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Les réfugiés soudanais au Tchad prennent en charge la gestion de “leur” camp
6 octobre 2004
Gauthier Lefèvre au camp de Tréguine, dans l’est du Tchad
A sept heures du matin, le camp de réfugiés soudanais récemment ouvert à Tréguine, dans l’est du Tchad, est déjà en pleine effervescence.

Des femmes bavardent avec animation en revenant du point d’eau, un jerrican se balançant gracieusement sur leur tête, cependant que d’autres broient du millet sur une pierre plate afin de préparer le repas quotidien. Les enfants font la lessive devant les tentes, ne s’interrompant que pour s’asperger mutuellement d’eau savonneuse dans de grands éclats de rire.

Quant aux hommes, ils s’affairent à construire des abris en bois pour la cuisine et pour le séjour, afin d’améliorer le confort de leurs familles. Tout le camp résonne de l’activité déployée par les réfugiés pour s’accommoder au mieux de leur situation.

Bien qu’ils reçoivent une aide alimentaire et non alimentaire de la communauté internationale, ils ne sont nullement passifs. Si l’expérience de la violence et de l’exil est assurément déstabilisante, elle ne s’accompagne pas nécessairement d’une perte totale de contrôle sur sa propre existence.

“Nous ne sommes pas des enfants”, commente un des onze leaders de la communauté de Tréguine. “Nous avons été chassés de nos foyers et nous avons perdu tout ce que nous possédions, mais nous sommes encore capables de prendre en main notre quotidien.”

De fait, de nombreux aspects de la vie du camp sont entièrement organisés et administrés par les réfugiés eux-mêmes. A l’ombre d’un arbre, ceux-ci ont aménagé une petite mosquée où officient des dignitaires religieux de la communauté. Des artisans, qui ont pu sauver leurs outils, ont repris l’activité qu’ils pratiquaient autrefois chez eux, et des instituteurs ont regroupé une première fournée d’enfants afin de poursuivre leur instruction.

“Beaucoup de nos activités reposent sur la participation des réfugiés”, confirme Langdon Greenhalgh, directeur du camp. “Nous leur fournissons l’espace, les matériaux et les équipements, mais ce sont eux qui font le travail. Nous estimons que c’est un élément crucial de l’assistance qui leur est offerte.”

Greenhalgh est d’ailleurs bien décidé à renforcer la participation des réfugiés. Avec son équipe, il avait déjà noué d’étroits contacts avec leurs représentants avant l’ouverture du camp la semaine dernière.

“Nous les avions rencontrés afin de mettre au point le transfert des réfugiés du camp de Breijing à celui de Tréguine”, explique-t-il. “Depuis lors, nous n’avons cessé de les consulter sur tous les points importants, qu’il s’agisse de l’aménagement du site ou des relations avec la population locale.”

Au camp, des comités de représentants sont constitués pour traiter d’un large éventail de sujets allant de l’approvisionnement en eau et de l’hygiène à la santé, en passant par les services communautaires. La mobilisation des réfugiés est particulièrement importante dans le domaine de l’hygiène publique.

C’est pourquoi, au sein de chaque “îlot” de 40 réfugiés, l’équipe de la Croix-Rouge en charge de cette question a désigné un responsable des deux latrines collectives. Munies de seaux, de pelles et de brouettes, ces personnes veillent à ce que les lieux soient correctement utilisés et régulièrement nettoyés.

Membre de l’équipe, Khadija Sabre, 23 ans, s’entretient chaque jour avec les agents de cette “brigade sanitaire” et leur transmet des consignes de santé et d’hygiène à diffuser parmi l’ensemble de la communauté.

“Les réfugiés sont très réceptifs à cette question”, affirme-t-elle. “Ils sont particulièrement intéressés par les mesures susceptibles de prévenir des maladies comme la diarrhée et le choléra.”

“Il y a deux jours, j’ai trouvé plusieurs latrines dans un état de saleté repoussante”, raconte-t-elle en continuant sa tournée. “Je me suis assise avec les responsables et leur ai expliqué l’importance de ce travail. Quand je suis repassée aujourd’hui, les latrines étaient impeccables.”

Jusqu’à présent, le message est parfaitement bien passé. Bientôt, il sera élargi aux domaines de l’hygiène individuelle et de la santé en général.
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