Rogenet
Gede a perdu sa maison lors du passage de l’ouragan Jeanne.
Par bonheur, il n’a pas perdu sa famille. “Avec
ma femme et nos trois enfants, nous logeons maintenant dans
la boutique familiale”, raconte Rogenet, entouré
de sa souriante progéniture. “Il me faudra des
années pour me relever de mes pertes.”
Le niveau des eaux a baissé à Gonaïves, mais,
en maints endroits, les gens doivent encore traverser des mares
peu engageantes pour se rendre d’un point à un
autre. Certaines routes sont progressivement déblayées
par des engins, et d’étroits passages s’ouvrent
à travers des voies auparavant infranchissables. Aussitôt,
ils sont envahis par les piétons et les véhicules
qui tentent de se frayer un chemin dans la ville dévastée.
Si les eaux se sont effectivement retirées de la ville,
un immense lac hérissé de cactus s’étend
toujours à sa périphérie, parsemé
des véhicules des conducteurs qui s’étaient
trop écartés d’une route masquée
par un mètre d’eau. À un endroit gît
un car scolaire incliné de 45 degrés. Comme beaucoup
d’autres, ses occupants ont dû se résoudre
à poursuivre à pied leur voyage, chargés
des biens qu’ils avaient pu sauver.
Un peu plus loin, un camion des Nations unies a subi le même
sort, et un autre a calé à proximité. Il
en résulte un embouteillage d’une heure au milieu
du lac. Chaque jour, le passage devient de plus en plus difficile,
cependant que persiste la menace de nouvelles précipitations
qui aggraveraient encore la situation.
En ville, les difficultés sont multiples pour les sinistrés
qui tentent d’obtenir un peu d’aide. La nourriture
et l’eau potable manquent toujours cruellement –
environnés par tant d’eau, les gens continuent
d’avoir soif.
Pour ceux qui, comme Rogenet, ont pratiquement tout perdu d’un
jour à l’autre, la mobilisation est en cours. Dimanche
dernier, dans le cadre de l’opération couverte
par l’appel de la Fédération internationale,
une unité d’intervention d’urgence (ERU)
de la Croix-Rouge française spécialisée
dans l’approvisionnement en eau et l’assainissement
est arrivée à Gonaïves. À l’entrée
de la ville, une douzaine de volontaires de la Croix-Rouge haïtienne
sont présentement occupés à installer cinq
grands réservoirs à eau. “Une fois les réservoirs
en place, nous les remplirons au moyen d’eau contaminée
prélevée dans des puits et dans une rivière
voisine. Le traitement de cette eau nous permettra de fournir
chaque jour une quinzaine de litres à quelque 40 000
bénéficiaires”, explique Benoît Porte,
délégué eau et assainissement à
la Croix-Rouge française.
Une autre ERU spécialisée dans l’approvisionnement
en eau et l’assainissement a été déployée
par la Croix-Rouge espagnole. Elle se compose de cinq installations
mobiles de traitement capables de produire chacune quelque 150
000 litres d’eau potable par jour.
Les distributions du précieux liquide ont déjà
commencé. “Nous avons mis en place six points de
distribution dans divers secteurs de la ville. Pour le moment,
c’est l’organisation CARE qui nous approvisionne
en amenant l’eau par camion à nos points de distribution,
où nous remplissons de grands réservoirs gonflables.
La distribution proprement dite est assurée par les volontaires
de la Croix-Rouge haïtienne”, rapporte Renzo Zigliotti,
délégué eau et assainissement.
“Des centaines de personnes se présentent quotidiennement
et les opérations s’effectuent très rapidement.
Hier, nous avons distribué 15 000 litres d’eau;
demain, nous espérons en écouler 30 000 litres,
et, d’ici le début de la semaine prochaine, entre
90 000 et 180 000 litres par jour”, ajoute-t-il.
À ce jour, près de 130 tonnes de secours sont
arrivées à Port-au-Prince en provenance de la
Fédération internationale et des Sociétés
de la Croix-Rouge canadienne, espagnole, française, suisse,
belge et colombienne. La Fédération internationale
a en outre expédié un autre chargement composé
d’environ 2000 colis alimentaires.
