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Les réfugiés soudanais au Tchad se préparent à la vie après le camp

3 juin 2005
Rosemarie North dans l’est du Tchad
Une femme se penche à la porte d’un bâtiment du camp de Bredjing. Elle tend un T-shirt en lambeaux appartenant à sa fille, emmaillotée dans son dos. Montrant un accroc à la couture de l’épaule, elle donne le vêtement à une des huit femmes qui travaillent à l’intérieur du bâtiment.

Toutes des réfugiées, celles-ci sont assises derrière de vénérables machines à pédale de marque Singer ou Butterfly. En plus d’effectuer de petites reprises, ces femmes, reconnues comme étant particulièrement vulnérables, apprennent à confectionner des vêtements pour enfants, hommes et femmes. Ce matin, elles cousent des tuniques de coton beige.

Abdraman Youssouf Siam, leur moniteur, lui aussi un réfugié, circule entre les tables pour prodiguer conseils et encouragements. “Une femme prête à apprendre peut maîtriser le métier en six mois”, affirme-t-il. “Il faut s’initier à la machine et aux différentes techniques de coupe et d’assemblage. Il y a beaucoup à apprendre.”

Il y a un an que Fania Mahamat Idriss, 27 ans, est arrivée à Bredjing. Aujourd’hui administré par la Croix-Rouge, ce camp héberge quelque 29 500 personnes chassées du Soudan voisin par le conflit. Le mari de Fania a quitté le camp il y a quatre mois et ses parents sont décédés. Son père a été victime de la violence qui déchire le Darfour.

La jeune femme fréquente la classe de couture depuis un mois à raison de six jours par semaine. Elle dit apprécier l’enseignement de son moniteur.

“Je suis contente d’être ici, parce que je veux apprendre un métier pour l’avenir”, explique-t-elle.

“Je ne sais pas ce que je vais devenir, mais cela m’aidera certainement de savoir faire quelque chose d’utile.” Pour le moment, toutefois, Fania n’a pas les moyens de s’acheter une machine.
Souleman Dannah, qui supervise dans le camp les activités de développement social de la Croix-Rouge du Tchad, résume l’idée du programme.

“Nous voulons que les gens quittent le camp avec quelque chose dans les mains. Beaucoup de femmes sont très vulnérables, parce qu’elles sont célibataires, parce que leurs maris ne sont pas auprès d’elles ou parce qu’elles n’ont aucune famille.

“Nous voulons leur donner une chance de bâtir leur avenir et de mener une existence indépendante. Nous espérons que l’une ou l’autre de nos organisations humanitaires partenaires pourra leur procurer des machines à l’issue de leur formation, car il est essentiel qu’elles continuent de pratiquer pour ne pas oublier ce qu’elles auront appris.”
Depuis le début du cours le 17 février 2004, la Croix-Rouge fournit aux apprenties le tissu et le fil, et distribue dans le camp les vêtements qu’elles confectionnent.

A environ 500 mètres de là, dans un bâtiment circulaire édifié dans un autre secteur du camp, huit femmes s’emploient à confectionner des pâtes alimentaires. L’une d’elles mélange l’huile et la farine dans un saladier, d’autres pétrissent la pâte, d’autres encore l’étirent, puis la coupent. Une fois sèches, les pâtes sont ensachées et les femmes les vendent sur le marché au prix de 100 francs (environ 15 centimes d’euro) le paquet. Les ingrédients sont fournis par la Croix-Rouge. Chaque secteur du camp compte un groupe qui se consacre à cette activité.

Les femmes ont décidé de partager le produit de la vente. Chacune en conserve une modeste partie pour acheter d’autres produits de première nécessité comme du savon. Le reste est versé dans une caisse commune pour acheter du thé, des jus de fruit ou de la nourriture en vue des réunions du groupe.

Le responsable du projet, Nawal Ibrahim Bachar, également réfugié, explique que le groupe comprend habituellement jusqu’à dix-huit femmes. Mais, aujourd’hui, beaucoup ont été retenues par des obligations domestiques.

La vente des pâtes n’est pas très lucrative. “Ce n’est pas cher, mais les réfugiés n’ont pas beaucoup d’argent”, commente Fatne Mahamat Khamis, 35 ans.

Comme pour les ateliers de couture, la Croix-Rouge s’efforce de mobiliser d’autres organisations en vue de fournir aux femmes des machines à pâtes qu’elles pourront emporter lorsqu’elles retourneront dans le Darfour. A l’évidence, les participantes à ce projet sont elles aussi très heureuses de leur travail et de la formation qu’elles acquièrent.

En réponse à la demande d’autres réfugiées, la Croix-Rouge a également lancé des ateliers d’art et de tricot, auxquels s’ajouteront bientôt des cours de peinture sur tissu. En outre, on a entrepris d’aménager un restaurant qui accueillera des apprentis cuisiniers et gérants. Tous les cours comprennent un élément commercial pour permettre aux participants de tirer le meilleur parti de leurs nouvelles compétences.

“L’objectif est d’aider les réfugiés à apprendre un métier qui leur permettra à terme de gagner leur vie et, éventuellement, de s’assurer un petit revenu dans le camp”, note Annette Molle-Kouoh, déléguée de la Fédération internationale en charge des programmes sociaux. “Nous nous efforçons de faire en sorte qu’ils mènent une existence aussi normale que possible, même si beaucoup ont vécu des expériences très traumatisantes et continuent de vivre dans des conditions très éprouvantes.

“Les cours”, souligne-t-elle, “leur redonnent confiance. Les participants s’épanouissent de façon spectaculaire.”

Autre sujet de fierté, les matchs de handball et de football qui rassemblent chaque semaine un public enthousiaste, non seulement de réfugiés, mais aussi d’habitants des villages environnants.

Chaque vendredi matin, quatre équipes de femmes vêtues de pantalons et de T-shirts et coiffées de foulards s’affrontent sur un terrain poussiéreux de Tréguine, un autre camp administré par la Croix-Rouge qui héberge quelque 14 500 réfugiés. Les joueuses sont toutes des femmes célibataires.

Alors que le ballon vole dans sa direction, une jeune femme bondit vivement pour le repousser de la cage des buts. Son visage s’illumine d’un large sourire et ses partenaires s’empressent autour d’elle pour la féliciter.

Matanda Sadrack, déléguée secours à la Fédération internationale et footballeuse émérite, prend beaucoup de plaisir au spectacle. “Au début”, raconte-t-elle, “elles étaient un peu timorées, mais, maintenant, la confiance s’est installée. Quelques-unes de ces femmes avaient déjà eu l’occasion de pratiquer le handball à l’école au Soudan. Cette activité leur procure du plaisir, les distrait de leurs soucis et entretient leur condition physique.”
Khadidja Adam Ali, son bébé sur les genoux, apprend à coudre une tunique (p12899)
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Abdraman Youssouf Siam supervise la formation, qui dote les participantes d’un métier qu’elles pourront mettre à profit lorsqu’elles rentreront chez elles (p12900)
Ces femmes du camp de Bredjing apprennent à confectionner des pâtes alimentaires qu’elles vendront ensuite sur le marché. Les ingrédients sont fournis par la Croix-Rouge (p12901)
Les pâtes sont séchées, ensachées puis vendues sur le marché. Grâce à ce projet, les femmes acquièrent un savoir-faire qui leur sera utile à l’avenir et qui leur permet de gagner un peu d’argent durant leur séjour au camp (p12902)
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