Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et Croissant-Rouge (IFRC) Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et Croissant-Rouge (IFRC)
Rechercher :

Nouvelles
 
IMPRIMER
Accueil nouvelles
Nouvelles
Communiqués
de presse
Discours
Points de vue
Audio et vidéo
Une oasis de lumière dans un coin perdu d’Aceh
18 janvier 2005
Ian Woolverton
Au milieu d’un vaste champ vert, à cinq kilomètres de la côte dévastée de la province d’Aceh, neuf tentes blanches resplendissent sous les rayons du soleil. Au sommet d’un mât d’une dizaine de mètres, un drapeau de la Croix-Rouge frémit doucement sous la caresse de la brise.

Nous sommes à Teunom, un coin si perdu que même les pilotes d’hélicoptère locaux ont du mal à le trouver. Mais cela n’a rien d’étonnant, quand on sait que le raz-de-marée du 26 décembre a littéralement rayé de la carte cette communauté de pêcheurs, faisant près de 4000 morts et des milliers de sans-abri.

“Teunom a disparu. Il ne reste plus rien”, confirme Richard Munz. Ce chirurgien aux cheveux et à la barbe argentés fait partie d’une équipe de la Croix-Rouge allemande qui a mis en place aux portes de l’agglomération une unité d’intervention d’urgence spécialisée dans les soins de santé de base.

“Une unique route goudronnée s’enfonce depuis la côte vers la forêt jusqu’au pied des collines, sur une vingtaine de kilomètres. Au-delà, c’est la jungle”, ajoute-t-il.

Avant la catastrophe, Teunom comptait environ 23 000 habitants. C’était une communauté très active vivant des produits de la mer. A présent, c’est un champ de ruines. La plupart des bâtiments ont été détruits, y compris le dispensaire de santé dont seize employés, parmi lesquels des médecins et des infirmiers, ont été tués par l’énorme vague mêlée de boue et de sable.

Dans les jours qui ont suivi le raz-de-marée, les professionnels de la santé rescapés du désastre ont travaillé sans relâche pour répondre aux besoins les plus pressants. Mais la tâche était trop lourde et il a fallu solliciter l’assistance de la Croix-Rouge.

Dans un impressionnant ballet, des hélicoptères de la marine des Etats-Unis ont effectué vingt-deux navettes depuis la capitale provinciale, Banda Aceh, afin d’amener à Teunom les tonnes de matériel de l’équipe allemande ainsi que son personnel – un médecin, trois infirmiers, un laborantin et un auxiliaire médical.

L’unité, qui comprend une maternité, une pharmacie, une salle d’attente, une salle d’opération et un laboratoire, peut répondre aux besoins d’une population d’environ 20 000 personnes.

“Le déchargement des caisses métalliques contenant le matériel et le montage des installations ont été un véritable cauchemar. Pendant les trois premiers jours, il n’a pas cessé de pleuvoir”, raconte Richard.
Vingt-huit employés du dispensaire local détruit travaillent aux côtés des membres de l’équipe allemande. “Quatre sages-femmes, quatre médecins, neuf infirmiers et du personnel administratif”, précise le chirurgien.

Le docteur Nursanty, 31 ans, fait partie du groupe. Mariée, mère de deux fillettes, elle vit à Teunom depuis cinq ans. “Ma maison a été rasée par le tsunami”, soupire-t-elle. “Pour le moment, je loge chez mon infirmière, à cinq kilomètres d’ici.” Le sort de sa famille à Banda Aceh l’angoisse terriblement. “Depuis la catastrophe, je n’ai aucune nouvelle. Ils me manquent tous, mes parents, mes beaux-parents, et il n’y a pas moyen de les contacter”, poursuit-elle, les larmes aux yeux.

Malgré sa peine, elle refuse de profiter d’un des nombreux hélicoptères qui amènent quotidiennement au centre médical patients et fournitures pour quitter Teunom, la ville qui est la sienne depuis maintenant cinq ans. “J’ai une responsabilité vis-à-vis de mes concitoyens. J’aimerais partir, c’est vrai, mais je dois aider ceux qui souffrent ici. Je ne peux pas m’en aller comme ça”, explique-t-elle.

Depuis son ouverture, la clinique de la Croix-Rouge a accueilli jusqu’à 170 patients par jour, et l’équipe dirigée par le docteur Munz s’attend à ce que l’affluence augmente encore à mesure que les habitants de la région apprendront son existence. “Je pense que nous recevrons jusqu’à 200 patients par jour pendant les trois à quatre prochaines semaines au moins”, déclare Richard, qui a commencé à pratiquer des interventions mineures, principalement sur des plaies infectées.

“Nous traitons essentiellement des maladies infectieuses, des problèmes respiratoires, des diarrhées et des traumatismes divers, mais aussi des abcès et des plaies infectées en grand nombre.”

L’activité est particulièrement intense entre neuf et dix heures le matin et en fin d’après-midi. Des patients font la queue pour recevoir leurs médicaments à la pharmacie, d’autres, assis dans la salle d’accueil, attendent patiemment d’être enregistrés pour pouvoir consulter un médecin ou un infirmier.

