Près
d’une centaine de psychologues et infirmiers volontaires
du Croissant-Rouge de l’Iran visitent les camps de tentes
improvisés qui parsèment Bam afin d’aider
enfants et parents à surmonter le traumatisme provoqué
par le séisme dévastateur du mois dernier.
“Qui veut un cahier?”, demande Mohammad Reza Salah,
volontaire du Croissant-Rouge de l’Iran, à la foule
des enfants qui l’entourent. “Dans ces cahiers,
j’aimerais que vous notiez ce que vous faites, avec qui
vous jouez, ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas,
comment vous vous sentez”, explique-t-il. “J’aimerais
aussi que vous alliez dans d’autres tentes pour vous faire
de nouveaux amis et que vous écriviez à leur sujet.”
Mohammad, qui travaille depuis huit ans avec des enfants, fait
partie d’un groupe de 95 psychologues et infirmiers volontaires
du Croissant-Rouge de l’Iran qui assurent un soutien psychologique
aux enfants de Bam et à leurs parents, afin de les aider
à surmonter le traumatisme provoqué par le séisme
dévastateur du mois dernier. D’une magnitude de
6,5 sur l’échelle de Richter, le tremblement de
terre a fait près de 30 000 morts, à peu près
autant de blessés et quelque 75 000 sans-abri.
“Dans les jours qui suivent une telle catastrophe, les
gens se concentrent sur les nécessités de la survie
et sur la recherche de leurs proches, ils s’efforcent
de trouver un abri, à boire et à manger, bref,
de satisfaire les besoins les plus pressants. Néanmoins,
il est tout aussi important que les enfants et leurs familles
puissent exprimer leurs sentiments et leurs problèmes,
et constater que beaucoup d’autres partagent leur sort”,
explique Aghdase Kafi, une psychologue du Croissant-Rouge de
l’Iran membre d’une équipe de soutien. “A
travers le jeu et le dessin, nous essayons de créer les
conditions favorables pour cela”, ajoute-t-elle.
Lorsque les six membres de l’équipe arrivent dans
un des nombreux camps de tentes éparpillés à
travers la ville, ils se répartissent les tâches.
Certains s’occupant des enfants, d’autres de leurs
parents, individuellement ou en groupe. Les volontaires encouragent
les parents à sortir pour rencontrer d’autres gens,
à la fois pour soulager leur propre peine et pour montrer
l’exemple. “Si les enfants voient leurs parents
agir ainsi, ils feront de même et iront jouer avec d’autres
enfants”, commente Aghdase.
“Je suis très impressionnée par ce programme
et par l’idée consistant à combiner aide
aux enfants et conseils aux parents”, déclare Rikke
Gormsen, déléguée régionale de la
Fédération en charge des programmes psychosociaux
à Bam. “Avec des méthodes et moyens très
simples, les volontaires contribuent à prévenir
l’apparition de troubles mentaux en apprenant aux gens
à en reconnaître les signes avant-coureurs.”
Les conseils psychologiques sont complétés par
des notions de santé de base et d’hygiène.
“Avant le tremblement de terre, ces gens vivaient dans
des maisons équipées de salles de bain et disposaient
de tous les articles et produits d’hygiène et de
santé nécessaires”, note Rikke Gormsen.
“Maintenant, ils doivent apprendre à vivre dans
la précarité et le dénuement.”
Actuellement, près de 75 000 sinistrés logent
sous tente, partageant les points d’eau et les latrines.
Le Croissant-Rouge de l’Iran, qui compte plus de trente
ans d’expérience dans le domaine du soutien psychologique
en cas de catastrophe, va élargir ce programme et l’introduire
dans les écoles, avec le concours des enseignants.
Gudbjorg Sveinsdottir, une infirmière psychiatrique de
la Croix-Rouge islandaise détachée à Bam,
explique que les victimes de catastrophes majeures, comme les
tremblements de terre, éprouvent souvent une profonde
détresse où se combinent des sentiments d’impuissance,
de chagrin et de culpabilité. “Ces sentiments peuvent
entraîner la multiplication des conflits parmi les individus
et au sein des familles, et avoir un lourd impact sur l’activité
socioéconomique de toute la communauté”,
souligne Gudbjorg.
Les autorités iraniennes estiment qu’environ 30
000 sinistrés devraient parvenir à surmonter le
choc grâce à des campagnes d’information
de masse, mais que près de 25 000 personnes auront besoin
d’un soutien plus approfondi.
|
 |
 |
|
| Mohammad
Ali, trois ans, avec sa mère Jamileh. “C’est
bon pour les enfants de jouer et d’oublier un moment
leurs angoisses”, note la jeune femme (p11028)
|
|
|
|
|
 |
|
| Marziya
Yousefenajad, volontaire du Croissant-Rouge de l’Iran
à Bam, encourage les enfants à jouer et
à chanter (p11032)
|
|
 |
|
| Les
mères ont un rôle crucial à jouer,
non seulement en apprenant à déceler les
signes de troubles psychologiques chez leurs enfants,
mais aussi en transmettant des notions essentielles de
santé et d’hygiène (p11031) |
|
 |
|
| A
travers le jeu et en se mêlant à leurs camarades,
les enfants ont la possibilité d’exprimer
leurs sentiments (p11031) |
|