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Mobilisation massive de la Croix-Rouge en faveur des victimes des inondations en Haïti
05 octobre 2004
Isabel Sopranis, Croix-Rouge espagnole, et Marko Kokic à Gonaïves
Rogenet Gede a perdu sa maison lors du passage de l’ouragan Jeanne. Par bonheur, il n’a pas perdu sa famille. “Avec ma femme et nos trois enfants, nous logeons maintenant dans la boutique familiale”, raconte Rogenet, entouré de sa souriante progéniture. “Il me faudra des années pour me relever de mes pertes.”

Le niveau des eaux a baissé à Gonaïves, mais, en maints endroits, les gens doivent encore traverser des mares peu engageantes pour se rendre d’un point à un autre. Certaines routes sont progressivement déblayées par des engins, et d’étroits passages s’ouvrent à travers des voies auparavant infranchissables. Aussitôt, ils sont envahis par les piétons et les véhicules qui tentent de se frayer un chemin dans la ville dévastée.

Si les eaux se sont effectivement retirées de la ville, un immense lac hérissé de cactus s’étend toujours à sa périphérie, parsemé des véhicules des conducteurs qui s’étaient trop écartés d’une route masquée par un mètre d’eau. À un endroit gît un car scolaire incliné de 45 degrés. Comme beaucoup d’autres, ses occupants ont dû se résoudre à poursuivre à pied leur voyage, chargés des biens qu’ils avaient pu sauver.

Un peu plus loin, un camion des Nations unies a subi le même sort, et un autre a calé à proximité. Il en résulte un embouteillage d’une heure au milieu du lac. Chaque jour, le passage devient de plus en plus difficile, cependant que persiste la menace de nouvelles précipitations qui aggraveraient encore la situation.

En ville, les difficultés sont multiples pour les sinistrés qui tentent d’obtenir un peu d’aide. La nourriture et l’eau potable manquent toujours cruellement – environnés par tant d’eau, les gens continuent d’avoir soif.

Pour ceux qui, comme Rogenet, ont pratiquement tout perdu d’un jour à l’autre, la mobilisation est en cours. Dimanche dernier, dans le cadre de l’opération couverte par l’appel de la Fédération internationale, une unité d’intervention d’urgence (ERU) de la Croix-Rouge française spécialisée dans l’approvisionnement en eau et l’assainissement est arrivée à Gonaïves. À l’entrée de la ville, une douzaine de volontaires de la Croix-Rouge haïtienne sont présentement occupés à installer cinq grands réservoirs à eau. “Une fois les réservoirs en place, nous les remplirons au moyen d’eau contaminée prélevée dans des puits et dans une rivière voisine. Le traitement de cette eau nous permettra de fournir chaque jour une quinzaine de litres à quelque 40 000 bénéficiaires”, explique Benoît Porte, délégué eau et assainissement à la Croix-Rouge française.

Une autre ERU spécialisée dans l’approvisionnement en eau et l’assainissement a été déployée par la Croix-Rouge espagnole. Elle se compose de cinq installations mobiles de traitement capables de produire chacune quelque 150 000 litres d’eau potable par jour.

Les distributions du précieux liquide ont déjà commencé. “Nous avons mis en place six points de distribution dans divers secteurs de la ville. Pour le moment, c’est l’organisation CARE qui nous approvisionne en amenant l’eau par camion à nos points de distribution, où nous remplissons de grands réservoirs gonflables. La distribution proprement dite est assurée par les volontaires de la Croix-Rouge haïtienne”, rapporte Renzo Zigliotti, délégué eau et assainissement.

“Des centaines de personnes se présentent quotidiennement et les opérations s’effectuent très rapidement. Hier, nous avons distribué 15 000 litres d’eau; demain, nous espérons en écouler 30 000 litres, et, d’ici le début de la semaine prochaine, entre 90 000 et 180 000 litres par jour”, ajoute-t-il.
À ce jour, près de 130 tonnes de secours sont arrivées à Port-au-Prince en provenance de la Fédération internationale et des Sociétés de la Croix-Rouge canadienne, espagnole, française, suisse, belge et colombienne. La Fédération internationale a en outre expédié un autre chargement composé d’environ 2000 colis alimentaires.

