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L’écran vert qui protège le Vietnam des colères de l’océan

le 12 janvier 2004
J. Minh Ha, Croix-Rouge du Vietnam, Hanoi
La géographie du Vietnam en fait l’un des pays les plus exposés aux catastrophes de toute la région Asie et Pacifique. Chaque année, son littoral est frappé par plusieurs typhons qui rompent des digues et provoquent de lourds dommages à l’habitat, à l’agriculture et à l’aquaculture.

“Depuis longtemps, les gens rêvent de pouvoir stopper les vents et les vagues qui ravagent régulièrement leurs maisons et leurs terres”, note To Huu Luan, instituteur à la retraite et membre de la section Croix-Rouge de la commune de Quynh Thuan. Ce rêve a commencé à devenir réalité il y a neuf ans quand la Croix-Rouge du Vietnam a entrepris de planter des mangroves en avant du réseau de digues de mer qui s’étire sur quelque 3200 kilomètres le long de la côte orientale du pays. Depuis, avec le soutien des Sociétés nationales du Danemark et du Japon, cinq variétés d’arbres ont été plantées sur une bande de littoral longue de 110 kilomètres traversant huit provinces et couvrant une superficie globale de 18 434 hectares, pour un coût total de 4 350 000 dollars des Etats-Unis.

Ces mangroves font office de zones-tampons, réduisant la vitesse des flots et des vents ainsi que la force des vagues. Pour donner une idée plus précise, elles transforment des ondes potentiellement dévastatrices de 1,5 mètre de hauteur en d’inoffensives vaguelettes de quelques centimètres seulement.

Bénéfices économiques
Ce dispositif protège les habitants de la côte, les terres cultivées et autres investissements participant au développement communautaire et économique à long terme. Il contribue également à limiter de manière significative le coût d’entretien des digues, estimé à près de 7,3 millions de dollars par an. Cette année, en août, les mangroves ont fait la preuve de leur efficacité en protégeant les digues et, par conséquent, les cultures terrestres et aquatiques contre des flots d’une amplitude inégalée en trente ans.

Les mangroves apportent un autre bénéfice encore aux communautés locales en créant un environnement propice à la vie animale marine. Elles attirent des espèces à forte valeur d’exportation comme les crevettes et les crabes et des variétés très prisées de poissons de mer, et favorisent la prolifération des mollusques et des algues comestibles. La Croix-Rouge du Vietnam estime que quelque 7750 familles démunies ont déjà profité de cette nouvelle source de subsistance et de revenus.

“Autrefois, notre plage n’était qu’un désert stérile de sable blanc. Grâce à la mangrove, les poissons et les crabes abondent désormais dans le secteur”, confirme Tran Cong Dan, président de la section Croix-Rouge de la commune de Son Hai, dans le district de Quynh Thuan. “Ainsi, les membres les plus défavorisés de notre communauté jouissent d’une alimentation plus riche et de meilleurs revenus. De plus, leurs pertes sont moins importantes à la saison des typhons.”

To Van Quy, qui dirige un parc ostréicole dans la province de Nghe An, affirme que les habitants de la région récoltent des centaines de tonnes de crabes et d’huîtres dans la mangrove. “Les mangroves ont amélioré de façon spectaculaire les revenus des gens et enrichi des centaines de familles dans mon district”, déclare-t-il. To ajoute que le projet a également mis fin aux prélèvements de sable et de terre dans les digues, une pratique qui contribuait à fragiliser davantage encore les habitations et les commerces locaux à la saison des typhons.

Halte au déboisement
Il a fallu du temps pour que tout le monde perçoive les bienfaits apportés par les mangroves. Dans certaines régions, les gens coupaient les arbres pour faire du bois de feu ou pour aménager des parcs à crevettes. Mais la Croix-Rouge et les autorités se sont mobilisées pour préserver les plantations. Désormais, les mangroves des huit provinces englobées dans le projet sont protégées par la loi.

On assiste maintenant au renversement du processus de déboisement qui se poursuivait depuis une cinquantaine d’années à cause de l’élevage de crevettes, du développement côtier et des défoliants déversés en masse pendant la guerre du Vietnam. Si le projet suit son cours, il pourrait rendre des services inestimables à ce pays de 76 millions d’habitants dans les années à venir, les typhons et les raz-de-marée risquant de redoubler d’intensité en raison de l’élévation de la température et du niveau des océans.

Le succès du projet de plantation de mangroves a conduit la Croix-Rouge néerlandaise à le citer en exemple dans le cadre de réunions internationales consacrées au changement climatique et à la gestion des catastrophes. Il constitue aussi une démonstration édifiante de la capacité des communautés locales à se prémunir contre les risques associés à ce changement. Enfin, comme le souligne Nguyen Hung Ha, du département d’action sociale de la Croix-Rouge du Vietnam, il confirme que la Croix-Rouge est parfaitement capable d’évoluer de l’action d’urgence à un engagement dans les efforts de développement à long terme.

Des communautés plus stables
“Auparavant”, souligne-t-il, “les secours d’urgence mobilisaient l’essentiel de nos ressources. Maintenant, grâce au projet de mangroves, nous pouvons nous consacrer à des activités de sensibilisation et aider les gens à se protéger eux-mêmes contre les risques liés aux catastrophes. Ce faisant, nous contribuons à renforcer la stabilité des communautés.”

Nguyen Manh Khuong, membre de la section Croix-Rouge de la province de Haiphong et animateur du projet, raconte qu'il a noué une relation très étroite avec les mangroves. "La mangrove est comme un ami qui vous secoure dans les épreuve, comme un héros qui vous protège et vous encourage. Bien que l'entretien des plantations fasse partie de mon travail en tant que membre de la Croix-Rouge, c'est aussi un véritable plaisir et une source d'espoir pour l'avenir", explique-t-il.

L'instituteur à la retraite To Huu Luan souligne pour sa part que les mangroves ont procuré un sentiment de sécurité aux communautés côtières. "Ce vaste et puissant écran de verdure nous rassure et augmente notre bien-être. Nous nous sentons à l'abri des tempêtes et des colères de l'océan."

Le projet doit se poursuivre au moins jusqu'en 2005. Moyennant des financements adéquats, la Croix-Rouge du Vietnam aimerait l'étendre aux 3200 kilomètres du réseau de digues du littoral. Ainsi, des quantités d'autres communautés pourraient profiter de la sécurité et de la protection que les mangroves assurent aux personnes, à leurs biens et à leurs moyens de subsistance.

En plus de leur fonction de protection, les mangroves créent un environnement propice à la vie animale marine, améliorant ainsi le régime alimentaire et les revenus des communautés locales(p11008).
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