Assan
Yaya fait plus que ses 40 ans. Ses cheveux sont gris, son visage
ridé. Jadis ingénieur dans un service gouvernemental
au Soudan, il vit aujourd’hui dans le camp de Bredjing
qui héberge quelque 29 500 réfugiés chassés
de la province du Darfour par la violence.
Assan est plus à plaindre que beaucoup de ses compagnons
d’exil. Il y a dix ans, il a été victime
d’une poussée de fièvre accompagnée
de maux d’estomac, puis ses articulations ont commencé
à se raidir. “C’était une crise de
rhumatisme”, explique-t-il. A présent, il est presque
paralysé et peut à peine remuer la tête.
Il faut le soulever de son lit – un simple matelas de
couvertures étalées à même le sol
– pour le mettre en position assise.
Assan partage sa tente avec sa fille âgée de 6
ans et la famille de son frère. “Quand ma santé
s’est détériorée, j’ai rendu
sa liberté à ma femme”, raconte-t-il. “Depuis,
elle s’est remariée.”
Malgré ses souffrances, son visage s’illumine à
l’arrivée d’une douzaine de réfugiés
spécialement formés pour assurer une aide à
domicile aux malades chroniques, aux handicapés, aux
vieillards et aux orphelins. Désormais, les membres de
l’équipe rendront visite chaque jour aux plus vulnérables
et deux ou trois fois par semaine aux autres personnes en situation
difficile dans les camps de Bredjing et de Tréguine,
où près de 44 000 réfugiés au total
bénéficient de l’assistance de la Croix-Rouge.
Moyennant une rémunération mensuelle d’environ
50 dollars, ces agents communautaires tiendront compagnie à
leurs hôtes et, si nécessaire, s’occuperont
de la cuisine, du ménage et de la vaisselle, les aideront
à faire leur toilette et les accompagneront chez le médecin.
“Je suis très heureux de vous voir. C’est
la première fois que je reçois ce genre de visite”,
déclare Assan en souriant à Annette Molle-Kouoh,
déléguée de la Fédération
internationale en charge de l’aide sociale. Celle-ci lui
présente alors Zainab Malik, qui sera plus spécialement
chargée de veiller sur son bien-être.
“Zainab vous rendra régulièrement visite
pour s’occuper de vous”, explique Annette. “Si
vous avez besoin de soins médicaux, elle arrangera cela
pour vous. Quels que soient vos besoins, elle s’efforcera
d’y répondre. Vous n’aurez qu’à
demander.”
Les onze membres de l’équipe – dix femmes
et un homme – ont pour la plupart déjà fait
des visites domiciliaires à des personnes nécessiteuses.
Ils viennent d’achever dans le centre communautaire du
camp de Bredjing une brève formation dispensée
par Annette, qui insiste sur l’importance du contact humain.
“Vous allez rencontrer des personnes qui vivent seules
et n’ont jamais l’occasion de parler. Quand vous
leur rendrez visite, n’oubliez pas que vous êtes
peut-être leur unique lien avec le monde extérieur”,
souligne-t-elle. “Efforcez-vous aussi de nouer des relations
entre les personnes âgées et, si vous en avez l’occasion,
faites-vous accompagner par les petits-enfants. Ces gens aiment
énormément recevoir des visites.”
“Comment devons-nous nous comporter avec des personnes
que nous ne connaissons pas”, demande une élève.
“Faut-il se montrer amical?”
“Oui”, répond Annette, “c’est
essentiel. Même si vous ne les connaissez pas.”
Fatimé Adouma, une assistante sociale de la Croix-Rouge
originaire de la ville d’Adré, a déjà
commencé à visiter des personnes particulièrement
vulnérables. “Nous voulons les aider. Ces femmes
souffrent de l’absence de leurs maris. Parfois, elles
tombent malades et meurent. Qui s’occupera alors de leurs
enfants? Pour améliorer leur situation, nous leur procurons
de la nourriture, des vêtements et autres articles de
première nécessité.”
Dans un autre secteur du camp de Bredjing, Mariam Ahmat Idriss,
35 ans, élève seule cinq enfants. Il y a onze
mois, son village du Darfour a été attaqué
et elle a perdu son mari, son frère et deux neveux âgés
de 15 et 16 ans. Maintenant, elle doit se débrouiller
toute seule, sans la moindre aide de ses voisins. L’âne
grâce auquel la famille a pu atteindre sans trop de difficultés
le Tchad est mort de faim peu après l’arrivée.
Assise à l’ombre près de son petit carré
de légumes soigneusement entretenu, Mariam explique à
Fatimé qu’elle souhaiterait travailler pour compléter
ses rations alimentaires. “Je prie Dieu qu’il me
donne du travail pour assurer mon avenir et celui de mes enfants.
N’importe quel travail. Au Soudan, nous cultivions la
terre, mais, ici, je ne sais pas ce qu’on peut faire.”
Bien qu’elle soit elle-même dans une situation très
difficile, Mariam demande à Fatimé s’il
n’y aurait pas moyen de faire un travail comme le sien
pour aider les autres réfugiés. Fatimé
promet d’en parler à son chef.
Les 68 personnes formées pour le programme auront beaucoup
à faire avec des populations qui s’élèvent
à 29 500 personnes dans le camp de Bredjing et 14 500
dans celui de Tréguine, distant de six kilomètres.
Une récente enquête a révélé
que plus d’un millier de foyers de Tréguine auraient
besoin d’une assistance spéciale.
Parmi eux, on compte 109 vieillards vivant seuls, 30 malades
chroniques, 82 handicapés, 682 familles monoparentales
pour la plupart dirigées par des femmes, 79 enfants séparés
de leur famille et 31 femmes seules. La proportion est sensiblement
la même à Bredjing, pour une population deux fois
plus nombreuse.
La Croix-Rouge compte toutefois former d’autres assistants
sociaux qui travailleront au sein de leur communauté,
et, à terme, Annette espère que les réfugiés
qui ne peuvent pas cuisiner et qui n’ont pas de famille
bénéficieront de repas chauds grâce au restaurant
que la Croix-Rouge a entrepris d’aménager à
Bredjing. Celui-ci sera administré par des personnes
vulnérables qui y seront initiées aux métiers
de la restauration.
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Des
réfugiés formés à l’aide
sociale en visite chez Assan Yaya, 40 ans, qui est pratiquement
paralysé. Zainab Malik, à droite en robe
rouge, vient chaque jour s’occuper de lui.
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Mariam
Ahmat Idriss s’est réfugiée au Tchad
avec ses cinq enfants après une attaque contre
son village où son mari a trouvé la mort
(p12936)
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Mariam
cherche désespérément un emploi pour
pouvoir acheter de la viande et des légumes, des
vêtements et autres articles de première
nécessité pour sa famille (p12935)
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Au
camp de Bredjing, Fatna Mahamat Déyé (à
gauche), représentante de la communauté,
discute des besoins des réfugiés avec Fatimé
Adouma, assistante sociale à la Croix-Rouge du
Tchad (p12937)
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