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Un café stimulant pour les rescapés du tsunami à Aceh
11 juillet 2005
Teresita P. Usapdin à Meulaboh
Impossible de vous perdre si vous suivez la piste aromatique que trace le café fraîchement torréfié à travers le centre d’hébergement provisoire de Perumnas La pang 2, à Aceh Barat – elle vous conduira tout droit chez Jauharimana et Halima. A défaut, les voisins seront enchantés de vous y accompagner, car le couple jouit d’une grande popularité dans le camp grâce à sa petite échoppe.

Il faut dire que les voisins immédiats ne se contentent pas de humer le café: ils peuvent aussi le déguster, sans rien avoir à débourser. “En tout cas, quand les affaires marchent”, commente Halima avec un large sourire.

Halima, 50 ans, et Jauharimana, 55 ans, parents de quinze enfants, comptent parmi les nombreux habitants du village de Runding, dans le district d’Aceh Barat, dont les maisons ont été balayées par le raz-de-marée de décembre 2004. Ils ont aussi perdu une de leurs filles dans la tragédie.

Andy, un volontaire local de la Croix-Rouge, a découvert le couple, trois de ses enfants et deux petits-enfants accrochés à un arbre. Il les a aussitôt accompagnés au centre d’hébergement de Perumnas. Avant de les quitter, ému par le regard affamé des enfants, il a donné quelques centaines de roupies aux parents afin qu’ils puissent acheter un peu de nourriture.

Ce geste généreux a été habilement mis à profit par Jauharimana et Halima, qui géraient une petite boutique avant la catastrophe et possèdent manifestement un solide sens des affaires. Le couple a en effet décidé d’employer une partie de l’argent à monter un petit négoce à côté de son logement. Grâce à un travail acharné, la famille jouit aujourd’hui d’un revenu quotidien de quelque 200 000 roupies en moyenne – soit une vingtaine de dollars – provenant de la torréfaction et de la vente sur les marchés locaux d’environ 30 kilos de café par jour.

“Les Indonésiens adorent le café. Pour nous, c’est aussi précieux que l’eau”, commente Jauharimana tout en s’activant. Entre la torréfaction, la mouture, le tri et l’ensachage, il faut compter une demi-heure environ pour préparer cinq kilos de café. “Cette activité ne fait pas qu’assurer notre subsistance, elle nous rapproche des gens”, souligne Halima en me tendant une tasse du délicieux breuvage avant de remplir des verres alignés sur un plateau. “Vous voyez, ils sont tous là pour notre café.”

En fait, l’intérêt pour cette florissante entreprise a gagné jusqu’à la Croix-Rouge danoise qui, à la demande de la communauté, va aménager des boutiques similaires dans trois centres d’hébergement différents au titre de son Programme de Soutien Psychosocial (PSP) en faveur des familles sinistrées de Banda Aceh. Ce programme est mené en partenariat avec la Croix-Rouge indonésienne et en coordination avec la Fédération internationale. Eva Jordung Nicolson, responsable du PSP, explique que des consultations avec les résidents des camps ont fait ressortir le désir, en particulier chez les hommes, d’installer des échoppes de café pour servir de lieux de rencontre.

En plus du café, ces échoppes proposent des cakes et autres pâtisseries. “Les pâtisseries sont préparées par les femmes. De la sorte, hommes et femmes peuvent se retrouver tous ensemble dans un même lieu”, précise Eva. “C’est mieux ainsi, ça nous permet d’échanger nos histoires et nos problèmes”, convient le chef Nyakman tout en dégustant son café. “Après tout, la vie sans les femmes est bien ennuyeuse”, ajoute-t-il, provoquant un éclat de rire général.

Eva souligne que de tels échanges sont précieux pour ces gens qui ont vécu la même expérience traumatisante. “L’échoppe de café est la structure idéale pour les aider à se reconstruire sur les plans émotionnel, psychologique et social”, affirme-t-elle.

Dans le même but, la Croix-Rouge danoise fournit des machines à coudre aux familles déplacées. “Ces machines répondent au désir exprimé par les femmes, à qui elles donnent le sentiment vital d’être utiles en apprenant un métier et en procurant ainsi des revenus au foyer.”

Depuis la tragédie, la Croix-Rouge danoise assure un soutien psychologique aux familles endeuillées. Elle conduit également des programmes communautaires de préparation aux catastrophes et des cours de formation à la prévention des risques dans différentes régions sinistrées de l’Indonésie. Avec le concours des employés et volontaires de la Croix-Rouge indonésienne, le PSP a déjà touché plus de 60 000 bénéficiaires dans deux centres d’hébergement provisoire, une communauté locale et 71 écoles de Meulaboh dans le district d’Aceh Barat, et au sein de quatre communautés d’Aceh Jaya.

Eva souligne que la Croix-Rouge indonésienne et la Croix-Rouge danoise coopèrent étroitement afin d’assurer des programmes de soutien psychologique aussi conformes que possible aux besoins et intérêts respectifs des enfants, des femmes et des hommes, de manière à encourager la participation des intéressés et à optimiser l’impact des activités.

“De même que le café stimule l’esprit et dynamise les énergies, le soutien psychologique doit redonner aux gens le goût de vivre.”
Sous les regards de quelques-uns de leurs enfants, Halima et Jauharimana torréfient des graines de café pour leur négoce. (p12987)
Sous les regards de quelques-uns de leurs enfants, Halima et Jauharimana torréfient des graines de café pour leur négoce. Photo: Fédération internationale (p12987)

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Les familles installées dans le centre d’hébergement provisoire suite à la destruction de leurs maisons par le tsunami apprécient l’échoppe installée par Jauharimana et son épouse. Photo: Fédération internationale (p12989)

Eva Jordung Nicolson, responsable du programme de soutien psychologique de la Croix-Rouge danoise, montre un éventail brodé confectionné par une femme du camp. (p12988)
Eva Jordung Nicolson, responsable du programme de soutien psychologique de la Croix-Rouge danoise, montre un éventail brodé confectionné par une femme du camp. Photo: Fédération internationale (p12988)

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