A onze heures, Richard Munz fait sa tournée. Se penchant auprès d’un vieil homme qui a de la peine à marcher, il s’enquière de son état par le truchement d’un interprète de la Croix-Rouge indonésienne.

“Il a mal à la tête et se plaint de vertiges”, commente Richard. “Dites-lui que ça va passer.
Il faut qu’il boive le plus possible et qu’il s’efforce de se lever et de marcher un peu.” Prenant alors la main du patient, le médecin l’aide gentiment à se mettre sur ses pieds.

“Vous vous sentirez plus fort si vous bougez”, lui dit-il. Avec réticence, l’homme consent à faire quelques pas en s’aidant d’une béquille. “Ça va aller!”, lui affirme Richard, levant les deux pouces pour bien se faire comprendre.

Un peu plus tard, ce même jour, deux infirmiers de la Croix-Rouge allemande retirent un éclat de bois de la main d’une petite fille dont la plaie est vilainement infectée. “Sa blessure date de deux semaines, elle a besoin d’être soigneusement nettoyée et pansée. Ensuite, tout ira bien”, note Sonja Jahns.

Les médecins et infirmiers allemands et indonésiens voient défiler de nombreuses blessures de ce genre. La collaboration entre les deux équipes est excellente. Les Allemands s’occupent des fournitures et autres équipements et assurent une partie des traitements, les Indonésiens se chargeant du plus gros des soins courants. “Ils travaillent remarquablement bien, comme ils l’ont toujours fait auparavant”, commente le docteur Munz.

“Nous sommes ici uniquement pour les épauler.”

L’unité n’administre que des soins de base, mais ils sont essentiels pour éviter des infections graves qui pourraient entraîner de sérieuses complications, voire nécessiter de dramatiques amputations. Des sections séparées ont été aménagées pour les femmes et les hommes hospitalisés.

Pour rendre leur séjour plus supportable, Bernd Kentsch, infirmier de la Croix-Rouge allemande, a improvisé un système de ventilation. Suspendus à une corde, des cartons s’alignent sur toute la longueur de la tente. A chacun est fixée une ficelle sur laquelle les amis et parents en visite tirent afin de créer un rafraîchissant courant d’air pour les patients.

Dans un autre secteur de cet hôpital de campagne, médecins et infirmiers locaux distribuent des médicaments essentiels tels qu’analgésiques et antibiotiques. La pharmacie est à dessein très basique.

“Dans 95 pour 100 des cas”, souligne Richard, “c’est de ce type de produits dont la population a le plus besoin.”
Sous une autre tente, quatre patients, dont une jeune fille, sont alités. Des proches les ventilent au moyen de cartons afin de tenir les mouches à l’écart et de les soulager un peu de la chaleur accablante. “Trois d’entre eux ont été pris dans le raz-de-marée”, explique le docteur Munz.

“Ils ont avalé des quantités d’eau salée. Ici, ils peuvent se remettre tranquillement de leurs épreuves. La jeune fille est sous antibiotique, deux autres souffrent de diarrhée.”

Le quatrième a la malaria. Il est arrivé hier. Son cas était sérieux, mais il a été traité à temps et devrait pleinement se rétablir. “Il pourra sortir demain”, affirme Richard.

Au crépuscule, une foule est massée derrière la fenêtre d’une tente, se bousculant pour voir deux infirmiers allemands occupés à drainer du pus de l’oreille infectée d’un jeune homme. Une telle scène n’est pas courante, mais, pour les membres de cette communauté ravagée, c’est l’occasion d’oublier pour un moment leurs propres peines.

A 20 heures, la longue journée s’achève. Au loin, des éclairs déchirent l’obscurité. Il n’y a pas le moindre souffle d’air. Pendant mollement, le drapeau de la Croix-Rouge se détache sur un ciel fourmillant d’étoiles. Le seul bruit provient de la génératrice électrique qui alimente les lampes au tungstène. L’hôpital de campagne dessine une véritable oasis de lumière et de confort dans la nuit humide de ce coin perdu d’Aceh.

L’unité de la Croix-Rouge allemande restera à Teunom aussi longtemps qu’il sera nécessaire. Mais, à la fin du mois, Richard et son équipe céderont la place à d’autres collègues. Confortablement installé dans une chaise longue, content de sa journée, Richard s’accorde une cigarette bien méritée. “Les choses s’arrangent de jour en jour”, observe-t-il avec satisfaction.
Le docteur Richard Munz, de la Croix-Rouge allemande, s’entretient avec une patiente à l’unité de soins de base installée à la périphérie de Teunom, une communauté ravagée par le tsunami (p12500)

LIENS CONNEXES
Activités en Indonésie
L'opération tsunami
Lire d'autres nouvelles
L’infirmière Sonja Jahns, un des six membres de l’unité d’intervention d’urgence déployée à Teunom par la Croix-Rouge allemande (p12499)

Bernd Kentsch, infirmier de la Croix-Rouge allemande, panse la plaie d’un homme blessé par le raz-de-marée (p12502)

Une volontaire de la Croix-Rouge indonésienne s’occupe d’un patient à la pharmacie de l’unité de soins de base (p12503)

Richard Munz souligne que, dans la majorité des cas, les membres de la communauté ont essentiellement besoin de soins de santé de base (p12501)

IMPRIMER