Les
activités de soutien psychosocial en faveur des communautés
affectées par le conflit qui sévit depuis de nombreuses
années au Sri Lanka ont été adaptées
aux besoins particuliers des victimes du tsunami.
La Croix-Rouge danoise est engagée depuis 2003 aux côtés
de la Croix-Rouge du Sri Lanka dans un programme de soutien
psychologique en faveur d’enfants de Jaffna, tout au nord
du pays. Karin Eriksen, déléguée de la
Croix-Rouge danoise à Jaffna, explique que cette expérience
est aujourd'hui mise à profit pour assister les personnes
touchées par les raz-de-marée de décembre
dernier.
“Dans l’ensemble, les problèmes psychologiques
sont identiques, mais les victimes du tsunami manifestent toutefois
des sentiments de culpabilité et d’affliction plus
aigus”, observe-t-elle. “Les parents, notamment,
se reprochent d’avoir laissé leurs enfants seuls
à la maison pour aller au marché, par exemple,
ou reprochent à d’autres de ne pas avoir mieux
veillé sur leur progéniture. Dans une situation
de guerre, on peut rejeter la faute sur les belligérants.
S’agissant de la mer, qui assure par ailleurs la subsistance
de très nombreux habitants de la région, c’est
beaucoup plus compliqué.”
Facteurs de stress
C’est l’heure du déjeuner dans l’école
flambant neuve de Colombuthurai, à Jaffna. Dix-sept enfants
en uniformes blancs assis sur des nattes babillent joyeusement,
la bouche pleine de riz et de curry. A quelques pas de là,
les ruines de l’ancienne école portent les stigmates
de nombreuses années de conflit.
“Fermez les yeux et pensez aux sentiments qui vous agitent
pendant une journée ordinaire. Dessinez le sentiment
le plus fort”, demande V. R. Gnanapragasam à ses
élèves. Certains dessinent des visages souriants,
mais beaucoup illustrent des sentiments de colère ou
représentent des yeux emplis de larmes.
Les enfants de Colombuthurai ont été déplacés
cinq fois à cause de la guerre qui ravage le pays depuis
une vingtaine d’années. En 2003, ils sont revenus
pour de bon, mais, note Gnanapragasam, le retour n’a pas
résolu tous les problèmes. “Le déracinement
leur avait donné de mauvaises habitudes et avait fait
baisser sérieusement leur niveau d’instruction.
Ils ne faisaient pas leurs devoirs et étaient incapables
de se concentrer”, explique-t-il.
Selon les Nations unies, plus de 90 pour 100 des habitants de
Jaffna ont été déplacés au moins
une fois à cause du conflit et plus de 65 000 ne peuvent
toujours pas rentrer chez eux. Le déracinement, la perte
d’êtres aimés, de biens et de moyens de subsistance,
l’éclatement des structures sociales sont autant
d’expériences profondément perturbatrices
pour les adultes comme pour les enfants.
“Un nouvel environnement est en soi un facteur de stress,
l’adaptation est toujours difficile”, souligne Kohila
Mahendran, qui travaille pour Shanthiham, une organisation non
gouvernementale locale spécialisée dans le soutien
psychosocial. “En outre, l’alcoolisme fait des ravages
dans de nombreuses familles de Jaffna. Beaucoup d’adultes
souffrent de syndromes de stress post-traumatique et les problèmes
des parents rejaillissent sur les enfants”, poursuit Mahendran.
Des besoins nouveaux
En 2003, s’appuyant sur des expériences menées
dans les Balkans et au Moyen-Orient, la Croix-Rouge danoise,
en accord avec la Croix-Rouge du Sri Lanka, a lancé à
Jaffna un programme psychosocial en faveur d’enfants affectés
par le conflit.
A ce jour, 85 enseignants de 19 écoles ont reçu
une formation de base dans ce domaine et appris à conduire
des activités de thérapie par le jeu et par le
dessin, la danse et autres formes d’expression traditionnelles.
En 2005 et 2006, on prévoit que quelque 2800 enfants
et 4000 parents participeront à ces activités.
A la suite du tsunami, la Croix-Rouge danoise et la Croix-Rouge
du Sri Lanka ont réorienté leurs efforts et mis
en place un programme de formation de dix jours afin de répondre
à des besoins nouveaux. Soixante-neuf volontaires des
sections de la Croix-Rouge des districts sinistrés de
Trincomalee, Batticaloa et Ampara ainsi que quatre volontaires
de Jaffna ont bénéficié de cette initiation,
à l’issue de laquelle ils ont lancé des
activités de soutien en faveur des habitants traumatisés
par la catastrophe.
Des activités similaires ont également été
mises en oeuvre dans le district d’Hambantota.
Karin Eriksen insiste sur le fait que les habitants de la région
étaient déjà psychologiquement vulnérables
avant le tsunami. “C’est une chose de surmonter
un événement comme la perte d’un membre
de la famille ou le déplacement dû au conflit,
c’en est une autre d’être confronté
de façon répétitive à des situations
de crise. Dans un tel cas, la capacité à faire
face s’érode et l’équilibre mental
risque d’être plus sérieusement compromis”,
remarque-t-elle.
¨Les enseignants comme les parents ont réservé
un excellent accueil au programme de la Croix-Rouge et convenu
qu’il avait contribué à améliorer
sensiblement le comportement des enfants. Dans certaines écoles,
il a entraîné une amélioration spectaculaire
de la participation.
“Certains élèves ne communiquaient ni avec
leurs camarades, ni avec leurs maîtres”, déclare
V. R. Gnanapragasam. “Maintenant, ils s’expriment.
Ce programme est vital, car il offre aux enfants un soutien
qu’ils ne peuvent pas toujours recevoir à la maison.
A présent, nos élèves viennent régulièrement
nous parler de leurs problèmes.”
Les spécialistes estiment qu’une catastrophe entraîne
des problèmes psychologiques chez 5 à 10 pour
100 de la population affectée. Mais ce pourcentage peut
augmenter en l’absence de mécanismes de soutien.
En 2003, la Coopération technique allemande (GTZ) estimait
que 25 pour 100 des enfants de Jaffna avaient été
psychologiquement perturbés par le conflit.
En fin de journée, les élèves de Colombuthurai
s’adonnent au modelage. Certains représentent des
animaux ou des objets familiers. Gajenthan, 13 ans, réalise
un petit personnage auquel il manque un bras et une jambe. “C’est
une victime du tsunami”, commente-t-il. Sa soeur a été
blessée dans la catastrophe.
Gajenthan gagne le prix attribué à cet exercice,
car il a su exprimer ses sentiments. Il est chaleureusement
applaudi par la classe. L’enfant a ainsi fait un petit
pas vers la guérison des troubles qui l’affectent.
Avec le temps, on peut espérer que Gajenthan et tous
ses camarades parviendront à se libérer des problèmes
générés par le conflit et par la catastrophe.
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Les
élèves de l’école de Colombuthurai
expriment leurs sentiments à travers le dessin
et autres formes d’expression artistique (p12746)
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Karin
Eriksen, de la Croix-Rouge danoise, discute du programme
psychosocial avec Soeur Antonita Mark, directrice d’une
école de la région de Jaffna touchée
par le tsunami.(p12747)
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V.
R. Gnanapragasam (deuxième depuis la droite), instituteur
à l’école de Colombuthurai, s’entretient
avec ses collègues engagés dans le programme
psychosocial mis sur pied par la Croix-Rouge du Sri Lanka
et la Croix-Rouge danoise. (p12748)
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