Au
Swaziland, de plus en plus d'enfants partent à l'école
le ventre vide. (p8415)

Affaiblis par la malnutrition, les élèves ont
du mal à se concentrer en classe. (p8415)

Des élèves de l’école primaire Ngozi, dans le Lowveld. Située
au sud du Swaziland, cette région est l’une des plus durement
touchées par la sécheresse. (p8416)
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Au Swaziland, il faut choisir entre
s'instruire ou se nourrir
de Grethe Ostern et Nadine Hutton (photos),
en mission à Silele, Swaziland
16 octobre 2002
Pour ses parents, Nkosingiphile
Dlamini, 9 ans, est un don de dieu – telle est la signification de
son nom de baptême. Hélas, cet enfant chéri, qui fréquente l'école
primaire Ngosi, part tous les matins le ventre vide. Et, d'ici janvier,
ses parents ne pourront probablement plus l'envoyer à l'école du tout,
car ils auront besoin de l'argent consacré à son instruction pour
acheter à manger, le prix des aliments ne cessant d'augmenter.
"Je n'ai rien mangé aujourd'hui. Il n'y a pas de nourriture
à la maison", confesse timidement Nkosingiphile. "Quand
j'ai le ventre vide, ça me fait mal. J'essaie de me concentrer
sur les cours, mais, avec la faim, c'est difficile de comprendre ce
que dit le maître d'école."
Plus de la moitié des personnes menacées par la crise
alimentaire qui frappe en ce moment l'Afrique australe sont des enfants,
et la crise alimentaire sévit jusque dans les classes des écoles.
A l'évidence, la crise alimentaire est en train de provoquer
une crise de l'éducation. Un rapport publié en septembre
par le Comité d'évaluation de la vulnérabilité
du Swaziland révélait que 64 pour 100 des ménages
du pays, acculés au désespoir, envisageaient de retirer
leurs enfants de l'école dans les mois à venir.
Nkosingiphile, lui, voudrait continuer d'aller à l'école
pour s'instruire et pouvoir travailler quand il sera adulte. Et aussi
parce que cela lui permet de faire un repas à midi, nous confie-t-il.
De fait, l'école de Ngosi est l'une des rares au Swaziland
à offrir une cantine, un service qui se paie par un supplément
annuel de 58 emalangeni (environ 5 dollars américains). Les
instituteurs cuisinent eux-mêmes le porridge de maïs et
les haricots. Bien avant qu'ils ne se présentent à la
porte avec les grandes marmites de nourriture, les enfants ont disposé
leurs bols en plastique en une longue ligne serpentant sur le sol
de la cour de l'école.
"Certains élèves pleurent en classe parce qu'ils
sont tenaillés par la faim, raconte Patience Mthethwa, institutrice.
Avant le déjeuner, ils sont fatigués et n'arrivent pas
à se concentrer. Il arrive même qu'ils s'endorment à
leur pupitre. Après le repas, ce sont des enfants complètement
différents. Il suffit d'un petit peu de nourriture pour les
transformer."
Ce jeudi de la fin septembre, après les cours, environ 70 femmes
sont réunies à l'ombre des longues branches voûtées
de l'acacia dressé à l'arrière de l'école,
qui surplombe la vallée brûlée par la sécheresse.
Patience leur explique que, les prix des denrées ayant grimpé
en flèche au cours de l'année, l'école n'a plus
d'argent pour son service de cantine. Le choix est d'une cruelle simplicité:
augmenter le montant des frais de scolarité ou supprimer le
repas de midi. Quelle que soit la solution adoptée, d'autres
enfants vont être retirés de l'école.
La crise alimentaire en Afrique australe devrait atteindre son point
critique entre décembre et mars. Patience sait qu'à
la prochaine rentrée, en janvier 2003, beaucoup d'enfants ne
reviendront pas. En janvier 2002, l'école primaire Ngosi comptait
435 élèves. Au début du dernier trimestre, en
septembre, ils n'étaient déjà plus que 390 environ.
Dans tous les pays de la région affectés par la crise,
la plupart des familles vulnérables se sont déjà
engagées dans des stratégies de survie qui pourront
leur permettre de répondre à des besoins immédiats,
mais qui auront des effets néfastes sur leurs conditions d'existence
à long terme. Partout, des enfants sont retirés de l'école
afin d'économiser le montant des frais de scolarité
et, dans bien des cas, parce qu'on a besoin d'eux à la maison
pour chercher de la nourriture ou gagner quelque argent.
Selon le rapport du Comité d'évaluation de la vulnérabilité
du Swaziland, 18 pour 100 des ménages avaient retiré
leurs enfants de l'école au cours des deux mois qui ont précédé
l'enquête. "Le nombre des enfants qui sortent du système
scolaire n'augmente pas seulement à cause de la crise alimentaire,
mais aussi à cause du sida, qui laisse chaque jour de nouveaux
orphelins privés de tout soutien", note Patience.
Le rapport indiquait que les taux de malnutrition aiguë étaient
inférieurs aux 10 à 15 pour 100 généralement
observés en temps de disette grave, mais les auteurs redoutaient
une dégradation ultérieure de l'état nutritionnel
des enfants si la crise devait s'aggraver, la plupart des familles
interrogées ayant déjà réduit le nombre
de repas quotidiens et diminué les rations. Certaines n'avaient
même plus de quoi faire un repas correct par jour. Dans ces
conditions, tout retard dans la mobilisation de l'aide alimentaire
risquait d'entraîner une augmentation dramatique du nombre d'enfants
souffrant de malnutrition.
Le coût moyen de la scolarité s'élève à
environ 20 dollars américains par an, alors qu'un sac de maïs,
dont le prix atteint maintenant près de 15 dollars, permet
à une famille de tenir trois à quatre semaines. Pour
Patience, il est évident que des familles vulnérables
ne peuvent se permettre le luxe d'envoyer leurs enfants à l'école
si l'argent peut servir à acheter des aliments vitaux.
"La survie est évidemment la priorité absolue,
mais c'est une situation tragique, car l'éducation est très
importante. Cette crise alimentaire va ruiner l'avenir de nombreux
enfants", déplore Patience.
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