Jusqu’au
début de 2004, Adam Mahamat Dahab, 51 ans, était
président de la section du Darfour du Croissant-Rouge
soudanais. Une nuit de février, à 4 heures du
matin, son village de Terbeba a été attaqué.
Il s’est enfui avec sa famille et de nombreux autres habitants
du village. Pendant six mois, il a vécu à la frontière
entre le Soudan et le Tchad avec ses trois épouses et
leurs neuf enfants.
Ensuite, la famille a eu la chance d’être transférée
au camp qui venait de s’ouvrir à Tréguine.
Administré par la Croix-Rouge, celui-ci héberge
aujourd’hui quelque 14 500 réfugiés de la
province soudanaise du Darfour. C’est là que l’engagement
humanitaire antérieur d’Adam a refait surface.
“Quand je suis arrivé ici, les gens avaient besoin
d’aide. Ils ont toujours besoin d’aide. C’est
pourquoi j’ai décidé de faire ce que je
faisais déjà avant de fuir mon pays.” Au
Soudan, Adam avait suivi une formation aux premiers secours
et appris comment prévenir des maladies potentiellement
mortelles comme la poliomyélite, la tuberculose et la
rougeole. “Je ne fais que continuer ici le travail que
je faisais au Soudan”, commente Adam, qui s’est
porté volontaire au sein du service de santé du
camp de Tréguine.
“Ici”, poursuit-il, “nous sommes confrontés
aux mêmes problèmes: coqueluche, fièvre
et autres maladies chroniques. Pour limiter les risques, nous
nous efforçons de promouvoir une bonne hygiène
et d’identifier les enfants qui requièrent des
soins, en les faisant hospitaliser lorsque c’est nécessaire.
Mon but, comme volontaire, est d’éradiquer toutes
les maladies présentes dans le camp, aussi bien parmi
les enfants que parmi les adultes.”
Montrant son badge d’identification de la Croix-Rouge
du Tchad, Adam affirme qu’il se sent parfaitement à
l’aise dans cette organisation, bien qu’il ait troqué
le croissant contre la croix. “Cela ne fait aucune différence”,
déclare-t-il. “La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge
font partie du même mouvement. Ils poursuivent les mêmes
objectifs et accomplissent les mêmes tâches.”
Adam juge tout naturel de représenter sa communauté,
expliquant que ses voisins du village de Terbeba ont eu beaucoup
de mal à s’adapter à la vie du camp. Contraints
de fuir en hâte dans la nuit, les habitants n’ont
pas pu emporter les biens qui leur auraient rendu l’exil
plus facile, et ils n’ont guère l’occasion
de gagner de l’argent pour faire des achats sur le marché
de la ville voisine, Hadjer Hadid, où les échanges
se font en devises soudanaises.
Au camp, les réfugiés reçoivent le minimum
vital: 2100 calories par personne et par jour. Les rations sont
prévues pour durer deux semaines dans une chaleur étouffante
et sous la menace permanente des termites et autres parasites.
C’est pourquoi elles ne comprennent ni viande fraîche,
ni fruits, ni légumes verts. Certains réfugiés
troquent une partie de leurs rations au marché contre
des aliments frais et autres produits essentiels.
“Nous sommes perturbés, parce que nous avons changé
de régime alimentaire. Certains d’entre nous mangent
mal, parce qu’ils revendent leurs rations pour s’acheter
d’autres denrées. Tous les réfugiés
voudraient avoir davantage de légumes et de viande.”
Dans le camp, Adam s’efforce de résoudre les différends
parmi ses compagnons. “Il y a beaucoup d’habitants
de Terbeba, à Tréguine. J’ignore leur nombre
exact. Quand un problème se présente, j’essaie
de calmer les esprits.”
Eelko Brouwer, chef de la délégation de la Fédération
internationale au Tchad, souligne que des individus comme Adam
sont une source d’inspiration. “L’élément
humain est ce qui compte le plus pour nous dans le Mouvement”,
explique-t-il.
“C’est très encourageant de voir que les
gens gardent leur foi dans nos principes fondateurs même
quand ils ont dû fuir leur foyer parce que ces mêmes
principes avaient été violés. Je crois
qu’il y a là un message essentiel pour tous les
partenaires du Mouvement, à savoir, que nous ne devons
pas nous arrêter aux frontières. Nous devrions
coordonner nos efforts au Soudan et au Tchad afin de faciliter
le retour au pays d’Adam et de tous ses compagnons d’exil.”
En attendant, Adam a beaucoup à faire. Un problème
le préoccupe tout particulièrement: les mouches
qui grouillent partout et harcèlent en permanence les
habitants du camp. Il espère trouver une solution, peut-être
en vaporisant les latrines et les tentes.
“Tout ce qui est de nature à porter atteinte à
la santé des habitants du camp est pour moi inacceptable”,
commente-t-il.
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“La
Croix-Rouge et le Croissant-Rouge font partie du même
mouvement. Ils poursuivent les mêmes objectifs et
accomplissent les mêmes tâche”, déclare
Adam. (p1299)
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Les
volontaires de la Croix-Rouge, dont beaucoup sont eux-mêmes
des réfugiés, veillent sur la santé
de tous les exilés soudanais au Tchad, comme ici
au centre de nutrition du camp de Tréguine. (p13000)
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