Dans
la fraîcheur du petit matin, les ânes grignotent
les jeunes pousses d’herbe, cependant que les enfants
jouent à l’ombre d’un abri où les
femmes viennent faire provision d’eau aux robinets installés
à cet effet. La scène pourrait sembler idyllique,
mais, pour Walter Baumgartner, délégué
eau et assainissement de la Fédération internationale
détaché au camp de Tréguine, à l’est
du Tchad, elle est cause d’inquiétude.
Par le passé, explique-t-il, il est déjà
arrivé que des ânes contaminent l’eau et
que des enfants endommagent les robinets dans leurs jeux. Dans
un camp qui héberge près de 14 500 personnes,
ce genre d’accident pourrait avoir des conséquences
dramatiques. La salubrité de l’eau est essentielle
pour la santé en général et pour éviter
des épidémies de maladies comme le choléra
ou l’hépatite E.
Tréguine est l’un des deux camps de la région
administrés par la Croix-Rouge du Tchad et la Fédération
internationale. Ensemble, ils abritent environ 43 000 réfugiés
chassés par le conflit meurtrier qui ravage la province
du Darfour, à l’ouest du Soudan.
Ce matin, Walter est accompagné dans sa tournée
par Mahamat Abdel-Kerim et Dahab Adayi, volontaires à
la Croix-Rouge du Tchad. Mahamat s’arrête à
l’un des nombreux points d’eau aménagés
à travers le camp, remplit un petit récipient
de plastique au robinet et l’agite, puis examine le liquide
en orientant le tube vers la lumière. Le taux de chlore
est correct, suffisant pour empêcher toute flambée
d’hépatite.
“Je suis très satisfait”, commente Walter.
“Ils font du bon travail. L’eau reste propre.”
Quelques mètres plus loin, Mahamat prélève
d’autres échantillons d’eau dans des jerricans
en plastique et dans une cruche en céramique posés
à l’extérieur d’une tente familiale.
Dans les jerricans, la qualité de l’eau ne laisse
rien à désirer, mais, dans la cruche, il n’y
a plus trace de chlore – le produit a été
absorbé par la céramique, comme il l’est
couramment par certains seaux en fer. Dès lors, le risque
de contamination est sérieux.
Il ne suffit pas de disposer d’une infrastructure efficace,
encore faut-il que les gens stockent et utilisent correctement
l’eau. C’est pourquoi les volontaires de la Croix-Rouge
s’emploient à éduquer les habitants des
camps au moyen de dessins illustrant le bon usage des latrines
et les principes de base de la toilette et de la lessive.
Durant une séance de sensibilisation, une femme occupée
à tresser un plat en paille interrompt son ouvrage. “Nous
n’avons pas ce qu’il faut pour maintenir une bonne
hygiène”, affirme-t-elle. “On manque de savon
et les brouettes sont cassées, ainsi nous ne pouvons
pas évacuer nos ordures.”
Idriss Issakha Matar, responsable de l’approvisionnement
en eau et de l’assainissement à la Croix-Rouge
du Tchad, reconnaît le problème et indique que
la Croix-Rouge espère être en mesure de distribuer
à nouveau deux barres de savon par personne et par mois
dès juin. Le savon sert à la fois au ménage,
à la vaisselle, à la lessive et à la toilette.
Idriss promet également d’examiner la quinzaine
de brouettes défectueuses, indispensables pour évacuer
les déchets.
Les camps de Tréguine et Bredjing, semblables à
de petites villes vibrantes d’animation, représentent
un choc culturel pour les réfugiés qui, pour la
plupart, ont mené auparavant une existence semi-nomade
en pleine campagne.
Aujourd’hui, loin de leur pays, ils sont confrontés
à des conditions de vie totalement nouvelles, caractérisées
par une grande promiscuité.
Pour ces gens habitués aux grands espaces, les latrines
ne constituent pas la première des priorités.
Le plus important est de disposer d’un foyer préservant
leur intimité et leur dignité. C’est pourquoi
certains réfugiés ont rapidement entrepris de
démonter les latrines afin de récupérer
des matériaux pour leurs besoins personnels.
Tous les réfugiés enregistrés reçoivent
pourtant une tente familiale. Néanmoins, en se promenant
à travers le camp, on remarque de nombreuses petites
structures annexes construites au moyen de plaques de plastique
prélevées dans les toilettes communautaires.
Pour régler le problème, la Croix-Rouge et ses
partenaires s’emploient à remplacer progressivement
plus de 700 latrines bâties en bambou et en feuilles de
plastique par des constructions en briques.
Cependant, les réfugiés, en particulier les femmes,
n’aiment pas séjourner dans ces lieux clos où
ils ne se sentent pas en sécurité et où
règne une chaleur étouffante. Ils font donc leurs
besoins dans la nature, multipliant ainsi les risques sanitaires.
C’est précisément parce que les réfugiés
n’aiment pas les espaces clos que la Croix-Rouge a renoncé
à ceinturer de murs les points d’eau. Pour tenir
les animaux à l’écart et permettre aux adultes
de veiller à ce que les enfants ne jouent pas avec les
robinets, on les entourera probablement de claies en bambou
ou de simples rideaux de corde.
Dans un autre secteur du camp, Idriss inspecte une fosse large
de trois mètres par six et profonde d’un mètre
dans laquelle la Croix-Rouge aimerait produire de l’engrais
organique. Au fond, on peut voir un peu de crottin d’âne,
quelques cartons et sacs en plastique déchirés
et, surtout, de la poussière, du sable et de la terre.
“Cette excavation est destinée à produire
du compost, mais elle est remplie à 80 pour 100 de sable”,
observe-t-il. “C’est difficile d’obtenir des
gens qu’ils séparent les déchets organiques
des matières inorganiques. Le trou à compost n’a
que deux mois, mais il est déjà plein.”
Hamat Issakha, un volontaire âgé de 26 ans originaire
de Hadjer Hadid, le village voisin, se veut plus optimiste quant
à l’adaptation des réfugiés à
cet environnement quasi urbain. “C’est bien que
les gens utilisent les fosses à ordures”, estime-t-il.
“Au moins, les déchets ne sont pas éparpillés
à travers tout le camp.”
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Les
ânes et les enfants peuvent représenter une
menace pour la salubrité de l’eau (p12877)
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Hamat
Issakha et Ibedallah Mahamat, volontaires de la Croix-Rouge,
s’assurent que les réfugiés utilisent
comme il convient les fosses à ordures (p12878)
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Pour
la plupart des réfugiés soudanais, accoutumés
à une existence semi-nomade, la vie dans les camps
représente un véritable choc culturel. p12879
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Les
employés et volontaires de la Croix-Rouge animent
des séances d’éducation à la
santé et à l’hygiène dans les
différents quartiers du camp de Tréguine
(p12880)
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Walter
Baumgartner, délégué eau et assainissement
à la Fédération internationale, s’informe
des besoins de réfugiés installés
à l’extérieur du camp de Bredjing
(p12881)
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