Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et Croissant-Rouge (IFRC) Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et Croissant-Rouge (IFRC)
Rechercher :

Nouvelles
 
IMPRIMER
Accueil nouvelles
Nouvelles
Communiqués
de presse
Discours
Points de vue
Audio et vidéo
Des visites vitales pour les réfugiés les plus vulnérables
17 juin 2005
Rosemarie North, Tchad oriental
Assan Yaya fait plus que ses 40 ans. Ses cheveux sont gris, son visage ridé. Jadis ingénieur dans un service gouvernemental au Soudan, il vit aujourd’hui dans le camp de Bredjing qui héberge quelque 29 500 réfugiés chassés de la province du Darfour par la violence.

Assan est plus à plaindre que beaucoup de ses compagnons d’exil. Il y a dix ans, il a été victime d’une poussée de fièvre accompagnée de maux d’estomac, puis ses articulations ont commencé à se raidir. “C’était une crise de rhumatisme”, explique-t-il. A présent, il est presque paralysé et peut à peine remuer la tête.

Il faut le soulever de son lit – un simple matelas de couvertures étalées à même le sol – pour le mettre en position assise.
Assan partage sa tente avec sa fille âgée de 6 ans et la famille de son frère. “Quand ma santé s’est détériorée, j’ai rendu sa liberté à ma femme”, raconte-t-il. “Depuis, elle s’est remariée.”

Malgré ses souffrances, son visage s’illumine à l’arrivée d’une douzaine de réfugiés spécialement formés pour assurer une aide à domicile aux malades chroniques, aux handicapés, aux vieillards et aux orphelins. Désormais, les membres de l’équipe rendront visite chaque jour aux plus vulnérables et deux ou trois fois par semaine aux autres personnes en situation difficile dans les camps de Bredjing et de Tréguine, où près de 44 000 réfugiés au total bénéficient de l’assistance de la Croix-Rouge.

Moyennant une rémunération mensuelle d’environ 50 dollars, ces agents communautaires tiendront compagnie à leurs hôtes et, si nécessaire, s’occuperont de la cuisine, du ménage et de la vaisselle, les aideront à faire leur toilette et les accompagneront chez le médecin.

“Je suis très heureux de vous voir. C’est la première fois que je reçois ce genre de visite”, déclare Assan en souriant à Annette Molle-Kouoh, déléguée de la Fédération internationale en charge de l’aide sociale. Celle-ci lui présente alors Zainab Malik, qui sera plus spécialement chargée de veiller sur son bien-être.

“Zainab vous rendra régulièrement visite pour s’occuper de vous”, explique Annette. “Si vous avez besoin de soins médicaux, elle arrangera cela pour vous. Quels que soient vos besoins, elle s’efforcera d’y répondre. Vous n’aurez qu’à demander.”

Les onze membres de l’équipe – dix femmes et un homme – ont pour la plupart déjà fait des visites domiciliaires à des personnes nécessiteuses. Ils viennent d’achever dans le centre communautaire du camp de Bredjing une brève formation dispensée par Annette, qui insiste sur l’importance du contact humain.

“Vous allez rencontrer des personnes qui vivent seules et n’ont jamais l’occasion de parler. Quand vous leur rendrez visite, n’oubliez pas que vous êtes peut-être leur unique lien avec le monde extérieur”, souligne-t-elle. “Efforcez-vous aussi de nouer des relations entre les personnes âgées et, si vous en avez l’occasion, faites-vous accompagner par les petits-enfants. Ces gens aiment énormément recevoir des visites.”

“Comment devons-nous nous comporter avec des personnes que nous ne connaissons pas”, demande une élève. “Faut-il se montrer amical?”
“Oui”, répond Annette, “c’est essentiel. Même si vous ne les connaissez pas.”

Fatimé Adouma, une assistante sociale de la Croix-Rouge originaire de la ville d’Adré, a déjà commencé à visiter des personnes particulièrement vulnérables. “Nous voulons les aider. Ces femmes souffrent de l’absence de leurs maris. Parfois, elles tombent malades et meurent. Qui s’occupera alors de leurs enfants? Pour améliorer leur situation, nous leur procurons de la nourriture, des vêtements et autres articles de première nécessité.”

Dans un autre secteur du camp de Bredjing, Mariam Ahmat Idriss, 35 ans, élève seule cinq enfants. Il y a onze mois, son village du Darfour a été attaqué et elle a perdu son mari, son frère et deux neveux âgés de 15 et 16 ans. Maintenant, elle doit se débrouiller toute seule, sans la moindre aide de ses voisins. L’âne grâce auquel la famille a pu atteindre sans trop de difficultés le Tchad est mort de faim peu après l’arrivée.

Assise à l’ombre près de son petit carré de légumes soigneusement entretenu, Mariam explique à Fatimé qu’elle souhaiterait travailler pour compléter ses rations alimentaires. “Je prie Dieu qu’il me donne du travail pour assurer mon avenir et celui de mes enfants. N’importe quel travail. Au Soudan, nous cultivions la terre, mais, ici, je ne sais pas ce qu’on peut faire.”

Bien qu’elle soit elle-même dans une situation très difficile, Mariam demande à Fatimé s’il n’y aurait pas moyen de faire un travail comme le sien pour aider les autres réfugiés. Fatimé promet d’en parler à son chef.

Les 68 personnes formées pour le programme auront beaucoup à faire avec des populations qui s’élèvent à 29 500 personnes dans le camp de Bredjing et 14 500 dans celui de Tréguine, distant de six kilomètres. Une récente enquête a révélé que plus d’un millier de foyers de Tréguine auraient besoin d’une assistance spéciale.

Parmi eux, on compte 109 vieillards vivant seuls, 30 malades chroniques, 82 handicapés, 682 familles monoparentales pour la plupart dirigées par des femmes, 79 enfants séparés de leur famille et 31 femmes seules. La proportion est sensiblement la même à Bredjing, pour une population deux fois plus nombreuse.

La Croix-Rouge compte toutefois former d’autres assistants sociaux qui travailleront au sein de leur communauté, et, à terme, Annette espère que les réfugiés qui ne peuvent pas cuisiner et qui n’ont pas de famille bénéficieront de repas chauds grâce au restaurant que la Croix-Rouge a entrepris d’aménager à Bredjing. Celui-ci sera administré par des personnes vulnérables qui y seront initiées aux métiers de la restauration.
Des réfugiés formés à l’aide sociale en visite chez Assan Yaya, 40 ans, qui est pratiquement paralysé. Zainab Malik, à droite en robe rouge, vient chaque jour s’occuper de lui.
LIENS CONNEXES
Activités au Tchad
Lire d'autres nouvelles
Mariam Ahmat Idriss s’est réfugiée au Tchad avec ses cinq enfants après une attaque contre son village où son mari a trouvé la mort (p12936)
Mariam cherche désespérément un emploi pour pouvoir acheter de la viande et des légumes, des vêtements et autres articles de première nécessité pour sa famille (p12935)
Au camp de Bredjing, Fatna Mahamat Déyé (à gauche), représentante de la communauté, discute des besoins des réfugiés avec Fatimé Adouma, assistante sociale à la Croix-Rouge du Tchad (p12937)
IMPRIMER