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Derrière le voile: redonner espoir aux enfants d’Aceh
14 juillet 2005
Texte de Stacey M. Winston, de la Croix-Rouge américaine, et Virgil Grandfield;
Photos d’Amalia Soemantri et Stacey M. Winston
Derrière le voile noir qui enveloppe son visage, seuls les yeux de Rohil Al Azizah, 15 ans, trahissent ses sentiments. Au premier abord, ils semblent tristes, mais, un instant plus tard, une expression souriante s’y reflète.

Depuis qu’elle est entrée, il y a deux mois, au pensionnat pour jeunes filles musulmanes du village de Montasik, près de Banda Aceh, Rohil se remet peu à peu du choc causé par le tsunami, qui a cruellement frappé sa famille.

Les membres de l’équipe psychosociale de la Croix-Rouge américaine et du Croissant-Rouge turc spécialement formés pour fournir un soutien psychologique aux sinistrés l’ont aidée à retrouver le sourire et le goût de l’existence.

En ce moment, Rohil est occupée à assembler et à coller des bâtonnets de bois comme ceux qui servent à confectionner les sucettes glacées. Cette activité fait partie de l’approche thérapeutique appliquée par les équipes de la Croix-Rouge dans les orphelinats et les écoles de la région.

La jeune fille, qui vient de terminer la fabrication d’un bol et d’une boîte à crayons, est maintenant prête à raconter son histoire.

Aussitôt après le violent séisme du 26 décembre, Rohil et sa famille ont entendu des gens crier qu’un raz-de-marée arrivait. Rohil, son frère et sa soeur aînés sont montés dans la voiture pour se mettre à l’abri, mais les parents et les petits frère et soeur n’ont pas eu le temps de se soustraire à la gigantesque vague qui a balayé le village.

“J’ai vu mon père et ma mère passer sous mes yeux”, raconte la jeune fille en larmes. “Mais je ne pouvais rien faire pour eux.”

Quand l’eau s’est retirée et que la voiture a cessé de flotter, Rohil est sortie du véhicule pour secourir sa mère. Celle-ci ayant survécu, la famille a pensé que le père s’en était également tiré et s’est donc mise à sa recherche. Rohil a cru l’entendre crier à l’aide. “Je l’ai appelé en hurlant aussi fort que je pouvais”, se souvient-elle.

Un peu plus tard, Rohil a trouvé son père sur le toit de la maison. Après des appels réitérés, un homme est finalement venu aider à descendre le malheureux, que Rohil a immédiatement amené à la clinique la plus proche. “Mais il avait avalé trop d’eau et il est mort le lendemain”, explique-t-elle tristement. Le corps sans vie de sa petite soeur a été retrouvé près de la mosquée. Son jeune frère, lui, a survécu.

Aujourd’hui, en étudiant et en s’initiant au coran, Rohil s’efforce de réaliser le dernier voeu de son père. Avec ses 80 camarades et leur quinzaine de professeurs, elle a aussi l’occasion d’exprimer ses sentiments et de faire ainsi progressivement son deuil.

La semaine dernière, elle a accueilli avec une immense joie l’arrivée dans son école de l’équipe psychosociale de la Croix-Rouge américaine et du Croissant-Rouge turc. Ces spécialistes de la santé mentale ont entrepris d’engager les élèves dans des activités créatives et expressives, comme la cuisine et l’artisanat.

Ces travaux collectifs favorisent la communication et les échanges parmi les jeunes filles qui ont perdu des proches dans la tragédie. Une responsable du pensionnat a affirmé à un volontaire de la Croix-Rouge indonésienne qu’elle n’avait jamais vu ses élèves aussi heureuses que lorsqu’elles sont occupées à cuisiner et à confectionner des confiseries.

“Ces jeunes filles ne sont pas autorisées à sortir de l’établissement, aussi leur existence est-elle essentiellement consacrée à l’étude”, explique Meric Gozden, conseiller social au Croissant-Rouge turc. “Elles n’ont pas non plus l’habitude de partager leurs sentiments. C’est pourquoi ces activités de groupe sont si précieuses pour les aider à surmonter leur traumatisme.”

En plus des programmes thérapeutiques, la Croix-Rouge assure aux enfants et à ceux qui en ont la charge une aide matérielle. La Croix-Rouge indonésienne a notamment distribué des matelas et des oreillers.

Quant à la Croix-Rouge américaine et au Croissant-Rouge turc, ils procurent aux écoles des lits de camp, des fournitures scolaires telles que cahiers, crayons et stylos, ainsi que de la peinture et des pinceaux.

“Les enfants ont peint eux-mêmes leur école”, rapporte Sujata Bordoloi, de la Croix-Rouge américaine. “C’est un moyen pour eux de s’approprier un peu les lieux. Beaucoup sont orphelins et n’ont donc plus de foyer, d’autres ont été séparés de leur famille.” Les activités mises en place par la Croix-Rouge ont aussi ouvert les enfants sur le monde extérieur. “Quand l’équipe psychosociale est partie”, poursuit Sujata Bordoloi, “les jeunes filles ont déclaré qu’elles avaient maintenant de nouveaux amis.”

Le tsunami a ravagé les existences d’une multitude de sinistrés, mais les programmes de conseil et d’activités thérapeutiques comme ceux conduits par les équipes de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge contribuent à redonner espoir aux enfants.

Les plans d’aide au relèvement à long terme de la Croix-Rouge américaine incluent des efforts de soutien psychologique au profit de trente écoles et trente communautés de deux districts d’Aceh.

Des milliers de personnes bénéficieront de cette assistance qui leur permettra de se remettre petit à petit du choc causé par la tragédie de décembre 2004. Avec le temps, beaucoup d’enfants et de jeunes gens comme Rohil pourront s’exprimer par d’autres moyens que leur seul regard.

Rohil Al Azizah, rescapée du tsunami, se remet peu à peu du traumatisme causé par la perte de son père et de sa petite soeur. Photo: Fédération internationale (p12995)
Rohil Al Azizah, rescapée du tsunami, se remet peu à peu du traumatisme causé par la perte de son père et de sa petite soeur. Photo: Fédération internationale (p12995)

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Une jeune rescapée du tsunami prépare des confiseries dans un pensionnat pour jeunes filles près de Banda Aceh. Les équipes de soutien psychosocial de la Croix-Rouge américaine et du Croissant-Rouge turc ont mis en place un large éventail d’activités comme celle-ci afin d’aider les enfants à exprimer leurs sentiments et à surmonter leur chagrin et leur stress. Photo: Fédération internationale (p12996)
Une jeune rescapée du tsunami prépare des confiseries dans un pensionnat pour jeunes filles près de Banda Aceh. Les équipes de soutien psychosocial de la Croix-Rouge américaine et du Croissant-Rouge turc ont mis en place un large éventail d’activités comme celle-ci afin d’aider les enfants à exprimer leurs sentiments et à surmonter leur chagrin et leur stress. Photo: Fédération internationale (p12996)

Sujarta Bordoloi, de la Croix-Rouge indonésienne, remet des livres à la directrice d’un orphelinat de filles près de Banda Aceh. Photo: Fédération internationale (p12997)
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Ces volontaires ont été formés au soutien psychologique dans le cadre d’un programme conjoint de la Croix-Rouge indonésienne, de la Croix-Rouge américaine et du Croissant-Rouge turc à Aceh. Photo: Fédération internationale (p12998)
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