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Les villes de tentes érigées à l’est du Tchad présentent de sérieux risques sanitaires
23 mai 2005
Rosemarie North au Tchad
Dans la fraîcheur du petit matin, les ânes grignotent les jeunes pousses d’herbe, cependant que les enfants jouent à l’ombre d’un abri où les femmes viennent faire provision d’eau aux robinets installés à cet effet. La scène pourrait sembler idyllique, mais, pour Walter Baumgartner, délégué eau et assainissement de la Fédération internationale détaché au camp de Tréguine, à l’est du Tchad, elle est cause d’inquiétude.

Par le passé, explique-t-il, il est déjà arrivé que des ânes contaminent l’eau et que des enfants endommagent les robinets dans leurs jeux. Dans un camp qui héberge près de 14 500 personnes, ce genre d’accident pourrait avoir des conséquences dramatiques. La salubrité de l’eau est essentielle pour la santé en général et pour éviter des épidémies de maladies comme le choléra ou l’hépatite E.

Tréguine est l’un des deux camps de la région administrés par la Croix-Rouge du Tchad et la Fédération internationale. Ensemble, ils abritent environ 43 000 réfugiés chassés par le conflit meurtrier qui ravage la province du Darfour, à l’ouest du Soudan.

Ce matin, Walter est accompagné dans sa tournée par Mahamat Abdel-Kerim et Dahab Adayi, volontaires à la Croix-Rouge du Tchad. Mahamat s’arrête à l’un des nombreux points d’eau aménagés à travers le camp, remplit un petit récipient de plastique au robinet et l’agite, puis examine le liquide en orientant le tube vers la lumière. Le taux de chlore est correct, suffisant pour empêcher toute flambée d’hépatite.

“Je suis très satisfait”, commente Walter. “Ils font du bon travail. L’eau reste propre.”
Quelques mètres plus loin, Mahamat prélève d’autres échantillons d’eau dans des jerricans en plastique et dans une cruche en céramique posés à l’extérieur d’une tente familiale. Dans les jerricans, la qualité de l’eau ne laisse rien à désirer, mais, dans la cruche, il n’y a plus trace de chlore – le produit a été absorbé par la céramique, comme il l’est couramment par certains seaux en fer. Dès lors, le risque de contamination est sérieux.

Il ne suffit pas de disposer d’une infrastructure efficace, encore faut-il que les gens stockent et utilisent correctement l’eau. C’est pourquoi les volontaires de la Croix-Rouge s’emploient à éduquer les habitants des camps au moyen de dessins illustrant le bon usage des latrines et les principes de base de la toilette et de la lessive.

Durant une séance de sensibilisation, une femme occupée à tresser un plat en paille interrompt son ouvrage. “Nous n’avons pas ce qu’il faut pour maintenir une bonne hygiène”, affirme-t-elle. “On manque de savon et les brouettes sont cassées, ainsi nous ne pouvons pas évacuer nos ordures.”

Idriss Issakha Matar, responsable de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement à la Croix-Rouge du Tchad, reconnaît le problème et indique que la Croix-Rouge espère être en mesure de distribuer à nouveau deux barres de savon par personne et par mois dès juin. Le savon sert à la fois au ménage, à la vaisselle, à la lessive et à la toilette. Idriss promet également d’examiner la quinzaine de brouettes défectueuses, indispensables pour évacuer les déchets.

Les camps de Tréguine et Bredjing, semblables à de petites villes vibrantes d’animation, représentent un choc culturel pour les réfugiés qui, pour la plupart, ont mené auparavant une existence semi-nomade en pleine campagne.

Aujourd’hui, loin de leur pays, ils sont confrontés à des conditions de vie totalement nouvelles, caractérisées par une grande promiscuité.

Pour ces gens habitués aux grands espaces, les latrines ne constituent pas la première des priorités. Le plus important est de disposer d’un foyer préservant leur intimité et leur dignité. C’est pourquoi certains réfugiés ont rapidement entrepris de démonter les latrines afin de récupérer des matériaux pour leurs besoins personnels.

Tous les réfugiés enregistrés reçoivent pourtant une tente familiale. Néanmoins, en se promenant à travers le camp, on remarque de nombreuses petites structures annexes construites au moyen de plaques de plastique prélevées dans les toilettes communautaires.

Pour régler le problème, la Croix-Rouge et ses partenaires s’emploient à remplacer progressivement plus de 700 latrines bâties en bambou et en feuilles de plastique par des constructions en briques.

Cependant, les réfugiés, en particulier les femmes, n’aiment pas séjourner dans ces lieux clos où ils ne se sentent pas en sécurité et où règne une chaleur étouffante. Ils font donc leurs besoins dans la nature, multipliant ainsi les risques sanitaires.

C’est précisément parce que les réfugiés n’aiment pas les espaces clos que la Croix-Rouge a renoncé à ceinturer de murs les points d’eau. Pour tenir les animaux à l’écart et permettre aux adultes de veiller à ce que les enfants ne jouent pas avec les robinets, on les entourera probablement de claies en bambou ou de simples rideaux de corde.

Dans un autre secteur du camp, Idriss inspecte une fosse large de trois mètres par six et profonde d’un mètre dans laquelle la Croix-Rouge aimerait produire de l’engrais organique. Au fond, on peut voir un peu de crottin d’âne, quelques cartons et sacs en plastique déchirés et, surtout, de la poussière, du sable et de la terre.

“Cette excavation est destinée à produire du compost, mais elle est remplie à 80 pour 100 de sable”, observe-t-il. “C’est difficile d’obtenir des gens qu’ils séparent les déchets organiques des matières inorganiques. Le trou à compost n’a que deux mois, mais il est déjà plein.”

Hamat Issakha, un volontaire âgé de 26 ans originaire de Hadjer Hadid, le village voisin, se veut plus optimiste quant à l’adaptation des réfugiés à cet environnement quasi urbain. “C’est bien que les gens utilisent les fosses à ordures”, estime-t-il. “Au moins, les déchets ne sont pas éparpillés à travers tout le camp.”
Les ânes et les enfants peuvent représenter une menace pour la salubrité de l’eau (p12877)
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