Mardi, elle a publié un appel révisé à la hausse pour Haïti. Il se chiffre désormais à 11,6 millions de francs suisses destinés à soutenir les efforts de la Croix-Rouge haïtienne en faveur d’environ 50 000 bénéficiaires pendant six mois.

Parallèlement, la Fédération coordonne les préparatifs d’une opération élargie. Une partie de son équipe vient d’effectuer une mission d’évaluation de quatre jours dans le nord-ouest de Haïti afin de déterminer les besoins des communautés affectées en dehors de Gonaïves.
“Nous avons découvert que 15 000 à 18 000 personnes vivant dans d’autres secteurs ont des besoins tout aussi pressants que les habitants de Gonaïves, mais qu’elles n’ont pas reçu à ce jour la moindre assistance”, rapporte Roger Bracke, chef de l’équipe d’évaluation et de coordination sur le terrain. “Nous allons bien entendu nous appliquer à répondre de manière équitable aux besoins de tous les plus vulnérables, qu’ils résident à Gonaïves ou ailleurs dans la région.”

Comme toujours en cas d’inondations, la situation sanitaire fait l’objet d’une attention particulière. Avec le concours des Sociétés de la Croix-Rouge canadienne et norvégienne, la Fédération internationale a déjà acheminé à Gonaïves les éléments d’un hôpital de campagne dont l’approvisionnement en eau sera assuré par la Croix-Rouge espagnole.

D’une valeur de plus de 2 millions de dollars des Etats-Unis, cet établissement de 100 lits entièrement équipé sera monté et administré par du personnel local, avec le concours de dix-sept expatriés du Canada et de Norvège. Il sera doté de tous les services de santé de base, y compris une salle d’opération et des services de radiologie, d’obstétrique, de médecine interne, de gynécologie et de pédiatrie. L’ERU affectée à l’opération aura également pour tâche d’oeuvrer à la réhabilitation de l’unique hôpital général de Gonaïves (La Providence), durement touché par les inondations.
“Nous espérons être opérationnels d’ici la fin de la semaine”, déclare le docteur Paul Odberg, qui dirige l’ERU affectée à l’hôpital de campagne. “Aussitôt l’Hôpital La Providence remis en état, tous nos équipements y seront transférés.”

À Gonaïves, la Croix-Rouge française a identifié plus de 2000 familles particulièrement vulnérables réparties dans une soixantaine d’abris provisoires. Malgré les difficultés logistiques, elle est parvenue, avec le concours de volontaires de la Croix-Rouge haïtienne, à leur procurer des secours non alimentaires tels qu’articles d’hygiène, ustensiles de cuisine, jerricans, fourneaux et couvertures.

En étroite collaboration avec la Croix-Rouge haïtienne, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a mis en place un service de recherches pour aider tous ceux qui s’inquiètent du sort de parents à rétablir le contact, tant en Haïti qu’à l’étranger. Avec plus de 1500 morts et près d’un millier de disparus, nombreuses sont les personnes anxieuses d’obtenir des nouvelles de leurs proches.

Les volontaires de la Société nationale enregistrent les noms de tous les intéressés en vue de les diffuser sur les radios locales de tout le pays et de faire ainsi savoir à leurs familles qu’ils sont sains et saufs. Ils font de même pour tous ceux qui sont sans nouvelles de parents depuis la catastrophe. Le CICR a par ailleurs mis sur pied un site Internet pour centraliser toutes les informations relatives aux personnes disparues et aux familles séparées.
Près de Gonaïves, un car scolaire gît renversé dans un lac formé par les inondations (p12078)
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Quelques 200 000 habitants de Gonaïves et de ses environs ont été affectés par les inondations (p12082)
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