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Pour que les enfants de Bam recommencent à jouer

le 13 janvier 2003
Cristina Estrada à Bam
Près d’une centaine de psychologues et infirmiers volontaires du Croissant-Rouge de l’Iran visitent les camps de tentes improvisés qui parsèment Bam afin d’aider enfants et parents à surmonter le traumatisme provoqué par le séisme dévastateur du mois dernier.

“Qui veut un cahier?”, demande Mohammad Reza Salah, volontaire du Croissant-Rouge de l’Iran, à la foule des enfants qui l’entourent. “Dans ces cahiers, j’aimerais que vous notiez ce que vous faites, avec qui vous jouez, ce que vous aimez, ce que vous n’aimez pas, comment vous vous sentez”, explique-t-il. “J’aimerais aussi que vous alliez dans d’autres tentes pour vous faire de nouveaux amis et que vous écriviez à leur sujet.”

Mohammad, qui travaille depuis huit ans avec des enfants, fait partie d’un groupe de 95 psychologues et infirmiers volontaires du Croissant-Rouge de l’Iran qui assurent un soutien psychologique aux enfants de Bam et à leurs parents, afin de les aider à surmonter le traumatisme provoqué par le séisme dévastateur du mois dernier. D’une magnitude de 6,5 sur l’échelle de Richter, le tremblement de terre a fait près de 30 000 morts, à peu près autant de blessés et quelque 75 000 sans-abri.

“Dans les jours qui suivent une telle catastrophe, les gens se concentrent sur les nécessités de la survie et sur la recherche de leurs proches, ils s’efforcent de trouver un abri, à boire et à manger, bref, de satisfaire les besoins les plus pressants. Néanmoins, il est tout aussi important que les enfants et leurs familles puissent exprimer leurs sentiments et leurs problèmes, et constater que beaucoup d’autres partagent leur sort”, explique Aghdase Kafi, une psychologue du Croissant-Rouge de l’Iran membre d’une équipe de soutien. “A travers le jeu et le dessin, nous essayons de créer les conditions favorables pour cela”, ajoute-t-elle.

Lorsque les six membres de l’équipe arrivent dans un des nombreux camps de tentes éparpillés à travers la ville, ils se répartissent les tâches. Certains s’occupant des enfants, d’autres de leurs parents, individuellement ou en groupe. Les volontaires encouragent les parents à sortir pour rencontrer d’autres gens, à la fois pour soulager leur propre peine et pour montrer l’exemple. “Si les enfants voient leurs parents agir ainsi, ils feront de même et iront jouer avec d’autres enfants”, commente Aghdase.

“Je suis très impressionnée par ce programme et par l’idée consistant à combiner aide aux enfants et conseils aux parents”, déclare Rikke Gormsen, déléguée régionale de la Fédération en charge des programmes psychosociaux à Bam. “Avec des méthodes et moyens très simples, les volontaires contribuent à prévenir l’apparition de troubles mentaux en apprenant aux gens à en reconnaître les signes avant-coureurs.”

Les conseils psychologiques sont complétés par des notions de santé de base et d’hygiène. “Avant le tremblement de terre, ces gens vivaient dans des maisons équipées de salles de bain et disposaient de tous les articles et produits d’hygiène et de santé nécessaires”, note Rikke Gormsen. “Maintenant, ils doivent apprendre à vivre dans la précarité et le dénuement.”

Actuellement, près de 75 000 sinistrés logent sous tente, partageant les points d’eau et les latrines.
Le Croissant-Rouge de l’Iran, qui compte plus de trente ans d’expérience dans le domaine du soutien psychologique en cas de catastrophe, va élargir ce programme et l’introduire dans les écoles, avec le concours des enseignants.

Gudbjorg Sveinsdottir, une infirmière psychiatrique de la Croix-Rouge islandaise détachée à Bam, explique que les victimes de catastrophes majeures, comme les tremblements de terre, éprouvent souvent une profonde détresse où se combinent des sentiments d’impuissance, de chagrin et de culpabilité. “Ces sentiments peuvent entraîner la multiplication des conflits parmi les individus et au sein des familles, et avoir un lourd impact sur l’activité socioéconomique de toute la communauté”, souligne Gudbjorg.

Les autorités iraniennes estiment qu’environ 30 000 sinistrés devraient parvenir à surmonter le choc grâce à des campagnes d’information de masse, mais que près de 25 000 personnes auront besoin d’un soutien plus approfondi.
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