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Le soutien psychologique, un élément vital pour le relèvement à Aceh
24 juin 2005
Teresita P. Usapdin à Banda Aceh, Indonésie
Intan Dewi et Marwan poursuivent une conversation décousue sur la vie et les réactions à diverses situations, émaillant leurs propos d’anecdotes, de blagues et de musique. En bref, ils s’ingénient à dédramatiser une émission qui pourrait facilement sombrer dans le “mélo”, puisqu’elle s’articule essentiellement autour de l’assistance aux victimes du tsunami à Banda Aceh. Toutefois, l’élément essentiel de l’émission ce sont les appels des auditeurs en quête de conseils.

Un jour, une enseignante a raconté qu’elle avait perdu ses trois enfants dans la catastrophe. Son mari l’en avait tenue pour responsable et l’avait quittée depuis. Après ce pitoyable récit, les deux animateurs ont prodigué leurs conseils, puis diffusé une chanson d’amour. Quelques jours plus tard, l’enseignante s’est présentée au studio en compagnie de son mari. Le couple s’était réconcilié, en partie grâce à l’émission.

Certains auditeurs parlent sans entrave de leur horrible expérience et en retirent souvent un profond soulagement. D’autres, en revanche, restent enfermés dans leur cauchemar. Dans bien des cas, explique Intan Dewi, les personnes qui tendent à éviter le sujet sont aussi celles qui ont été le plus gravement traumatisées et, par voie de conséquence, qui sont les plus exposées à des troubles psychologiques.

“Les Indonésiens ont subi un choc extrêmement violent et je suis persuadé que des centaines de rescapés murés dans le silence ont un urgent besoin d’assistance”, déclare le psychologue, qui a assuré des services de soutien aux familles sinistrées de la région d’Aceh Besar Lhokgna dans le cadre d’un programme mené conjointement par la Croix-Rouge indonésienne, le Croissant-Rouge turc et la Fédération internationale. “Il est essentiel que nous parvenions à les toucher avant qu’ils ne plongent dans la dépression nerveuse.”

C’est cette urgence qui a poussé Intan Dewi et son collègue Marwan A. Hasibuan à lancer leur émission de radio d’une heure diffusée le mardi et le samedi. “C’est très gratifiant de savoir qu’on apporte un peu de réconfort à des personnes dans la détresse. Mais la plus belle récompense qu’on puisse rêver, c’est d’avoir contribué à réconcilier deux êtres dont l’affection mutuelle avait été brisée par la tragédie”, commente Marwan, les yeux brillants de satisfaction. Marwan est intimement convaincu que beaucoup d’autres auditeurs ont tiré bénéfice de l’émission, la plupart des habitants de Banda Aceh écoutant Suara Aceh Radio Durarat afin de se tenir au courant de tout ce qui a trait aux suites de la catastrophe.

A l’origine, le programme de soutien psychologique de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge visait à toucher 12 545 sinistrés vivant dans dix-huit camps de personnes déplacées. Entre mars et avril, le nombre des bénéficiaires s’est chiffré à 13 604 au total, dont plus de 5000 enfants. Dix psychologues locaux, parmi lesquels Intan Dewi et Marwan, et deux délégués spécialisés du Croissant-Rouge turc assurent des services de soutien et de conseil dans vingt-quatre camps, dix-sept écoles et huit villages de la région de Lhokgna, avec le concours de volontaires communautaires de la Croix-Rouge indonésienne spécialement formés à cet effet.

Le soutien psychologique proprement dit est complété par des activités sociales telles que jeux, ateliers d’écriture et de lecture, de dessin et de coloriage pour les enfants, cours de cuisine et d’artisanat pour les femmes, tournois de sport pour les hommes. Ces activités, explique Meric Gozden, assistant social au Croissant-Rouge turc, visent essentiellement à libérer les esprits du traumatisme. “Mes collègues et moi-même jouons seulement un rôle d’animateurs. Ce sont les participants qui organisent et font vivre les activités.”

“Je suis impressionné de voir comment ces gens font face”, observe Oznur Acicbe, psychologue au Croissant-Rouge turc. “Tout le monde est très coopératif et prompt à faire profiter les autres de ses talents, et chacun prend part aux décisions. Les enfants, en particulier, sont fantastiques. Leurs dessins révèlent une sensibilité et une intelligence extraordinaires”, ajoute Oznur.

La première fois qu’il les a invités à représenter ce qui leur venait à l’esprit, la plupart ont dessiné d’énormes vagues ou des ciels et des mers sombres et menaçants. Maintenant, après seulement quelques séances de thérapie par la discussion, le jeu et l’expression orale, ils commencent déjà à dessiner des fleurs, des arbres, des maisons et des scènes de jeu. “Ils ont une capacité incroyable à associer sentiments et environnement. Ils me donnent envie d’être à nouveau un enfant moi-même”, poursuit Oznur.

Meric et Oznur expliquent que le Croissant-Rouge turc a choisi de prendre en mains le programme de soutien psychologique à Aceh parce qu’il possède une solide expérience de l’impact émotionnel des catastrophes sur les populations déplacées. De fait, la Turquie a subi de nombreux séismes de grande magnitude, dont celui d’Izmit en 1999 qui a fait plus de 17 000 morts et des milliers de traumatisés.

Pour assurer la continuité du programme, le Croissant-Rouge turc a entrepris d’aménager à Banda Aceh un centre communautaire qui hébergera tout un éventail de projets et activités allant des échanges d’expérience à la formation, en passant par les jeux et autres formes de thérapie récréative. Ce centre sera ultérieurement repris en mains par la Croix-Rouge indonésienne qui pourra ainsi consolider ses propres capacités dans le domaine du soutien psychologique.

“Le soutien psychologique est toujours la première étape vers le relèvement”, souligne Oznur. “L’aide matérielle vient après.” Les deux délégués du Croissant-Rouge turc affirment que la langue et les différences de culture n’ont jamais posé de difficultés. “Même si nous ne comprenons pas toujours précisément ce que les gens nous disent, nous comprenons parfaitement ce qu’ils ressentent”, déclare Oznur. “Leurs regards sont le plus éloquent des moyens d’expression.”
Jeux et ateliers de lecture et d’écriture, de dessins et de coloriage pour les enfants sont quelques-unes des activités menées au titre du programme de soutien psychologique .
Jeux et ateliers de lecture et d’écriture, de dessins et de coloriage pour les enfants sont quelques-unes des activités menées au titre du programme de soutien psychologique destiné à aider les communautés traumatisées à reconstruire peu à peu leurs existences ravagées par le tsunami. Photo: Fédération internationale (p12947)

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Mélange de conversation décousue, de musique et de conseils aux auditeurs, l’émission de radio animée par les psychologues Intan Dewi Keumata (à gauche) et Marwan A. Hasibuan.
Mélange de conversation décousue, de musique et de conseils aux auditeurs, l’émission de radio animée par les psychologues Intan Dewi Keumata (à gauche) et Marwan A. Hasibuan aide les habitants de Banda Aceh à surmonter le choc causé par la tragédie de décembre 2004. Photo: Fédération internationale (p12947)

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