A
sept heures du matin, le camp de réfugiés soudanais
récemment ouvert à Tréguine, dans l’est
du Tchad, est déjà en pleine effervescence.
Des femmes bavardent avec animation en revenant du point d’eau,
un jerrican se balançant gracieusement sur leur tête,
cependant que d’autres broient du millet sur une pierre
plate afin de préparer le repas quotidien. Les enfants
font la lessive devant les tentes, ne s’interrompant que
pour s’asperger mutuellement d’eau savonneuse dans
de grands éclats de rire.
Quant aux hommes, ils s’affairent à construire
des abris en bois pour la cuisine et pour le séjour,
afin d’améliorer le confort de leurs familles.
Tout le camp résonne de l’activité déployée
par les réfugiés pour s’accommoder au mieux
de leur situation.
Bien qu’ils reçoivent une aide alimentaire et non
alimentaire de la communauté internationale, ils ne sont
nullement passifs. Si l’expérience de la violence
et de l’exil est assurément déstabilisante,
elle ne s’accompagne pas nécessairement d’une
perte totale de contrôle sur sa propre existence.
“Nous ne sommes pas des enfants”, commente un des
onze leaders de la communauté de Tréguine. “Nous
avons été chassés de nos foyers et nous
avons perdu tout ce que nous possédions, mais nous sommes
encore capables de prendre en main notre quotidien.”
De fait, de nombreux aspects de la vie du camp sont entièrement
organisés et administrés par les réfugiés
eux-mêmes. A l’ombre d’un arbre, ceux-ci ont
aménagé une petite mosquée où officient
des dignitaires religieux de la communauté. Des artisans,
qui ont pu sauver leurs outils, ont repris l’activité
qu’ils pratiquaient autrefois chez eux, et des instituteurs
ont regroupé une première fournée d’enfants
afin de poursuivre leur instruction.
“Beaucoup de nos activités reposent sur la participation
des réfugiés”, confirme Langdon Greenhalgh,
directeur du camp. “Nous leur fournissons l’espace,
les matériaux et les équipements, mais ce sont
eux qui font le travail. Nous estimons que c’est un élément
crucial de l’assistance qui leur est offerte.”
Greenhalgh est d’ailleurs bien décidé à
renforcer la participation des réfugiés. Avec
son équipe, il avait déjà noué d’étroits
contacts avec leurs représentants avant l’ouverture
du camp la semaine dernière.
“Nous les avions rencontrés afin de mettre au point
le transfert des réfugiés du camp de Breijing
à celui de Tréguine”, explique-t-il. “Depuis
lors, nous n’avons cessé de les consulter sur tous
les points importants, qu’il s’agisse de l’aménagement
du site ou des relations avec la population locale.”
Au camp, des comités de représentants sont constitués
pour traiter d’un large éventail de sujets allant
de l’approvisionnement en eau et de l’hygiène
à la santé, en passant par les services communautaires.
La mobilisation des réfugiés est particulièrement
importante dans le domaine de l’hygiène publique.
C’est pourquoi, au sein de chaque “îlot”
de 40 réfugiés, l’équipe de la Croix-Rouge
en charge de cette question a désigné un responsable
des deux latrines collectives. Munies de seaux, de pelles et
de brouettes, ces personnes veillent à ce que les lieux
soient correctement utilisés et régulièrement
nettoyés.
Membre de l’équipe, Khadija Sabre, 23 ans, s’entretient
chaque jour avec les agents de cette “brigade sanitaire”
et leur transmet des consignes de santé et d’hygiène
à diffuser parmi l’ensemble de la communauté.
“Les réfugiés sont très réceptifs
à cette question”, affirme-t-elle. “Ils sont
particulièrement intéressés par les mesures
susceptibles de prévenir des maladies comme la diarrhée
et le choléra.”
“Il y a deux jours, j’ai trouvé plusieurs
latrines dans un état de saleté repoussante”,
raconte-t-elle en continuant sa tournée. “Je me
suis assise avec les responsables et leur ai expliqué
l’importance de ce travail. Quand je suis repassée
aujourd’hui, les latrines étaient impeccables.”
Jusqu’à présent, le message est parfaitement
bien passé. Bientôt, il sera élargi aux
domaines de l’hygiène individuelle et de la santé
en général.
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Une
femme broie du millet dans le camp de réfugiés
de Tréguine. Peu à peu, une forme de routine
quotidienne se met en place (p12083)
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Ces
enfants ont déjà été sensibilisés
à l’importance d’une bonne hygiène
(p12084)
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Khadija
Sabre, une des responsables de l’entretien des latrines,
diffuse des messages d’hygiène et de santé
parmi ses compagnons réfugiés (p12088)
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Ces
enfants soudanais semblent heureux de leur nouveau “foyer”
à Tréguine. Néanmoins, ils grandissent
en exil (p12087)
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