“Je
vous souhaite de nombreuses années de bonheur dans votre
nouveau foyer”, déclare Robert Tickner, directeur
de la Croix-Rouge australienne, en remettant à Joshua,
sa femme Rosinta et leurs trois enfants la clé de leur
maison à Sirombu. Bâti sur une étroite langue
de terre de la côte sud-ouest de l’île de
Nias, leur ancien village avait été dévasté
par les raz-de-marée du 26 décembre dernier, comme
beaucoup d’autres communautés du littoral.
Le tsunami avait fait quelque 300 morts et causé d’énormes
dommages matériels à Nias, située au large
de la côte occidentale de Sumatra. Ce jour-là,
Joshua et les siens avaient eu de la chance, toutefois: la maison
familiale avait résisté aux assauts des vagues
en furie, ne subissant que des dégâts mineurs.
Mais le pire était à venir. En mars, une réplique
d’une magnitude de 8,7 sur l’échelle de Richter
a ébranlé l’île, détruisant
églises, écoles, boutiques et autres édifices.
Des communautés entières ont été
anéanties.
A travers toute l’île, les routes ravagées
témoignent encore de la puissance dévastatrice
du séisme. Semées de nids-de-poule géants,
ravinées et défoncées, elles ressemblent
plutôt à des pistes de fortune ou à des
lits de rivière asséchés. De part et d’autre
de ces chaussées étroites et tortueuses, des familles
campent à l’abri de bâches en plastique bleu
ou sous des tentes montées à côté
des ruines de leurs maisons – dons d’organismes
d’assistance qui n’étaient destinés
qu’à un usage très provisoire.
Selon les Nations unies, le séisme de mars a fait plus
de 1000 morts et des centaines de familles de sans-abri, parmi
lesquelles celle de Joshua. Déjà affaiblis par
le tsunami, les bâtiments se sont effondrés comme
des châteaux de cartes. Joshua était chez lui quand
cette seconde catastrophe a réduit sa maison en un amas
informe de ciment, de verre brisé et de bois. “Perdre
notre maison a été très dur”, raconte-t-il,
“mais, grâce à Dieu, nous étions tous
sains et saufs.”
Répugnant à quitter les lieux, la famille a campé
trois mois durant sur une parcelle d’herbe et de terre
à côté de la maison en ruine. Aujourd’hui,
enfin, Joshua et les siens vont pouvoir commencer véritablement
à reconstruire leurs existences, comme d’autres
sinistrés. Avec le soutien de la Fondation Zero to One,
la Croix-Rouge australienne a en effet aidé à
construire sur l’île de Nias de 254 maisons, neuf
ponts, deux écoles, trois stations de traitement de l’eau
et un centre de premiers secours, dans le cadre d’un projet
d’une valeur de 600 000 dollars australiens.
La famille de Joshua a été la première
a emménager dans son nouveau foyer. Au cours des mois
à venir, des centaines d’autres bénéficiaires
s’installeront dans ces logements bâtis grâce
aux dons collectés par la Croix-Rouge parmi la population
australienne. Beaucoup de maisons restent à construire,
mais leurs fondations sont déjà bien visibles
sur le terrain verdoyant choisi à proximité de
l’ancien village. Au regard des standards occidentaux,
ces demeures peuvent sembler bien modestes, mais, pour la communauté
locale, leur valeur est inestimable.
“Je suis originaire de Sirombu”, confie Fona Marundrury,
en sueur sous le soleil implacable de midi. Courtier de bourse
à Jakarta, cet homme de 39 ans est un membre hautement
respecté de la communauté. Lorsqu’un cousin
lui a téléphoné pour l’informer que
Nias avait été frappée par le tsunami,
il s’est précipité sur l’île
pour aider les sinistrés. “J’ai été
vraiment inquiet quand j’ai appris la nouvelle”,
raconte-t-il. “Je n’arrivais pas à savoir
ce qui était arrivé aux miens. Personne ne pouvait
me renseigner. La seule chose à faire était donc
de venir sur place.”
Fona s’est envolé pour Nias dès le 27 décembre.
