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A Aceh, l’incertitude mine les efforts pour prendre un nouveau départ
7 février 2005
Yrsa Grüne à Banda Aceh; photos de Yoshi Shimizu
Une expression anxieuse règne sur les visages de tous les gens qui pénètrent dans le bureau de la Croix-Rouge indonésienne à Banda Aceh afin de consulter la longue liste des personnes retrouvées vivantes après les raz-de-marée.

Insun, sa mère Jamila et sa soeur Inong cherchent la trace de leurs quatre neveux et petits-fils, les enfants de Modu Leni. “Ils étaient tous à la maison quand le tsunami est arrivé”, raconte Insun. “Personne n’a eu le temps de comprendre ce qui se passait, encore moins de se mettre en sécurité.”

Modu Leni et son mari, grièvement blessé, sont maintenant à Medan. Jamila et Inong scrutent attentivement la liste établie par les volontaires de la Croix-Rouge indonésienne et les délégués du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Pendant quelques secondes, l’espoir illumine les traits de Jamila: elle a repéré un nom similaire à celui d’un de ses petits-enfants disparus. Mais elle replonge bientôt dans l’abattement. Vérification faite, l’adresse ne correspond pas. L’examen de l’interminable liste reprend alors.

“Je n’arrive toujours pas à croire que c’est vraiment arrivé”, confesse Insun. “Je ne vis plus à Banda Aceh, mais j’étais venu l’année dernière rendre visite à ma famille. C’était le paradis. Aujourd’hui, quand je vois ce champ de ruines, c’est comme un mauvais rêve. Je me sens déprimé et j’aimerais partager mes sentiments avec mes amis, mais je ne retrouve personne.”

L’examen est terminé. Aucun des quatre petits-enfants, âgés de 2 à 12 ans, ne figure sur la liste. La famille s’en va, Jamila laissant couler en silence des larmes de découragement.

L’incertitude est souvent l’épreuve la plus difficile à surmonter. Plusieurs semaines après la catastrophe, les habitants de Sumatra Occidental continuent d’espérer.

Lhok Nga, une communauté située à la périphérie de Banda Aceh, a pris de plein fouet le terrible raz-de-marée du 26 décembre.

Fachrul Razi, 10 ans, et son frère Sabri, 15 ans, hébergés avec leurs parents dans un camp provisoire, refusent de croire à la mort de leur soeur Siti Marhamah, 12 ans. Quand les vagues se sont jetées sur la côte, ils se sont précipités à la mosquée et réfugiés sur le toit.

“Ma soeur était avec nous, mais, lorsque nous avons atteint la mosquée, elle avait disparu”, raconte Sabri. Au camp, la Croix-Rouge pourvoit aux besoins quotidiens des sans-abri. Pour Sabri, ces conditions d’existence sont supportables, mais il aimerait que sa famille puisse rebâtir une nouvelle maison là où elle vivait avant la tragédie.

Je demande à Fachrul Razi quel est son désir le plus cher. Sans hésiter une seconde, il me répond: “Je voudrais retourner le plus vite possible à l’école. Si vous pouviez nous donner un ballon, ce serait parfait. Nous pourrions de nouveau jouer au volley-ball.”
Jamila, dont les quatre petits-enfants sont portés disparus, épluche au bureau de la Croix-Rouge indonésienne à Banda Aceh la liste des personnes retrouvées vivantes après le raz-de-marée (p-IDN0201)

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