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Améliorer la nutrition parmi les réfugiés en bas âge
4 juillet 2005
Rosemarie North au camp de Tréguine
Il est seulement 8 heures du matin, mais il fait déjà très chaud au camp de Tréguine, à l’est du Tchad, où la Croix-Rouge assure des services vitaux à quelque 14 500 réfugiés du Soudan. Une douzaine de femmes portant des bébés sont assises sur des nattes à l’intérieur d’un vaste hangar au sol cimenté. Une légère brise leur procure un peu de fraîcheur cependant qu’elles attendent l’ouverture du centre de thérapie nutritionnelle.

Rapidement, neuf volontaires, chassés eux aussi de leur province soudanaise du Darfour par les violences armées, mettent en place une série de postes que les femmes et leurs enfants visiteront tour à tour. Pour commencer, on procède à l’enregistrement des enfants, tous âgés de six mois à cinq ans; ensuite, on contrôle la circonférence du bras, le poids et la taille, ainsi que la température.

Les enfants souffrant de carences reçoivent des vitamines, des compléments minéraux et des aliments à haute teneur énergétique. Ceux qui présentent d’autres problèmes de santé seront adressés au centre médical, situé à quelques mètres de là. Bientôt, il apparaît évident qu’un grand nombre des 70 enfants amenés au centre ce lundi matin ont besoin d’une assistance particulière. La plupart affichent une taille et un poids inférieurs à la normale.

“Nous savons que beaucoup d’enfants souffrent de malnutrition”, commente Bernard Batsala. Infirmier, nutritionniste et assistant social, ce dernier dirige le centre au nom de l’équipe régionale d’intervention en cas de catastrophe d’Afrique centrale, dont les membres ont été mis à disposition par les Sociétés de la Croix-Rouge du Congo, de la République démocratique du Congo et du Bénin. Cette équipe médicale multidisciplinaire est en poste depuis décembre 2004.

“Nombreux sont les facteurs qui concourent à la malnutrition”, explique Bernard, haussant la voix pour couvrir les cris et les pleurs de dizaines de bébés et de nouveau-nés. “Les gens sont pauvres et ne peuvent pas acheter beaucoup d’aliments. Souvent, les mères allaitantes sont elles-mêmes mal nourries.”

Les distributions se limitent à un éventail réduit de denrées ne comprenant ni fruits, ni légumes frais. L’aliment de base – la boule – est une bouillie de farine de sorgho. Les réfugiés ne sont pas accoutumés à consommer des fruits comme les mangues et les goyaves qui poussent dans le secteur. Généralement, toute la famille mange dans le même plat, les enfants les plus âgés se taillant souvent la part du lion.

De plus, certaines livraisons des rations fournies par le Programme alimentaire mondial ont été retardées par des tracasseries administratives, militaires et douanières dans d’autres pays. En février, seule la moitié de la quantité normale de sorgho est parvenue à destination, ce qui a entraîné des privations supplémentaires.

Les problèmes d’approvisionnement sont désormais réglés, mais la santé de certains enfants s’en est sans doute ressentie dans l’intervalle.

Pour aggraver encore les choses, une hygiène précaire favorise des crises de diarrhée qui entraînent à leur tour une déperdition des apports nutritionnels. Enfin, certains enfants souffrent aussi d’autres maladies qui entravent l’assimilation des vitamines et des minéraux.

Les enfants enregistrés au centre de thérapie nutritionnelle viennent chaque semaine en consultation jusqu’à ce qu’ils aient retrouvé un poids correct. Les volontaires de la Croix-Rouge profitent des relations ainsi nouées avec les mères pour faire passer des messages de santé et d’hygiène.

Le lendemain de la visite, Djouma Ahamat Gamaradine, un réfugié volontaire de la Croix-Rouge âgé de 28 ans, se rend au foyer de quatre enfants inscrits qui ne ne sont pas présentés à la consultation. Djouma est lui-même père de quatre enfants, dont deux jumeaux de 4 ans.

“Je suis moi aussi un réfugié et je veux faire tout mon possible pour aider les mères et les pères”, déclare-t-il. “Parfois, j’ai l’impression que les mamans qui amènent leurs enfants au centre souffrent davantage que ceux-ci. Quoi qu’il en soit, les bébés se rétablissent très rapidement, ce qui nous procure une grande satisfaction.”

Aujourd’hui, toutefois, Djouma passe un moment pénible avec la petite Mahasine Adam. Agée de deux ans, la fillette reste passivement assise sur les genoux de sa mère, respirant avec difficulté. Quand sa mère, Khadidgé Souleman, la soulève, on distingue nettement les os des hanches. La maigreur du bras de Mahasine – 10 centimètres de circonférence – indique un degré alarmant de malnutrition.

