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Rebâtir les maisons et rétablir les moyens de subsistance à Aceh
15 juin 2005
Teresita P. Usapdin à Aceh; photos d’Amalia Soemantri
C’est d’une main tremblante que Muzakir signe le reçu de dépôt et confie son argent au caissier de la banque. Fébrilement, il attend l’étape suivante, les doigts serrés sur sa chaise roulante. Quand, enfin, l’employé lui tend son livret de compte, Muzakir laisse échapper un soupir de soulagement. “C’est fait. Mes compliments”, lui dit le caissier, cependant que les personnes qui entourent Muzakir l’applaudissent chaleureusement et défilent pour lui serrer la main.

Laila, 60 ans, est elle aussi très excitée. Elle n’a pratiquement pas fermé l’oeil la nuit dernière et a revêtu ce matin ses plus beaux habits, cadeau d’un ami. Elle et Muzakir font partie des quarante-deux chefs de famille sélectionnés pour le lancement d’un programme d’aide au relèvement mis en oeuvre conjointement par la Croix-Rouge indonésienne et la Croix-Rouge britannique en faveur de familles déplacées de la province d’Aceh. Chacun va toucher la somme de 850 000 roupies, soit environ 85 dollars des Etats-Unis.

Cette cérémonie tenue à la Banque centrale d’Asie témoigne que, six mois après la catastrophe, l’opération tsunami de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est vraiment entrée dans la phase de reconstruction. Les maisons de Muzakir et de Laila, comme celles de tous les autres bénéficiaires du programme, ont été balayées par le terrible raz-de-marée.

“C’est notre passeport pour une nouvelle vie”, commente Muzakir en enfilant le livret dans son sac de toile. “Je vais pouvoir construire une nouvelle maison à Ulee Paya et acheter un filet de pêche.”
Ulee Paya est un village du district de Pulau sur l’île de Beras, où vivaient Muzakir et sa famille avant la tragédie. Surpris par les monstrueuses vagues alors qu’il plongeait à la recherche de concombres et d’escargots de mer, Muzakir a été sérieusement blessé à la jambe. “Nous retournons à Ulee Paya parce que c’est là-bas que sont nos racines. C’est là-bas que je finirai ma vie”, affirme-t-il.

Laila, une veuve mère de cinq enfants, explique qu’elle va faire fructifier son argent en montant une échoppe de produits alimentaires. Elle pourra ainsi financer l’éducation de sa progéniture. “L’éducation de mes enfants est ma priorité”, déclare-t-elle. “Mais peut-être que je pourrai aussi construire une maison.”

Autre bénéficiaire du programme, Jallaludin, 50 ans, marié et père de cinq enfants lui aussi, confie que l’argent servira à bâtir une nouvelle maison et à acheter une barque pour assurer la subsistance de sa famille. “Cette aide de la Croix-Rouge est précieuse, car elle nous laisse libres de disposer des fonds en fonction de nos propres priorités”, commente-t-il.

Le programme de la Croix-Rouge indonésienne et de la Croix-Rouge britannique, qui s’inscrit dans le cadre de la phase de relèvement de l’opération tsunami, devrait toucher quelque 10 000 familles de la province d’Aceh. Il bénéficie du soutien du gouvernement indonésien, de la Fédération internationale, de Sociétés soeurs de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ainsi que d’autres organisations non gouvernementales.

“C’est un projet très ambitieux”, souligne Matthias Schmale, directeur des opérations internationales à la Croix-Rouge britannique. “Nous sommes heureux de pouvoir compter sur l’appui et la collaboration d’autres partenaires – cela augmente considérablement nos chances de succès.”

Au total, le programme coûtera près de 70 millions de dollars sur une période de trois ans. Les fonds seront canalisés par le Disaster and Emergency Committee, qui regroupe treize des principaux organismes d’assistance du Royaume-Uni. L’idée consiste à favoriser la prise en mains par les bénéficiaires de leur propre avenir en leur procurant une aide qu’ils pourront employer au gré de leurs besoins.

“La mise en oeuvre pratique, toutefois, devra rester conforme au cadre de référence et aux directives agréés par toutes les parties, y compris les bénéficiaires”, note Schmale. Le programme couvre le logement, les moyens de subsistance et l’éducation des enfants, et il sera exécuté avec le soutien technique de la Croix-Rouge indonésienne et de la Croix-Rouge britannique.

Selon Bill Marsden, conseiller technique à la Croix-Rouge britannique, chaque famille recevra l’équivalent de 3500 dollars des Etats-Unis qui seront affectés principalement au logement, plus un millier de dollars pour faciliter la création d’une activité lucrative.

En outre, les parents célibataires toucheront encore 500 dollars supplémentaires et chaque orphelin donnera droit à 250 dollars par an pendant toute la durée du programme, soit 750 dollars au total, à condition qu’il fréquente l’école et consacre au moins 85 pour 100 de son temps à ses études.

Dans un premier temps, chaque famille recevra 85 dollars dont 60 seront déposés sur un compte en banque au nom du bénéficiaire. Le reste servira à payer les titres de propriété foncière émis par les pouvoirs publics et à satisfaire les besoins les plus pressants.

Plus de 95 pour 100 des fonds seront virés par des banques internationales via la Banque centrale d’Asie. Les comptes des familles participantes seront vérifiés deux fois par an afin de s’assurer que l’argent a bien été utilisé conformément aux directives du programme. Tous les mécanismes de contrôle nécessaires ont été mis en place à cet effet.

Dans la région pilote de Pulau Aceh, la Croix-Rouge américaine assurera des services d’approvisionnement en eau et d’assainissement, cependant que la Croix-Rouge allemande se chargera de la construction des écoles.

La Croix-Rouge britannique aura pour tâche de veiller à ce que tout le bois de construction provienne bien de filières d’exploitation durables et légales. Les maisons bâties dans le cadre du projet s’inspireront d’un modèle testé pour sa résistance aux inondations, aux séismes et aux vents violents.
Muzakir a perdu sa maison dans le tsunami. L’argent de la Croix-Rouge va lui permettre de bâtir une nouvelle habitation et l’aidera à rétablir ses moyens de subsistance (p12938)

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