Suite
au manque de précipitations durant la saison humide qui
s’étend d’octobre à décembre,
quelque 2,5 millions d’habitants du nord-est du Kenya
ont un urgent besoin de nourriture et d’autres formes
d’assistance. Environ 30 pour 100 du bétail a déjà
péri et, dans le seul district de Mandera, 95 pour 100
des puits, des réservoirs et autres plans d’eau
de surface sont à sec. En consultation avec la Croix-Rouge
du Kenya, la Fédération internationale prépare
un appel international qui sera lancé dans les jours
à venir.
Dans chacun des villages poussiéreux traversés
par le convoi de véhicules, l’atmosphère
est imprégnée de la puanteur des carcasses d’animaux.
Suite au manque de précipitations, la situation est critique
dans les régions de Mandera et Wajir, au nord-est du
Kenya. Les moyens de subsistance et les vies de milliers d’éleveurs
nomades sont gravement menacés.
En 2004, plus d’un million d’habitants de dix-huit
districts avaient déjà eu besoin d’une aide
alimentaire à cause de la sécheresse. Depuis,
la pluie a continué de faire défaut et ce sont
maintenant quelque 2,5 millions de personnes qui nécessitent
d’urgence de la nourriture et autres formes d’assistance.
Une équipe d’évaluation a parcouru le 22
décembre 2005 les districts de Mandera et Wajir afin
de déterminer les besoins consécutifs à
la sécheresse. Elle se composait de Laban Kitele, président
du comité de gestion des catastrophes de la Croix-Rouge
du Kenya, de Farid Abdulkadir, directeur du département
de la préparation et des interventions en cas de catastrophe,
du ministre kenyan des Programmes spéciaux (en charge
des catastrophes), de députés des districts affectés
et de fonctionnaires gouvernementaux.
“Trente pour cent du bétail a déjà
succombé et le reste du cheptel est gravement menacé”,
rapportait alors Waweru Kimani, fonctionnaire du district de
Mandera. “Il est à craindre que la sécheresse
s’aggrave dans les semaines à venir, car on n’attend
pas de pluie avant avril 2006”, ajoutait-il.
Boniface Musila, de l’hôpital de Mandera, signalait
pour sa part que dix personnes, en majorité des enfants,
avaient déjà succombé à des complications
liées à la malnutrition. “D’autres
mourront si les secours ne sont pas immédiatement mis
en oeuvre”, avertissait-il.
Il n’existe qu’un seul centre de thérapie
nutritionnelle à Mandera et sa capacité d’accueil
est normalement limitée à 40 enfants. “Soixante
enfants sont actuellement hospitalisés au centre pour
des problèmes de malnutrition aiguë, de kwashiorkor
(une forme de malnutrition causée par une carence de
protéines), de dysenterie et de diarrhée résultant
de la sécheresse”, poursuivait le docteur Musila.
Un rapport gouvernemental note que le pourcentage d’enfants
menacés ou souffrant de malnutrition est sensiblement
supérieur à la normale. Certains enfants sont
en soins intensifs et leurs familles, cruellement démunies,
sont contraintes de payer de coûteux traitements.
Le docteur Musila appelle à une intervention extérieure
d’urgence. “La situation n’est pas simplement
mauvaise, elle est réellement désastreuse. Nous
avons un besoin pressant d’assistance dans nos centres
de santé et de nourriture pour les adultes. Il est également
impératif de sauver un maximum d’animaux d’élevage.”
Craignant que la crise n’entraîne des affrontements
entre les différentes communautés aux rares points
d’eau encore alimentés, le docteur Musila souligne
que des fonds sont requis dans les plus brefs délais
pour creuser des puits instantanés et mettre en place
des réservoirs à travers tout le district. De
fait, suite à la médiocrité des précipitations
saisonnières entre octobre et décembre, 95 pour
100 des puits, réservoirs et autres plans d’eau
de surface de Mandera sont à sec et les maigres réserves
ne suffisent plus aux besoins combinés du bétail
et des humains.
Dans certains secteurs dépourvus de puits instantanés
et de services de livraison par camions-citernes, la distance
à parcourir pour s’approvisionner, qui varie d’ordinaire
entre quatre et six kilomètres, a doublé. De même,
le temps d’attente aux puits est passé de une à
deux heures en temps normal à douze, voire dix-huit heures.