“La meilleure solution serait de l’hospitaliser pour une thérapie alimentaire d’urgence”, affirme Djouma. Mais Khadidgé est réticente. Cela fait déjà trois ou quatre semaines qu’elle accompagne sa fille unique au centre, sans qu’on note le moindre progrès.

Mahasine refuse de manger le mélange de maïs, de soja et de haricots, et le lait maternel est maintenant tari. Finalement, Djouma parvient à persuader Khadidgé et son mari d’amener au moins leur enfant au dispensaire de santé. Peut-être y trouvera-t-on un moyen d’améliorer l’état de Mahasine, par exemple en lui fournissant des aliments pour bébé.

Certains enfants ont plus que d’autres besoin d’aide. A Tréguine, quatre femmes sont mortes en couches au cours des trois derniers mois, laissant des nouveau-nés extrêmement vulnérables à la malnutrition.

Le plus âgé d’entre eux a maintenant trois mois et il ne pèse que 2,5 kilos. Parfois, on trouve une femme disposée à donner son lait à un bébé sans mère. Dans ces cas-là, il est essentiel de fournir à la nourrice des compléments alimentaires afin qu’elle soit à même de satisfaire les besoins des deux enfants.

Une autre possibilité consiste à procurer du lait de vache ou de brebis aux nourrissons sans mère. Toutefois, les animaux domestiques ne sont pas suivis par un vétérinaire et ils risquent donc de transmettre des maladies aux enfants.

Le personnel de santé du camp s’efforce par ailleurs de limiter les risques de mortalité en couches en encourageant les mères à réclamer sans attendre une assistance médicale en cas de complications.

La Croix-Rouge est convaincue que beaucoup d’autres enfants du camp auraient besoin d’un soutien nutritionnel. Afin de les identifier, les membres de l’équipe procéderont à des visites systématiques auprès des quelque 14 500 habitants de Tréguine. “Nous irons de tente en tente et examinerons tous les enfants”, confirme Carmen Rodriguez Escobar, une ex-infirmière aujourd’hui déléguée en santé communautaire à la Fédération internationale.

“Cela nous donnera l’occasion d’inviter les mères à se présenter chaque semaine à la clinique avec leurs enfants. De plus, nous pourrons ainsi nous faire une idée plus précise de la situation nutritionnelle des enfants.”

Les conditions de sécurité dans le Darfour, à une cinquantaine de kilomètres de Tréguine, ne permettent pas d’envisager dans l’immédiat le rapatriement des réfugiés, qui continueront donc d’être confrontés à de sérieuses privations.

“Ici”, commente Bernard, “ils n’ont aucune possibilité de cultiver des fruits ou des légumes. La seule zone cultivable s’étend sur les berges du wadi (oued). Manger un fruit est un luxe. Même les animaux sont maigres, faute de pâtures en suffisance.”

Les habitants des villages environnants sont eux aussi exposés à la malnutrition. Au centre de thérapie nutritionnelle de Tréguine, Halima Brahim, 19 ans, se tient accroupie sur le sol pendant qu’un volontaire de la Croix-Rouge place un thermomètre sous l’aisselle de son fils Zamzam, âgé de 11 mois.

Halima et sa famille habitent Hadjer Hadid, l’agglomération la plus proche du camp. Zamzam, qui enfouit son visage dans la robe de sa mère à l’approche d’un étranger, souffrait de troubles de la digestion et de la vue. Il y a plusieurs semaines qu’il vient régulièrement à la clinique et, heureusement, son état s’est maintenant amélioré.
Les mères du camp de Tréguine et des villages environnants amènent leurs bébés au centre de la Croix-Rouge afin de s’assurer qu’ils vont bien et se développent normalement.
Les mères du camp de Tréguine et des villages environnants amènent leurs bébés au centre de la Croix-Rouge afin de s’assurer qu’ils vont bien et se développent normalement. (p12985)
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Les services du camp de Tréguine sont également ouverts aux habitants des villages environnants. Halima Brahim, qui vit dans l’agglomération voisine de Hadjer Hadid, accompagne depuis plusieurs semaines son fils Zamzam, âgé de 11 mois, au centre de thérapie nutritionnelle.
Les services du camp de Tréguine sont également ouverts aux habitants des villages environnants. Halima Brahim, qui vit dans l’agglomération voisine de Hadjer Hadid, accompagne depuis plusieurs semaines son fils Zamzam, âgé de 11 mois, au centre de thérapie nutritionnelle. (p12981)

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