«
Mon enfant ! Mon enfant ! » crie une femme paniquée
au milieu de la foule de gens, de bagages, d’ânes,
de camions et de bus. Il est six heures du matin au nord d’Adre,
à l’Est du Tchad. Alors que les travailleurs humanitaires
organisent des centaines de réfugiés soudanais
sur les transports qui les amèneront à un camp
officiel, le jeune garçon de trois ans d’Amani
Ibrahim s’est éloigné de sa famille et ne
la retrouve pas. Un volontaire de la Croix-Rouge du Tchad intervient
rapidement pour rassurer la mère inquiète et mener
les recherches. Après quelques minutes, l’enfant
est réuni à sa famille et les volontaires se remettent
à aider les réfugiés à monter à
bord des véhicules avec leurs possessions et à
distribuer des jerrycans d’eau potable à ceux qui
sont déjà installés pour la longue route.
Au Tchad, comme dans d’autres situations d’urgence,
le mouvement de la Croix-Rouge intervient pour fournir l’équipement
essentiel, comme des couvertures et des moustiquaires, ainsi
que le transport et l’accès à l’eau.
Un aspect tout aussi important du travail de la Croix-Rouge
est l’humanité et la chaleur que les volontaires
apportent aux réfugiés déplacés
et traumatisés par la guerre.
« Je n’avais jamais entendu parler de la Croix-Rouge
ou du Croissant-Rouge avant de venir au Tchad, » nous
révèle Amani Ibrahim en remerciant les volontaires
avec effusion. Elle vient d’un village reculé du
Darfour, la province occidentale du Soudan, qu’elle a
du fuir en janvier dernier lorsque des cavaliers armés
ont brûlé sa maison. Quand elle a finalement pu
mettre sa famille en sécurité après un
périple terrifiant, ils avaient tout perdu.
La peur et le bouleversement ne s’arrêtent pas à
la frontière. « Nous ne savons pas ce que l’avenir
nous réserve, » explique Amani Ibrahim. «
Nous ne savons pas si nous aurons assez pour nourrir nos enfants,
si nous pourrons retourner à notre village, si nous pourrons
à nouveau mener une vie normale, si nous serons un jour
en sécurité. » De là où elle
se tient, elle voit les soldats soudanais qui patrouillent de
l’autre côté du lit asséché
de la rivière. Des cavaliers armés franchissent
régulièrement la frontière la nuit pour
razzier les campements des réfugiés à l’intérieur
du Tchad, volant le bétail qu’ils ont réussi
à sauver. Ceux qui résistent sont tués.
Mahamat Djabo Abouna est à la tête de l’équipe
de vingt volontaires de la Croix-Rouge du Tchad basés
à Adre. « Ils vivent juste à côté
de nous, » nous dit-il en grimpant à bord d’un
camion aux côtés des réfugiés. «
Nous parlons la même langue, portons les mêmes vêtements,
vivons de la même façon. C’est notre devoir
de les aider pendant cette période difficile, comme ils
le feraient pour nous. »
La Croix-Rouge du Tchad a un rôle unique à remplir
par la proximité de ses volontaires avec les communautés
de réfugiés concernées. Mahamat Djabo Abouna
est conscient de cette responsabilité. « Les réfugiés
ont besoin de nourriture et d’équipement. Mais
ils sont aussi bouleversés par ce qui leur arrive. C’est
aussi important de rassurer, d’expliquer, et d’accompagner.
Voilà ce que l’on peut faire. »
« Maintenant je sais ce que fait la Croix-Rouge. Merci,
» conclut Amani Ibrahim alors que le convoi l’emmène,
ainsi que 200 autres réfugiés, au camp de Kounoungo,
où ils recevront de l’aide alimentaire et non-alimentaire.
Le président de la Croix-Rouge Suédoise, Dr. Anders
Milton, a visité la région récemment pour
constater le progrès de l’opération humanitaire
jusqu’à aujourd’hui. « Nous devons
être la voix ces gens, et faire en sorte qu’ils
reçoivent le soutien dont ils ont besoin. Ils ont droit
à l’assistance, à la protection, et à
une vie digne tout autant que nous. Il n’y a pas de crise
oubliée à pour le Mouvement de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge. Les personnes qui luttent quotidiennement
pour trouver assez d’eau et de nourriture pour survivre
ont besoin de l’engagement du Mouvement. »
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| Plus
de 110.000 personnes ont fui le Soudan et traversé
la frontière pour se réfugier au Tchad.
(p11514) |
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| Pour
le moment, la région est aride, mais très
bientôt la saison des pluies commencera, rendant
difficile le travail des humanitaires (p11508)
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| La
situation au Darfour est toujours incertaine, et les réfugiés,
comme cette petite fille, ne savent combien de temps ils
devront rester au Tchad (p11512) |
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| Des
réfugiés soudanais montent à bord
d'un camion de la Croix-Rouge du Tchad, en route pour
le camp de Kounoungo. Les vénicules ont été
fournis par la Croix-Rouge norvégienne (p11511) |
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| La
grande majorité des réfugiés qui
ont traversé la frontière sont des femmes
et des enfants (p11509) |
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