsqu’elle
a été accueillie à la clinique de fortune
aménagée dans un entrepôt, a été
Zohreh Shahyar. Ce volontaire âgé de 34 ans avait
fait le voyage depuis sa province de Gom pour participer aux
opérations de secours qui ont rassemblé près
de 8500 employés et bénévoles du Croissant-Rouge
provenant de toutes les régions du pays.
“La première chose qu’elle m’a dite,
c’est qu’elle avait très froid. Elle m’a
demandé de soutenir sa tête avec ma main, puis
a réclamé du thé. Le trouvant trop chaud,
elle a demandé qu’on le lui donne à la cuillère.
Ensuite, elle a récité quelques vers de poésie
persane”, raconte Zohreh.
Après cela, la rescapée a été examinée
par le docteur Habib Moghadam, qui a été profondément
ému par le récit de sa survie. “Elle n’avait
aucune fracture et son état général était
très satisfaisant. Elle possède une bonne mémoire
et répond clairement aux questions. C’est un véritable
miracle qu’une personne de cet âge ait survécu
aussi longtemps dans une telle situation”, estime le docteur
Moghadam.
Le miracle a été expliqué hier par le docteur
Paul Odberg, de la Croix-Rouge de Norvège, qui dirige
l’hôpital. Après une bonne nuit de repos
et un repas léger, Shahrbanoo Mazandarani a raconté
au docteur Odberg et à ses collègues qu’elle
était restée coincée dans son lit, mais
qu’elle disposait d’un peu de nourriture et de boisson
que sa famille lui avaient servies peu avant la catastrophe.
“Son état est conforme à ce qu’on
peut attendre chez une personne immobilisée pendant plusieurs
jours. Elle souffre de contractures des membres, ses jambes
sont comme “gelées”. Elle ne peut pas marcher
et aura besoin de séances de physiothérapie intensive”,
explique le médecin.
Le Croissant-Rouge de l’Iran continue de rechercher d’éventuels
survivants parmi les parents de Mme Mazandarani, mais, à
ce jour, on n’a pas trouvé trace de ses deux fils
ni de ses deux petits-fils.
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Shahrbanoo Mazandarani a été sortie indemne
des décombres neuf jours après le tremblement
de terre qui a fait quelque 30.000 morts (p10931)
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| Mme
Mazandarani n’était pas la première
personne à être retirée vivante des
ruines de Bam, mais elle pourrait bien être, hélas,
la dernière (p10932)
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