Le
camp de Mtabila ressemble à un village africain ordinaire.
Pourtant, sa population se compose de quelque 40 000 réfugiés
du Burundi, qui voudraient rentrer chez eux. Environ 670 000
réfugiés du Burundi, du Rwanda et du Congo sont
hébergés en Tanzanie. (p8848)
Depuis 1996, la Croix-Rouge de Tanzanie administre 14 camps,
où elle assure des services de santé, d’approvisionnement
en eau et d’assainissement à plus d’un demi-million
de réfugiés répartis dans quatorze camps.
La population locale beneficie également de ces services.
(p8852).
Aux
abords du camp, des femmes transportent des briques sur leur
tête. On construit une nouvelle église, signe que
les réfugiés vont vraisemblablement rester ici
pendant quelques années encore.
(p8853).
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Accablée par la pauvreté,
la Tanzanie continue d'assister une forte population de réfugiés
Par Pia Casperson, dans le camp de Mtabila,
Tanzanie
10 janvier 2003
N'était la forêt d'écriteaux signalant
la présence de plusieurs organismes internationaux d'assistance, on
n'imaginerait pas se trouver dans un camp de réfugiés. Avec ses coquettes
huttes en pisé coiffées de chaume et entourées de jardins verdoyants,
le camp de Mtabila offre toutes les apparences d'un village africain
ordinaire. Pourtant, sa population se compose de quelque 40 000 réfugiés
du Burundi.
Charles Batungwanayo est l'un d'eux. Il est arrivé ici il y a cinq
ans avec sa femme et six enfants. Depuis, la famille s'est enrichie
de trois nouveaux enfants, dont le plus jeune a un mois. "Dans mon
village, les gens s'entretuaient", raconte Charles, un Hutu originaire
de Murongvi, au sud du Burundi. "Nous avons eu peur de rester.
" Sa femme Ndayizeye est sortie de la hutte, le dernier-né assoupi
sur son dos. "Au Rwanda, il y avait la guerre. Au Congo, il y avait
la guerre. La Tanzanie était le seul endroit en paix où nous pouvions
nous réfugier", explique-t-elle.
C'est la Croix-Rouge de Tanzanie qui administre les camps depuis 1996,
avec le soutien de la Fédération. Elle assure des services de santé,
d'approvisionnement en eau et d'assainissement à plus d'un demi-million
de réfugiés répartis dans quatorze camps.
La Tanzanie est une véritable terre d'asile régionale. Alors que la
plupart des huit pays environnants étaient en proie, à un moment où
un autre, à des conflits internes, elle est parvenue à préserver une
certaine stabilité sociale et politique.
Mais la Tanzanie est aussi l'un des pays les plus pauvres du globe,
avec une moitié de sa population vivant en dessous du seuil de la
pauvreté. Dans de telles conditions, la présence de quelque 670 000
réfugiés constitue un très lourd fardeau. Dans la région de Kigoma,
ces derniers représentent jusqu'à un tiers de la population, d'où
une tension palpable.
"Avec un tel nombre de réfugiés, la cohabitation est évidemment très
délicate, réfugiés et communautés locales ayant à partager les mêmes
ressources, notamment l'eau, le bois de chauffage et le bois de construction",
note Julius Kejo, qui dirige une équipe de la Croix-Rouge de Tanzanie
dans le camp de Kasulu. "Sans compter que, conformément aux normes
et exigences internationales en matière d'assistance aux réfugiés,
ceux-ci bénéficient souvent d'une alimentation plus riche et plus
abondante ainsi que de meilleurs services de santé que la population
locale.
"Ce déséquilibre est désormais en partie compensé, les membres de
la communauté d'accueil ayant accès aux cliniques et dispensaires
des camps de réfugiés, et cinq des villages environnants ayant été
dotés de nouveaux points d'eau. Néanmoins, selon le secrétaire général
de la Croix-Rouge de Tanzanie, ces mesures ne suffisent pas. "Les
donateurs doivent comprendre les réactions de la population locale
et répondre aussi à certains de ses besoins. S'ils réservent leur
assistance aux seuls réfugiés, nous risquons d'avoir de sérieux problèmes",
souligne Adam Kimbisa.
"En Europe, on refuse d'accueillir des réfugiés parce qu'on les considère
comme un fardeau. C'est effectivement le cas, mais nous avons néanmoins
le devoir de leur ouvrir nos portes. Nous l'avons fait en Tanzanie
jusqu'à présent, malgré un évident manque de moyens. Mais, pour continuer,
nous avons vraiment besoin d'un appui extérieur", poursuit Adam Kimbisa.
Dans l'Appel annuel de la Fédération internationale pour 2003, la
Tanzanie se taille la plus grosse part individuelle avec 5,8 millions
de francs suisses (US$ 4,2 millions), destinés en grande partie à
l'assistance aux réfugiés. Cependant, le gouvernement tanzanien continue
de réclamer leur rapatriement.
Les réfugiés du Burundi aimeraient certes rentrer chez eux, mais les
conditions ne semblent pas réunies pour cela, affirme Charles Batungwanayo,
en dépit des négociations de paix en cours dans leur pays. "Si je
retourne au pays, on me tuera. La guerre n'est pas finie. Ce qui m'a
chassé de chez moi est toujours là. Pour le moment, rentrer équivaudrait
à se suicider."
Aux abords du camp, des femmes transportent des briques sur leur tête,
d'autres amènent de longues pièces de bois. On construit une nouvelle
église, signe que les réfugiés vont vraisemblablement rester ici pendant
quelques années encore.."
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