A l’aéroport de Binaka, sur la côte orientale
de l’île, il a loué une motocyclette et roulé
trois heures durant pour franchir les 50 kilomètres qui
le séparaient de Sirombu. Il était une des premières
personnes à atteindre la communauté sinistrée.
Ce qu’il y a découvert l’a bouleversé.
La plupart des maisons étaient détruites. Par
bonheur, le bilan humain a été moins grave qu’on
aurait pu le craindre: moins de quarante morts dans le village.
“Sirombu est bâti sur une langue de terre très
étroite, ce qui fait qu’il a été
pris en étau par les vagues. La péninsule avait
pratiquement disparu sous les eaux. Le village a été
un des plus durement touchés de l’île”,
rapporte Fona.
Le projet de construction de logements de la Croix-Rouge australienne
à Sirombu est une des plus belles réussites de
l’opération tsunami à ce jour. Trois mois
seulement après la fin de la phase d’urgence, des
familles de sans-abri ont déjà pu emménager
dans leurs nouvelles maisons. Pour en arriver là, il
a d’abord fallu mener à bien un processus intensif
de planification et de consultation communautaire. Avant de
poser la moindre pierre, la Croix-Rouge et la Fondation Zero
to One ont mené des discussions approfondies avec les
chefs locaux afin de préciser les besoins particuliers
de la population en matière de logement.
Installés sur les bancs à moitié cassés
d’une église privée de son toit par le tremblement
de terre, anciens, notables et chefs de famille ont longuement
palabré. Selon Fona, quelque 200 familles ont participé
au processus. “Il y avait de nombreuses questions à
débattre”, raconte-t-il. “Voulait-on des
maisons en bois, ou en maçonnerie? Etait-on d’accord
pour construire à distance des routes et de l’océan?
Est-ce que le modèle d’habitation proposé
convenait aux intéressés? La consultation a été
très positive.”
Les impératifs professionnels ont contraint Fona à
s’absenter plus souvent qu’il ne l’aurait
voulu. Mais, chaque week-end, durant les six derniers mois,
il s’est imposé le long et pénible voyage
depuis Jakarta afin de participer aux efforts. Il est particulièrement
fier d’avoir pu contribuer à la rénovation
de la maison de son enfance. “Je suis très heureux
d’être ici et de prendre part au travail. Et je
remercie Dieu pour l’aide que nous a apporté la
Croix-Rouge”, commente-t-il.
De l’autre côté de la route, Rosinta et ses
trois enfants – Joshua, 11 ans, Ekwivalen, 7 ans, et Obina,
5 ans – ne se lassent pas d’admirer leur nouvelle
maison. Tout le voisinage est venu leur souhaiter la bienvenue
et il y a foule dans la pièce principale, où on
a servi le thé, le poulet et le riz.
Le projet ne sera pas achevé avant quelques mois. De
nombreuses familles de Sirombu devront supporter un peu plus
longtemps l’incommodité des abris temporaires,
mais, bientôt, toutes seront enfin relogées. “Cela
signifie beaucoup pour nous tous de retrouver un endroit que
nous pouvons appeler notre foyer”, conclut Joshua, retenant
à grand peine ses larmes.
|
 |
 |
|
Robert
Tickner, directeur de la Croix-Rouge australienne, remet
à Joshua et à Rosinta la clef de leur nouvelle
maison dans le village de Sirombu. Affaiblie par le séisme
et le tsunami du 26 décembre, leur ancienne demeure
n’avait pas résisté au violent tremblement
de terre qui a frappé l’île de Nias
en mars 2005. Photo: Fédération internationale
(p13030)
|
|
|
|
|
 |
|
Courtier
de bourse à Jakarta, Fona Marundrury revient chaque
week-end dans son village natal de Sirombu pour aider
les membres de sa communauté durement éprouvée.
Photo: Fédération internationale (p13031)
|
|
 |
|
Les
travaux se poursuivent à Nias, où la Croix-Rouge
australienne et la Fondation Zero to One construisent
254 maisons d’habitation, neuf ponts, deux écoles,
trois stations de traitement de l’eau et un centre
de premiers secours. Photo: Fédération internationale
(p13032)
|
|