De nombreuses familles en sont réduites à vendre
leurs bêtes à moins de 10 pour 100 de leur valeur
et, dans les grands centres, l’effondrement du marché
du bétail a réduit à la misère de
nombreux habitants.
Pour répondre à la crise, la Croix-Rouge du Kenya
a débloqué 4 millions de Ksh (US$ 550 000 / €
465 000) afin de racheter des dromadaires, des vaches, des chèvres
et des montons menacés de famine, d’améliorer
le régime alimentaire des populations affectées
et de les aider à subvenir aux besoins des animaux restants
en attendant l’amélioration des pâtures et
de l’approvisionnement en eau. Abbas Gullet, secrétaire
général de la Société nationale,
note que c’est la première fois que la Croix-Rouge
du Kenya achète à des éleveurs des bêtes
affamées.
“Cette option nous est apparue comme la plus appropriée
pour aider les communautés pastorales à surmonter
la crise, car elle ménage la dignité des bénéficiaires
tout en leur donnant les moyens de subvenir à leurs besoins
les plus pressants”, commente-t-il. Initialement mis en
oeuvre dans le district de Mandera, ce programme sera bientôt
étendu aux régions de Wagir Marasabit, Kagiado,
Garissa et Espolo.
Abiba Bora, 55 ans, fait partie des nombreux éleveurs
plongés dans le dénuement par la perte de son
bétail. Hélas, le programme de rachat de la Croix-Rouge
a été lancé trop tard pour sauver son troupeau.
Avec vingt-et-un petits enfants à nourrir, elle ne sait
pas où se tourner pour obtenir de l’aide. “Je
ne sais pas ce que je vais faire à présent. J’ai
peur que mes dernières chèvres ne périssent
à leur tour”, déclare-t-elle.
Or, ces animaux sont l’unique ressource de la famille.
Même les dromadaires, qui peuvent tenir des semaines sans
boire, commencent à mourir. “C’est un signe
patent de la gravité de la situation”, observe
Farid Abdulkadir, directeur du département de la préparation
et des interventions en cas de catastrophe à la Croix-Rouge
du Kenya. “Nous en appelons à tous les Kenyans
pour fournir une aide alimentaire à leurs compatriotes
sinistrés, en espérant que cette période
de Noël incitera à la générosité
toutes les personnes de bonne volonté”, commente-t-il.
La Croix-Rouge du Kenya continuera quoi qu’il en soit
de faire tout son possible pour éviter que la sécheresse
n’entraîne d’autres pertes. Premier partenaire
du gouvernement pour l’opération d’assistance
dans le district de Kwale, elle y assure actuellement des distributions
de secours au bénéfice de quelque 87 000 personnes.
En plus de l’aide alimentaire, elle va mettre en place
des livraisons d’eau pour les animaux et les humains et
s’employer à construire ou remettre en état
des systèmes d’approvisionnement.
Pour sa part, la Fédération international a débloqué
plus de 425 000 francs suisses (€ 273 000 / US$ 325 000)
de son Fonds d’urgence pour les secours en cas de catastrophe
afin de financer des aides immédiates et des évaluations
détaillées des besoins. En consultation avec la
Croix-Rouge du Kenya, elle prépare un appel international
qui sera publié dans les jours à venir.
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Suite
au manque de précipitations durant la saison humide
qui s’étend d’octobre à décembre,
quelque 2,5 millions d’habitants du nord-est du
Kenya ont un urgent besoin de nourriture et d’autres
formes d’assistance. Environ 30 pour 100 du bétail
a déjà péri.(p13679)
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Dans
certains secteurs dépourvus de puits instantanés
et de services de livraison par camions-citernes, la distance
à parcourir pour s’approvisionner, qui varie
d’ordinaire entre quatre et six kilomètres,
a doublé. De même, le temps d’attente
aux puits est passé de une à deux heures
en temps normal à douze, voire dix-huit heures.
(p13679)
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Abiba
Bora, 55 ans, fait partie des nombreux éleveurs
plongés dans le dénuement par la perte de
son bétail. (p13677)
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