Aujourd’hui,
on aurait du mal à effacer le sourire du visage de Gamar
Abdeldjelil Issa. Après un long séjour dans un
abri de fortune installé à la lisière d’un
camp du HCR, dans l’est du Tchad, ce réfugié
du Darfour part aujourd’hui avec sa famille pour le nouveau
camp de la Croix-Rouge à Tréguine.
Ce matin, on aurait du mal à effacer le sourire du visage
de Gamar Abdeldjelil Issa. Alors que, assis sur leurs maigres
possessions, sa famille et lui attendent d’embarquer sur
le camion de la Croix-Rouge, des amis se pressent pour lui souhaiter
bonne chance et s’associer à sa joie.
“Les sept mois écoulés depuis que nous avons
été chassés de chez nous, dans le Darfour,
ont été très durs”, raconte-t-il.
“Nous avons survécu sans abri, sans nourriture,
sans eau potable... Aujourd’hui, nous allons enfin recevoir
de l’aide.”
Gamar et les cinq membres de sa famille vont être transférés
dans un camp ouvert lundi dernier à Tréguine par
la Croix-Rouge, à l’intention des réfugiés
soudanais qui n’ont pas pu trouver place dans le camp
de Breijing aménagé à quelques kilomètres
de là. Depuis des mois, quelque 15 000 d’entre
eux sont précairement installés à la lisière
du camp officiel, ne recevant qu’une assistance très
limitée.
Alors que le camion s’éloigne dans un nuage de
poussière et de fumée, la famille salue à
grands gestes Ahmat, le frère de Gamar, qui suivra d’ici
quelques jours avec sa femme et ses enfants.
Le processus de transfert a été méticuleusement
planifié en collaboration avec le Haut-Commissariat des
Nations unies pour les réfugiés (HCR) et avec
les représentants des réfugiés. Aujourd’hui,
c’est le tour du quartier de Gamar, baptisé Ryad
Nissam Shamil, ou Vent du Nord.
Malgré l’inconfort du voyage, les sourires sont
encore plus larges lorsque la trentaine de passagers du camion
– en majorité des femmes et des enfants –
est accueillie à Tréguine par des volontaires
de la Croix-Rouge du Tchad.
Après une brève attente, la famille de Gamar est
introduite dans la tente d’enregistrement où les
noms sont inscrits dans une base de données. L’inscription
dans ce fichier donne droit à la nourriture, aux soins
de santé et autres formes d’assistance offertes
dans le camp.
On passe ensuite dans la tente médicale, où une
équipe de la Croix-Rouge allemande examine chaque arrivant
afin de déceler d’éventuels signes de maladie
ou de malnutrition.
Le plus jeune fils de Gamar, Mubarrak, trois ans, retient l’attention
de l’infirmier, qui s’empresse de mesurer la circonférence
de son bras. Le résultat est sans équivoque: l’enfant
souffre de malnutrition, un problème très répandu
chez les moins de cinq ans.
“Ces derniers mois, nous avons eu très peu à
manger”, soupire Gamar. “Récemment, Mubarrak
a perdu beaucoup de poids et il est devenu de plus en plus apathique.”
Après avoir pris note de l’état de Mubarrak
et de l’emplacement de la tente familiale, l’infirmier
de la Croix-Rouge les raccompagne au camion pour les derniers
200 mètres du voyage – jusqu’à la
tente qui pour un temps leur tiendra lieu de foyer.
Les amis et voisins transférés la veille sont
là pour les accueillir et leur offrir le thé de
la bienvenue, pendant que des volontaires de la Croix-Rouge
les aident à décharger leurs effets.
Un peu plus tard, confortablement installé dans sa tente
de la Croix-Rouge de Norvège, Gamar laisse échapper
un soupir de bien-être. Mais, bientôt, son sourire
disparaît et ses yeux pleurent au souvenir de son village
et de tout ce qu’il a perdu.
“Je ne dors pas beaucoup la nuit, car je suis angoissé
à propos de ma famille et de notre pays”, confie-t-il.
Après un long silence, il reprend: “Quand nous
avons fui le village, nous avons été séparés
de ma seconde épouse et de trois enfants. Je n’ai
plus eu de nouvelles depuis. J’ignore où ils sont
et même s’ils sont encore en vie.”
Sa première femme s’efforce de le réconforter.
“La Croix-Rouge nous aidera à rentrer au village”,
affirme-t-elle.
“Inshallah”, répond Gamar. “Si Dieu
le veut.”
|
 |
 |
|
C’est
avec un sourire radieux que Gamar Abdeldjelil Issa monte
à bord du camion de la Croix-Rouge qui va l’emmener
à son nouveau foyer, dans le camp de Tréguine
(p12066)
|
|
|
|
|
 |
|
Chaque
jour, 200 à 400 réfugiés sont transférés
au camp de Tréguine, qui en accueillera près
de 15 000 au total (p12071)
|
|
 |
|
La
carte d’enregistrement de Gamar, grâce à
laquelle sa famille recevra de la nourriture, des équipements
ménagers et bénéficiera de soins
de santé pendant toute la durée de son séjour
au camp (p12068)
|
|
 |
|
Gamar
et sa famille se tiennent fièrement devant leur
nouveau foyer (p12067)
|
|