Le
destin a joué un tour bien cruel à Mohammed et
Zahra Saeedi, épargnés par le tremblement de terre
de Bam qui a fait plus de 30 000 morts, en leur enlevant aussitôt
après leur fils Baback. Admis lundi soir à l’hôpital
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le petit garçon
a succombé hier à une maladie incurable.
C’était un véritable miracle que le petit
Baback Saeedi, âgé d’un peu moins de trois
ans, ait survécu au tremblement de terre de Bam, quand
on sait que la tragédie du 26 décembre a coûté
la vie à près de 300 membres de sa famille. Toutefois,
l’enfant n’était pas encore hors de danger,
car, trois mois auparavant, on avait diagnostiqué chez
lui une leucémie et ses parents Mohammed et Zahra cherchaient
toujours désespérément le moyen de lui
assurer le traitement nécessaire.
Cette douloureuse quête a tristement pris fin hier en
début d’après-midi à l’hôpital
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, où Baback a
rendu son dernier souffle en présence de sa mère.
C’est le premier décès enregistré
dans ce tout nouvel établissement qui, depuis son ouverture
le week-end passé, a assuré des soins à
686 patients blessés lors du séisme ou souffrant
de divers autres maux.
Depuis la catastrophe, Mohammed, Zahra, Baback et un oncle de
ce dernier campaient sous une petite tente du Croissant-Rouge.
Lundi soir, les parents avaient soigneusement enveloppé
le petit malade dans des couvertures pour l’amener à
l’hôpital de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge,
où ils ont présenté un dossier médical
qui avait lourdement obéré leurs modestes revenus
– Mohammed est boulanger – tout au long des six
derniers mois consacrés à consulter le corps médical
local.
Hier, le bel enfant au visage pâle était allongé,
manifestement épuisé, dans une salle de pédiatrie
où la majorité de ses compagnons étaient
essentiellement traités contre des diarrhées.
Pendant ce temps, le personnel s’activait à contacter
les établissements spécialisés à
Téhéran et s’efforçait d’obtenir
son transfert.
“Le diagnostic de leucémie avait été
posé il y a trois mois, mais, en l’absence de biopsie
de la moelle épinière, nous ne pouvions pas exclure
qu’il s’agisse d’un lymphome. C’est
pourquoi des analyses complémentaires étaient
indispensables”, explique le docteur Merja Helmimen, de
la Croix-Rouge finlandaise.
Si Baback avait eu la chance d’être admis à
l’époque dans un service spécialisé,
le traitement aurait pu commencer sans plus attendre. Malheureusement,
il n’existait rien de tel à Bam, même avant
que le séisme ne détruise les deux hôpitaux
de la ville et ne décime leur personnel.
Le Croissant-Rouge de l’Iran avait donc entrepris des
démarches auprès des autorités pour que
l’enfant puisse être transféré à
Téhéran, où il aurait pu recevoir les soins
appropriés. Mais hier, peu après 14 heures, on
apprenait la nouvelle de son décès.
Selon Mostafa Mohaghegh, directeur du département des
affaires internationales, tout avait été mis en
œuvre pour organiser dans les meilleurs délais son
évacuation médicale depuis l’aéroport
de Bam. “Cette tragédie reflète, hélas,
le sort cruel de bien des familles de la région”,
commente-t-il.
La famille Saeedi résidait sur le Boulevard Colonel Azar,
dans le quartier Azadi, en plein centre de la ville. Sa maison
a été détruite à 90 pour 100, y
compris les fours dans lesquels Mohammed cuisait le sangak,
un pain d’orge très apprécié du voisinage.
Chaque jour, les gens faisaient la queue devant la boutique
pour s’approvisionner.
Tout le monde était à la maison quand la terre
a tremblé. Hier matin, alors qu’il espérait
encore l’évacuation sanitaire de Baback, Mohammed
évoquait dans ces termes la terrible catastrophe: “On
aurait dit un coup de tonnerre, mais qui serait provenu à
la fois du sol et du ciel. Ceux qui s’en étaient
tirés sans trop de mal étaient trop choqués
pour pouvoir aider leurs voisins. Pour ma part, j’ai pu
retirer des décombres un neveu qui est maintenant hospitalisé
à Giroft, à 120 kilomètres d’ici,
avec des fractures du crâne et du bassin, mais ma femme
et moi avons perdu près de 300 membres de notre famille.”
Mohammed a également aidé les équipes de
secours à évacuer certains des quelque 28 500
cadavres officiellement recensés et enterrés à
ce jour. Avec une admirable dignité, il concluait: “Nous
ne pouvons pas nous plaindre de notre sort. Bien sûr,
on manque de beaucoup de choses, mais nous sommes reconnaissants
pour tout ce qui a déjà été fait.”
Puisse son enfant reposer en paix.
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| Miraculeusement
épargné par le séisme, le petit Baback
Saeedi a succombé à la maladie le 6 janvier
en début d’après-midi, en présence
de sa mère Zahra (p10945 - Farooq Burney)
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| Le
décès de Baback a été le premier
enregistré dans le nouvel hôpital de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge qui, depuis son ouverture le week-end
passé, a assuré des soins à 686 patients
blessés lors du séisme ou souffrant de divers
autres maux (p10947 - Farooq Burney)
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