Mardi, elle a publié un appel révisé à
la hausse pour Haïti. Il se chiffre désormais à
11,6 millions de francs suisses destinés à soutenir
les efforts de la Croix-Rouge haïtienne en faveur d’environ
50 000 bénéficiaires pendant six mois.
Parallèlement, la Fédération coordonne
les préparatifs d’une opération élargie.
Une partie de son équipe vient d’effectuer une
mission d’évaluation de quatre jours dans le nord-ouest
de Haïti afin de déterminer les besoins des communautés
affectées en dehors de Gonaïves.
“Nous avons découvert que 15 000 à 18 000
personnes vivant dans d’autres secteurs ont des besoins
tout aussi pressants que les habitants de Gonaïves, mais
qu’elles n’ont pas reçu à ce jour
la moindre assistance”, rapporte Roger Bracke, chef de
l’équipe d’évaluation et de coordination
sur le terrain. “Nous allons bien entendu nous appliquer
à répondre de manière équitable
aux besoins de tous les plus vulnérables, qu’ils
résident à Gonaïves ou ailleurs dans la région.”
Comme toujours en cas d’inondations, la situation sanitaire
fait l’objet d’une attention particulière.
Avec le concours des Sociétés de la Croix-Rouge
canadienne et norvégienne, la Fédération
internationale a déjà acheminé à
Gonaïves les éléments d’un hôpital
de campagne dont l’approvisionnement en eau sera assuré
par la Croix-Rouge espagnole.
D’une valeur de plus de 2 millions de dollars des Etats-Unis,
cet établissement de 100 lits entièrement équipé
sera monté et administré par du personnel local,
avec le concours de dix-sept expatriés du Canada et de
Norvège. Il sera doté de tous les services de
santé de base, y compris une salle d’opération
et des services de radiologie, d’obstétrique, de
médecine interne, de gynécologie et de pédiatrie.
L’ERU affectée à l’opération
aura également pour tâche d’oeuvrer à
la réhabilitation de l’unique hôpital général
de Gonaïves (La Providence), durement touché par
les inondations.
“Nous espérons être opérationnels
d’ici la fin de la semaine”, déclare le docteur
Paul Odberg, qui dirige l’ERU affectée à
l’hôpital de campagne. “Aussitôt l’Hôpital
La Providence remis en état, tous nos équipements
y seront transférés.”
À Gonaïves, la Croix-Rouge française a identifié
plus de 2000 familles particulièrement vulnérables
réparties dans une soixantaine d’abris provisoires.
Malgré les difficultés logistiques, elle est parvenue,
avec le concours de volontaires de la Croix-Rouge haïtienne,
à leur procurer des secours non alimentaires tels qu’articles
d’hygiène, ustensiles de cuisine, jerricans, fourneaux
et couvertures.
En étroite collaboration avec la Croix-Rouge haïtienne,
le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a mis
en place un service de recherches pour aider tous ceux qui s’inquiètent
du sort de parents à rétablir le contact, tant
en Haïti qu’à l’étranger. Avec
plus de 1500 morts et près d’un millier de disparus,
nombreuses sont les personnes anxieuses d’obtenir des
nouvelles de leurs proches.
Les volontaires de la Société nationale enregistrent
les noms de tous les intéressés en vue de les
diffuser sur les radios locales de tout le pays et de faire
ainsi savoir à leurs familles qu’ils sont sains
et saufs. Ils font de même pour tous ceux qui sont sans
nouvelles de parents depuis la catastrophe. Le CICR a par ailleurs
mis sur pied un site Internet pour centraliser toutes les informations
relatives aux personnes disparues et aux familles séparées.
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Près
de Gonaïves, un car scolaire gît renversé
dans un lac formé par les inondations (p12078)
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Des
volontaires de la Croix-Rouge haïtienne déchargent
des secours à l’aéroport de Port-au-Prince.
(p12076)
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Des
volontaires locaux de la Croix-Rouge aident les membres
de l’unité d’intervention d’urgence
française à monter un réservoir à
eau à Gonaïves. (p12081)
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Quelques
200 000 habitants de Gonaïves et de ses environs
ont été affectés par les inondations
(p12082)
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