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Un nouveau foyer pour les réfugiés les plus vulnérables du Tchad
1octobre 2004
Gauthier Lefèvre au camp de Tréguine
Aujourd’hui, on aurait du mal à effacer le sourire du visage de Gamar Abdeldjelil Issa. Après un long séjour dans un abri de fortune installé à la lisière d’un camp du HCR, dans l’est du Tchad, ce réfugié du Darfour part aujourd’hui avec sa famille pour le nouveau camp de la Croix-Rouge à Tréguine.

Ce matin, on aurait du mal à effacer le sourire du visage de Gamar Abdeldjelil Issa. Alors que, assis sur leurs maigres possessions, sa famille et lui attendent d’embarquer sur le camion de la Croix-Rouge, des amis se pressent pour lui souhaiter bonne chance et s’associer à sa joie.

“Les sept mois écoulés depuis que nous avons été chassés de chez nous, dans le Darfour, ont été très durs”, raconte-t-il. “Nous avons survécu sans abri, sans nourriture, sans eau potable... Aujourd’hui, nous allons enfin recevoir de l’aide.”

Gamar et les cinq membres de sa famille vont être transférés dans un camp ouvert lundi dernier à Tréguine par la Croix-Rouge, à l’intention des réfugiés soudanais qui n’ont pas pu trouver place dans le camp de Breijing aménagé à quelques kilomètres de là. Depuis des mois, quelque 15 000 d’entre eux sont précairement installés à la lisière du camp officiel, ne recevant qu’une assistance très limitée.

Alors que le camion s’éloigne dans un nuage de poussière et de fumée, la famille salue à grands gestes Ahmat, le frère de Gamar, qui suivra d’ici quelques jours avec sa femme et ses enfants.

Le processus de transfert a été méticuleusement planifié en collaboration avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et avec les représentants des réfugiés. Aujourd’hui, c’est le tour du quartier de Gamar, baptisé Ryad Nissam Shamil, ou Vent du Nord.

Malgré l’inconfort du voyage, les sourires sont encore plus larges lorsque la trentaine de passagers du camion – en majorité des femmes et des enfants – est accueillie à Tréguine par des volontaires de la Croix-Rouge du Tchad.

Après une brève attente, la famille de Gamar est introduite dans la tente d’enregistrement où les noms sont inscrits dans une base de données. L’inscription dans ce fichier donne droit à la nourriture, aux soins de santé et autres formes d’assistance offertes dans le camp.

On passe ensuite dans la tente médicale, où une équipe de la Croix-Rouge allemande examine chaque arrivant afin de déceler d’éventuels signes de maladie ou de malnutrition.

Le plus jeune fils de Gamar, Mubarrak, trois ans, retient l’attention de l’infirmier, qui s’empresse de mesurer la circonférence de son bras. Le résultat est sans équivoque: l’enfant souffre de malnutrition, un problème très répandu chez les moins de cinq ans.

“Ces derniers mois, nous avons eu très peu à manger”, soupire Gamar. “Récemment, Mubarrak a perdu beaucoup de poids et il est devenu de plus en plus apathique.”

Après avoir pris note de l’état de Mubarrak et de l’emplacement de la tente familiale, l’infirmier de la Croix-Rouge les raccompagne au camion pour les derniers 200 mètres du voyage – jusqu’à la tente qui pour un temps leur tiendra lieu de foyer.

Les amis et voisins transférés la veille sont là pour les accueillir et leur offrir le thé de la bienvenue, pendant que des volontaires de la Croix-Rouge les aident à décharger leurs effets.
Un peu plus tard, confortablement installé dans sa tente de la Croix-Rouge de Norvège, Gamar laisse échapper un soupir de bien-être. Mais, bientôt, son sourire disparaît et ses yeux pleurent au souvenir de son village et de tout ce qu’il a perdu.

“Je ne dors pas beaucoup la nuit, car je suis angoissé à propos de ma famille et de notre pays”, confie-t-il. Après un long silence, il reprend: “Quand nous avons fui le village, nous avons été séparés de ma seconde épouse et de trois enfants. Je n’ai plus eu de nouvelles depuis. J’ignore où ils sont et même s’ils sont encore en vie.”

Sa première femme s’efforce de le réconforter.

“La Croix-Rouge nous aidera à rentrer au village”, affirme-t-elle.

“Inshallah”, répond Gamar. “Si Dieu le veut.”
C’est avec un sourire radieux que Gamar Abdeldjelil Issa monte à bord du camion de la Croix-Rouge qui va l’emmener à son nouveau foyer, dans le camp de Tréguine (p12066)
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Gamar et sa famille se tiennent fièrement devant leur nouveau foyer (p12067)
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