Une
femme se penche à la porte d’un bâtiment
du camp de Bredjing. Elle tend un T-shirt en lambeaux appartenant
à sa fille, emmaillotée dans son dos. Montrant
un accroc à la couture de l’épaule, elle
donne le vêtement à une des huit femmes qui travaillent
à l’intérieur du bâtiment.
Toutes des réfugiées, celles-ci sont assises derrière
de vénérables machines à pédale
de marque Singer ou Butterfly. En plus d’effectuer de
petites reprises, ces femmes, reconnues comme étant particulièrement
vulnérables, apprennent à confectionner des vêtements
pour enfants, hommes et femmes. Ce matin, elles cousent des
tuniques de coton beige.
Abdraman Youssouf Siam, leur moniteur, lui aussi un réfugié,
circule entre les tables pour prodiguer conseils et encouragements.
“Une femme prête à apprendre peut maîtriser
le métier en six mois”, affirme-t-il. “Il
faut s’initier à la machine et aux différentes
techniques de coupe et d’assemblage. Il y a beaucoup à
apprendre.”
Il y a un an que Fania Mahamat Idriss, 27 ans, est arrivée
à Bredjing. Aujourd’hui administré par la
Croix-Rouge, ce camp héberge quelque 29 500 personnes
chassées du Soudan voisin par le conflit. Le mari de
Fania a quitté le camp il y a quatre mois et ses parents
sont décédés. Son père a été
victime de la violence qui déchire le Darfour.
La jeune femme fréquente la classe de couture depuis
un mois à raison de six jours par semaine. Elle dit apprécier
l’enseignement de son moniteur.
“Je suis contente d’être ici, parce que je
veux apprendre un métier pour l’avenir”,
explique-t-elle.
“Je ne sais pas ce que je vais devenir, mais cela m’aidera
certainement de savoir faire quelque chose d’utile.”
Pour le moment, toutefois, Fania n’a pas les moyens de
s’acheter une machine.
Souleman Dannah, qui supervise dans le camp les activités
de développement social de la Croix-Rouge du Tchad, résume
l’idée du programme.
“Nous voulons que les gens quittent le camp avec quelque
chose dans les mains. Beaucoup de femmes sont très vulnérables,
parce qu’elles sont célibataires, parce que leurs
maris ne sont pas auprès d’elles ou parce qu’elles
n’ont aucune famille.
“Nous voulons leur donner une chance de bâtir leur
avenir et de mener une existence indépendante. Nous espérons
que l’une ou l’autre de nos organisations humanitaires
partenaires pourra leur procurer des machines à l’issue
de leur formation, car il est essentiel qu’elles continuent
de pratiquer pour ne pas oublier ce qu’elles auront appris.”
Depuis le début du cours le 17 février 2004, la
Croix-Rouge fournit aux apprenties le tissu et le fil, et distribue
dans le camp les vêtements qu’elles confectionnent.
A environ 500 mètres de là, dans un bâtiment
circulaire édifié dans un autre secteur du camp,
huit femmes s’emploient à confectionner des pâtes
alimentaires. L’une d’elles mélange l’huile
et la farine dans un saladier, d’autres pétrissent
la pâte, d’autres encore l’étirent,
puis la coupent. Une fois sèches, les pâtes sont
ensachées et les femmes les vendent sur le marché
au prix de 100 francs (environ 15 centimes d’euro) le
paquet. Les ingrédients sont fournis par la Croix-Rouge.
Chaque secteur du camp compte un groupe qui se consacre à
cette activité.
Les femmes ont décidé de partager le produit de
la vente. Chacune en conserve une modeste partie pour acheter
d’autres produits de première nécessité
comme du savon. Le reste est versé dans une caisse commune
pour acheter du thé, des jus de fruit ou de la nourriture
en vue des réunions du groupe.
Le responsable du projet, Nawal Ibrahim Bachar, également
réfugié, explique que le groupe comprend habituellement
jusqu’à dix-huit femmes. Mais, aujourd’hui,
beaucoup ont été retenues par des obligations
domestiques.
La vente des pâtes n’est pas très lucrative.
“Ce n’est pas cher, mais les réfugiés
n’ont pas beaucoup d’argent”, commente Fatne
Mahamat Khamis, 35 ans.
Comme pour les ateliers de couture, la Croix-Rouge s’efforce
de mobiliser d’autres organisations en vue de fournir
aux femmes des machines à pâtes qu’elles
pourront emporter lorsqu’elles retourneront dans le Darfour.
A l’évidence, les participantes à ce projet
sont elles aussi très heureuses de leur travail et de
la formation qu’elles acquièrent.
En réponse à la demande d’autres réfugiées,
la Croix-Rouge a également lancé des ateliers
d’art et de tricot, auxquels s’ajouteront bientôt
des cours de peinture sur tissu. En outre, on a entrepris d’aménager
un restaurant qui accueillera des apprentis cuisiniers et gérants.
Tous les cours comprennent un élément commercial
pour permettre aux participants de tirer le meilleur parti de
leurs nouvelles compétences.
“L’objectif est d’aider les réfugiés
à apprendre un métier qui leur permettra à
terme de gagner leur vie et, éventuellement, de s’assurer
un petit revenu dans le camp”, note Annette Molle-Kouoh,
déléguée de la Fédération
internationale en charge des programmes sociaux. “Nous
nous efforçons de faire en sorte qu’ils mènent
une existence aussi normale que possible, même si beaucoup
ont vécu des expériences très traumatisantes
et continuent de vivre dans des conditions très éprouvantes.
“Les cours”, souligne-t-elle, “leur redonnent
confiance. Les participants s’épanouissent de façon
spectaculaire.”
Autre sujet de fierté, les matchs de handball et de football
qui rassemblent chaque semaine un public enthousiaste, non seulement
de réfugiés, mais aussi d’habitants des
villages environnants.
Chaque vendredi matin, quatre équipes de femmes vêtues
de pantalons et de T-shirts et coiffées de foulards s’affrontent
sur un terrain poussiéreux de Tréguine, un autre
camp administré par la Croix-Rouge qui héberge
quelque 14 500 réfugiés. Les joueuses sont toutes
des femmes célibataires.
Alors que le ballon vole dans sa direction, une jeune femme
bondit vivement pour le repousser de la cage des buts. Son visage
s’illumine d’un large sourire et ses partenaires
s’empressent autour d’elle pour la féliciter.
Matanda Sadrack, déléguée secours à
la Fédération internationale et footballeuse émérite,
prend beaucoup de plaisir au spectacle. “Au début”,
raconte-t-elle, “elles étaient un peu timorées,
mais, maintenant, la confiance s’est installée.
Quelques-unes de ces femmes avaient déjà eu l’occasion
de pratiquer le handball à l’école au Soudan.
Cette activité leur procure du plaisir, les distrait
de leurs soucis et entretient leur condition physique.”
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Khadidja
Adam Ali, son bébé sur les genoux, apprend
à coudre une tunique (p12899)
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Abdraman
Youssouf Siam supervise la formation, qui dote les participantes
d’un métier qu’elles pourront mettre
à profit lorsqu’elles rentreront chez elles
(p12900)
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Ces
femmes du camp de Bredjing apprennent à confectionner
des pâtes alimentaires qu’elles vendront ensuite
sur le marché. Les ingrédients sont fournis
par la Croix-Rouge (p12901)
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Les
pâtes sont séchées, ensachées
puis vendues sur le marché. Grâce à
ce projet, les femmes acquièrent un savoir-faire
qui leur sera utile à l’avenir et qui leur
permet de gagner un peu d’argent durant leur séjour
au camp (p12902)
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