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Le visage humain de l’assistance humanitaire
3 mai 2004
Gauthier Lefèvre, au Tchad oriental
« Mon enfant ! Mon enfant ! » crie une femme paniquée au milieu de la foule de gens, de bagages, d’ânes, de camions et de bus. Il est six heures du matin au nord d’Adre, à l’Est du Tchad. Alors que les travailleurs humanitaires organisent des centaines de réfugiés soudanais sur les transports qui les amèneront à un camp officiel, le jeune garçon de trois ans d’Amani Ibrahim s’est éloigné de sa famille et ne la retrouve pas. Un volontaire de la Croix-Rouge du Tchad intervient rapidement pour rassurer la mère inquiète et mener les recherches. Après quelques minutes, l’enfant est réuni à sa famille et les volontaires se remettent à aider les réfugiés à monter à bord des véhicules avec leurs possessions et à distribuer des jerrycans d’eau potable à ceux qui sont déjà installés pour la longue route.

Au Tchad, comme dans d’autres situations d’urgence, le mouvement de la Croix-Rouge intervient pour fournir l’équipement essentiel, comme des couvertures et des moustiquaires, ainsi que le transport et l’accès à l’eau. Un aspect tout aussi important du travail de la Croix-Rouge est l’humanité et la chaleur que les volontaires apportent aux réfugiés déplacés et traumatisés par la guerre.

« Je n’avais jamais entendu parler de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge avant de venir au Tchad, » nous révèle Amani Ibrahim en remerciant les volontaires avec effusion. Elle vient d’un village reculé du Darfour, la province occidentale du Soudan, qu’elle a du fuir en janvier dernier lorsque des cavaliers armés ont brûlé sa maison. Quand elle a finalement pu mettre sa famille en sécurité après un périple terrifiant, ils avaient tout perdu.

La peur et le bouleversement ne s’arrêtent pas à la frontière. « Nous ne savons pas ce que l’avenir nous réserve, » explique Amani Ibrahim. « Nous ne savons pas si nous aurons assez pour nourrir nos enfants, si nous pourrons retourner à notre village, si nous pourrons à nouveau mener une vie normale, si nous serons un jour en sécurité. » De là où elle se tient, elle voit les soldats soudanais qui patrouillent de l’autre côté du lit asséché de la rivière. Des cavaliers armés franchissent régulièrement la frontière la nuit pour razzier les campements des réfugiés à l’intérieur du Tchad, volant le bétail qu’ils ont réussi à sauver. Ceux qui résistent sont tués.

Mahamat Djabo Abouna est à la tête de l’équipe de vingt volontaires de la Croix-Rouge du Tchad basés à Adre. « Ils vivent juste à côté de nous, » nous dit-il en grimpant à bord d’un camion aux côtés des réfugiés. « Nous parlons la même langue, portons les mêmes vêtements, vivons de la même façon. C’est notre devoir de les aider pendant cette période difficile, comme ils le feraient pour nous. »

La Croix-Rouge du Tchad a un rôle unique à remplir par la proximité de ses volontaires avec les communautés de réfugiés concernées. Mahamat Djabo Abouna est conscient de cette responsabilité. « Les réfugiés ont besoin de nourriture et d’équipement. Mais ils sont aussi bouleversés par ce qui leur arrive. C’est aussi important de rassurer, d’expliquer, et d’accompagner. Voilà ce que l’on peut faire. »
« Maintenant je sais ce que fait la Croix-Rouge. Merci, » conclut Amani Ibrahim alors que le convoi l’emmène, ainsi que 200 autres réfugiés, au camp de Kounoungo, où ils recevront de l’aide alimentaire et non-alimentaire.

Le président de la Croix-Rouge Suédoise, Dr. Anders Milton, a visité la région récemment pour constater le progrès de l’opération humanitaire jusqu’à aujourd’hui. « Nous devons être la voix ces gens, et faire en sorte qu’ils reçoivent le soutien dont ils ont besoin. Ils ont droit à l’assistance, à la protection, et à une vie digne tout autant que nous. Il n’y a pas de crise oubliée à pour le Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Les personnes qui luttent quotidiennement pour trouver assez d’eau et de nourriture pour survivre ont besoin de l’engagement du Mouvement. »
Plus de 110.000 personnes ont fui le Soudan et traversé la frontière pour se réfugier au Tchad. (p11514)
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