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Avec l’abaissement de plusieurs mètres de la nappe phréatique, un grand nombre de puits se sont taris en Erythrée. (p9189)


Avant les distributions de la Croix-Rouge, Michael devait faire quatre heures de marche pour aller au point d’eau le plus proche. (p9193)


Les camions de la Croix-Rouge érythréenne qui amènent de l’eau pure dans les villages épargnent aux enfants d’exténuants trajets, leur permettant de suivre les cours dans de bonnes conditions. (p9191)




Des années de sécheresse ont fait de l’eau un bien aussi précieux que rare. (p9190)



Dans les villages érythréens frappés par la sécheresse, la distribution d’eau améliore la santé et favorise l’instruction
19 mars 2003

Il n’y a pas de route pour se rendre à Shebek – juste un vague sentier qui s’étire sur des kilomètres et des kilomètres à travers une plaine rocheuse désolée, le long de champs stériles et de lits de rivières asséchés. Tout le paysage est recouvert d’une poussière étouffante. On a du mal à croire que quiconque puisse survivre dans ce désert hostile. Pourtant, Shebek et les villages environnants abritent des milliers d’habitants. Ces communautés ont leurs églises, leurs écoles, leurs boutiques. La seule chose qui leur manque, c’est l’eau.

Suite à plusieurs années de sécheresse, les habitants de la région de Zoba Anseba, au nord-est de la ville de Keren, devaient récemment encore parcourir 22 kilomètres à pied pour atteindre le point d’eau le plus proche. Cette tâche était habituellement confiée aux enfants, qui devaient faire l’épuisant trajet en pleine nuit. Le matin, s’ils n’étaient pas trop fatigués pour aller à l’école, ils s’endormaient pendant les cours. De plus, les maladies faisaient des ravages, l’eau collectée ne suffisant pas à satisfaire tous les besoins de la famille et étant le plus souvent polluée.

Aujourd’hui, la vie a changé de façon spectaculaire grâce à la Croix-Rouge érythréenne qui, avec le soutien financier de la Fédération internationale, a mis sur pied un service d’approvisionnement en eau au profit des habitants de Shebek et de trois villages voisins. Tout en répondant à une nécessité vitale, cette assistance donne aux enfants libérés d’une corvée exténuante une meilleure chance de s’instruire.

Aîné de six enfants, Michael Gebremeskal, 13 ans, se chargeait depuis quatre ans de la corvée d’eau pour la famille. Pratiquement chaque nuit, il quittait le tukul – la hutte circulaire traditionnelle en chaume – pour quatre longues heures de marche afin d’aller remplir les deux jerricans du foyer. Il rentrait à l’aube, juste à temps pour partir à l’école.
Sa mère, Leteslassie, se faisait beaucoup de souci. Le père étant à l’armée depuis cinq ans, son fils aîné assumait de lourdes tâches. Comment pouvait-il apprendre quoi que ce soit à l’école alors qu’il était debout toutes les nuits? Et, s’il n’apprenait rien, quelles pouvaient être ses chances pour l’avenir?

Avant de devenir soldat, le père de Michael était cultivateur. Intelligent et lucide, Michael n’entend pas suivre sa trace. “Je veux continuer mes études et devenir instituteur”, affirme-t-il, expliquant que la vie d’un agriculteur est trop rude dans cette région exposée à la sécheresse. “Nos espoirs se raniment à chaque fois que des nuages apparaissent dans le ciel, mais ils ne font que passer. C’est toujours pareil”, se désole-t-il, “rien ne poussera jamais ici.” Ce pessimisme est largement partagé parmi la population de l’Erythrée, où 2,3 millions de personnes – les habitants - dépendent de l’aide alimentaire. En peu de temps, le niveau de la nappe phréatique a baissé de plusieurs mètres, les puits et autres points d’eau se sont taris. On estime que 70 pour 100 de la population est confronté à des pénuries d’eau aiguës et que 80 pour 100 du cheptel est affecté par ce même problème.


Un camion d’eau de la Croix-Rouge arrive à Adi Omer. Debout au milieu d’une foule en liesse, l’ancien du village, Adam Ali Karar, ne cache pas sa joie. “Auparavant”, raconte-t-il, “nous n’avions pas le choix: il fallait bien envoyer les enfants chercher l’eau. Mais, le lendemain, beaucoup n’étaient pas en état d’aller à l’école.” “Tous les villages ont besoin d’eau, mais un village dont les enfants ne peuvent pas aller à l’école est un village sans futur”, poursuit-il. “Maintenant que nous avons de l’eau, nous avons aussi retrouvé l’espoir.”