La géographie du Vietnam en fait l’un des pays
les plus exposés aux catastrophes de toute la région
Asie et Pacifique. Chaque année, son littoral est frappé
par plusieurs typhons qui rompent des digues et provoquent de
lourds dommages à l’habitat, à l’agriculture
et à l’aquaculture.
“Depuis longtemps, les gens rêvent de pouvoir stopper
les vents et les vagues qui ravagent régulièrement
leurs maisons et leurs terres”, note To Huu Luan, instituteur
à la retraite et membre de la section Croix-Rouge de
la commune de Quynh Thuan. Ce rêve a commencé à
devenir réalité il y a neuf ans quand la Croix-Rouge
du Vietnam a entrepris de planter des mangroves en avant du
réseau de digues de mer qui s’étire sur
quelque 3200 kilomètres le long de la côte orientale
du pays. Depuis, avec le soutien des Sociétés
nationales du Danemark et du Japon, cinq variétés
d’arbres ont été plantées sur une
bande de littoral longue de 110 kilomètres traversant
huit provinces et couvrant une superficie globale de 18 434
hectares, pour un coût total de 4 350 000 dollars des
Etats-Unis.
Ces mangroves font office de zones-tampons, réduisant
la vitesse des flots et des vents ainsi que la force des vagues.
Pour donner une idée plus précise, elles transforment
des ondes potentiellement dévastatrices de 1,5 mètre
de hauteur en d’inoffensives vaguelettes de quelques centimètres
seulement.
Bénéfices économiques
Ce dispositif protège les habitants de la côte,
les terres cultivées et autres investissements participant
au développement communautaire et économique à
long terme. Il contribue également à limiter de
manière significative le coût d’entretien
des digues, estimé à près de 7,3 millions
de dollars par an. Cette année, en août, les mangroves
ont fait la preuve de leur efficacité en protégeant
les digues et, par conséquent, les cultures terrestres
et aquatiques contre des flots d’une amplitude inégalée
en trente ans.
Les mangroves apportent un autre bénéfice encore
aux communautés locales en créant un environnement
propice à la vie animale marine. Elles attirent des espèces
à forte valeur d’exportation comme les crevettes
et les crabes et des variétés très prisées
de poissons de mer, et favorisent la prolifération des
mollusques et des algues comestibles. La Croix-Rouge du Vietnam
estime que quelque 7750 familles démunies ont déjà
profité de cette nouvelle source de subsistance et de
revenus.
“Autrefois, notre plage n’était qu’un
désert stérile de sable blanc. Grâce à
la mangrove, les poissons et les crabes abondent désormais
dans le secteur”, confirme Tran Cong Dan, président
de la section Croix-Rouge de la commune de Son Hai, dans le
district de Quynh Thuan. “Ainsi, les membres les plus
défavorisés de notre communauté jouissent
d’une alimentation plus riche et de meilleurs revenus.
De plus, leurs pertes sont moins importantes à la saison
des typhons.”
To Van Quy, qui dirige un parc ostréicole dans la province
de Nghe An, affirme que les habitants de la région récoltent
des centaines de tonnes de crabes et d’huîtres dans
la mangrove. “Les mangroves ont amélioré
de façon spectaculaire les revenus des gens et enrichi
des centaines de familles dans mon district”, déclare-t-il.
To ajoute que le projet a également mis fin aux prélèvements
de sable et de terre dans les digues, une pratique qui contribuait
à fragiliser davantage encore les habitations et les
commerces locaux à la saison des typhons.
Halte au déboisement
Il a fallu du temps pour que tout le monde perçoive les
bienfaits apportés par les mangroves. Dans certaines
régions, les gens coupaient les arbres pour faire du
bois de feu ou pour aménager des parcs à crevettes.
Mais la Croix-Rouge et les autorités se sont mobilisées
pour préserver les plantations. Désormais, les
mangroves des huit provinces englobées dans le projet
sont protégées par la loi.
On assiste maintenant au renversement du processus de déboisement
qui se poursuivait depuis une cinquantaine d’années
à cause de l’élevage de crevettes, du développement
côtier et des défoliants déversés
en masse pendant la guerre du Vietnam. Si le projet suit son
cours, il pourrait rendre des services inestimables à
ce pays de 76 millions d’habitants dans les années
à venir, les typhons et les raz-de-marée risquant
de redoubler d’intensité en raison de l’élévation
de la température et du niveau des océans.
Le succès du projet de plantation de mangroves a conduit
la Croix-Rouge néerlandaise à le citer en exemple
dans le cadre de réunions internationales consacrées
au changement climatique et à la gestion des catastrophes.
Il constitue aussi une démonstration édifiante
de la capacité des communautés locales à
se prémunir contre les risques associés à
ce changement. Enfin, comme le souligne Nguyen Hung Ha, du département
d’action sociale de la Croix-Rouge du Vietnam, il confirme
que la Croix-Rouge est parfaitement capable d’évoluer
de l’action d’urgence à un engagement dans
les efforts de développement à long terme.
Des communautés plus stables
“Auparavant”, souligne-t-il, “les secours
d’urgence mobilisaient l’essentiel de nos ressources.
Maintenant, grâce au projet de mangroves, nous pouvons
nous consacrer à des activités de sensibilisation
et aider les gens à se protéger eux-mêmes
contre les risques liés aux catastrophes. Ce faisant,
nous contribuons à renforcer la stabilité des
communautés.”
Nguyen Manh Khuong, membre de la section Croix-Rouge de la province
de Haiphong et animateur du projet, raconte qu'il a noué une
relation très étroite avec les mangroves. "La mangrove est comme
un ami qui vous secoure dans les épreuve, comme un héros qui
vous protège et vous encourage. Bien que l'entretien des plantations
fasse partie de mon travail en tant que membre de la Croix-Rouge,
c'est aussi un véritable plaisir et une source d'espoir pour
l'avenir", explique-t-il.
L'instituteur à la retraite To Huu Luan souligne pour sa part
que les mangroves ont procuré un sentiment de sécurité aux communautés
côtières. "Ce vaste et puissant écran de verdure nous rassure
et augmente notre bien-être. Nous nous sentons à l'abri des
tempêtes et des colères de l'océan."
Le projet doit se poursuivre au moins jusqu'en 2005. Moyennant
des financements adéquats, la Croix-Rouge du Vietnam aimerait
l'étendre aux 3200 kilomètres du réseau de digues du littoral.
Ainsi, des quantités d'autres communautés pourraient profiter
de la sécurité et de la protection que les mangroves assurent
aux personnes, à leurs biens et à leurs moyens de subsistance.
|
 |
 |
|
| En
plus de leur fonction de protection, les mangroves créent
un environnement propice à la vie animale marine,
améliorant ainsi le régime alimentaire et
les revenus des communautés locales (p11008).
|
|
|
|
|
 |
|
Des
membres de la Croix-Rouge mesurent le taux de croissance
de récentes plantations (p11007).
|
|
 |
|
| Des
mangroves bordent désormais une bande particulièrement
vulnérable du littoral vietnamien, protégeant
ses habitants contre les typhons et les assauts de l’océan
(p11009). |
|