Quand
le raz-de-marée s’est jeté sur la côte,
la maison de Gunasana, située à une cinquantaine
de mètres du rivage, a été balayée,
tout comme sa barque de pêche. Par miracle, les six membres
de la famille ont survécu. Réfugiés dans
un temple bouddhiste voisin, ils ont passé deux mois
sous tente avant d’être transférés
dans un camp administré par la Solideal Loadstar Rehabilitation
Trust (SLRT), une ONG locale dirigée par le consul de
Belgique.
L’existence a maintenant repris un cours à peu
près normal. Les deux filles de Gunasana vont chaque
jour à l’école et sa femme gagne un peu
d’argent grâce à ses travaux de broderie.
Mais, privé de bateau, Gunasana est obligé d’acheter
le poisson à des pêcheurs locaux pour compléter
les maigres revenus familiaux. Chaque matin, il parcourt d’un
bout à l’autre la route principale sur sa moto
afin de revendre les prises de ses confrères.
Installé à quelques kilomètres de la ville
de Weligama, dans le district méridional de Matara, le
camp héberge 248 rescapés du tsunami. Composé
d’alignements de huttes identiques, il a été
aménagé sur une parcelle mise à disposition
par le gouvernement. Aujourd’hui, une délégation
de la Croix-Rouge de Belgique est venue en compagnie de collègues
de la Croix-Rouge du Sri Lanka pour célébrer la
pose des fondations de la première maison permanente
qui sera érigée sur ce site.
L’incertitude qui entoure l’avenir des familles
comme celle de Gunasana est peut-être bientôt terminée.
Pour l’heure, sous les regards attentifs des résidents
du camp, Peter Ophoff, coordinateur des programmes de la section
flamande de la Croix-Rouge de Belgique au Sri Lanka, s’avance
avec Birgit Vaes, déléguée en charge de
la construction, afin d’allumer la lampe à huile
de cérémonie. La première pierre est posée
à 10 heures et 58 minutes exactement, l’instant
jugé le plus propice par les moines qui entonnent simultanément
le Sethpirith, la bénédiction traditionnelle du
rite bouddhiste.
Après la cérémonie, Peter et Birgit se
mêlent aux habitants du camp afin de discuter avec eux
du projet de construction. “Il est essentiel de les associer
le plus étroitement possible au processus et de tenir
compte de leurs exigences”, explique Peter, qui travaille
depuis une douzaine d’années à la Croix-Rouge
internationale, pour laquelle il a effectué une multitude
de missions en Afrique et en Asie. “Aujourd’hui”,
poursuit-il, “nous avons découvert que les résidents
de ce camp, qui regroupe des sinistrés de quatre villages
différents, ont tissé de tels liens de solidarité
qu’ils ne veulent pas se séparer. Nous sommes parfaitement
conscients que nous ne construisons pas simplement des maisons,
mais une communauté.”
Après le tsunami, le gouvernement du Sri Lanka a établi
une zone tampon d’une centaine de mètres de profondeur
tout le long de la côte méridionale du pays. Du
coup, il fallait trouver de nouvelles parcelles afin de bâtir
quelque 34 000 maisons à l’intention des familles
qui, comme celle de Gunasana, ne pourront pas se réinstaller
sur leurs anciennes terres. L’équipe de la section
flamande de la Croix-Rouge de Belgique s’en remet aux
autorités locales du soin de dresser la liste des familles
qui emménageront dans les premières maisons. Il
semble bien, hélas, que certains résidents du
camp de Weligama devront se résoudre à se réinstaller
ailleurs, la superficie du site n’autorisant la construction
que de 36 habitations permanentes.
Quoi qu’il en soit, avant le commencement des travaux,
tous seront provisoirement relogés dans un camp voisin
également administré par la SLRT. Des ingénieurs
consultants examineront alors le site et finaliseront les plans,
puis on bâtira une maison-témoin qui devrait être
achevée d’ici le mois d’octobre. Dans le
même temps, on procédera à des appels d’offres
en vue de sélectionner les entreprises auxquelles sera
confiée la réalisation des travaux sur la base
des devis présentés.
Pour Brigit, il s’agit de la première mission à
l’étranger pour le compte de la section flamande
de la Croix-Rouge de Belgique. Le changement est radical par
rapport à son activité habituelle à Anvers,
où elle travaille comme architecte dans le cadre de projets
à grande échelle tels que résidences médicalisées
pour personnes âgées, reconstruction d’hôpitaux
ou logements sociaux. “Ce n’est pas tant le travail
qui change que l’environnement. Ici, les choses avancent
à un rythme plus lent. Je pensais que ce serait difficile
pour une femme de s’intégrer au milieu de la construction
dans ce pays, mais on me traite sensiblement de la même
façon qu’en Belgique.”
La section flamande de la Croix-Rouge de Belgique a établi
un budget de quatre millions d’euros pour son programme
de construction et de relogement au Sri Lanka, lequel s’étendra
à quatre autres sites dans le secteur de Weligama et
à deux autres sites situés à Dikwella,
au sud de la ville de Matara. En plus des maisons particulières,
son équipe reconstruira l’hôpital de district
de Weligama ainsi qu’un dispensaire dans le village de
Mirissa, à quelque kilomètres plus au sud, pour
un montant total d’environ 500 000 euros. La section flamande
a par ailleurs alloué un montant de 1 750 000 euros à
un programme de construction administré par la section
francophone de la Croix-Rouge de Belgique, qui opère
plus au nord dans les agglomérations côtières
de Beruwala et Kalutara.
Huit mois après la tragédie, la reconstruction
a enfin pris son rythme de croisière. “Durant les
premiers mois, la priorité pour la Croix-Rouge a consisté
à assurer des services de santé et à distribuer
des matériaux pour l’aménagement d’abris
provisoires et des ustensiles ménagers aux sinistrés
qui avaient tout perdu dans la catastrophe”, commente
Peter. “Pour ce qui est de la reconstruction, nous sommes
étroitement dépendants du gouvernement qui est
responsable de la distribution des parcelles. Mais, depuis qu’on
nous a attribué les premiers sites au mois de juillet,
les choses sont allées très rapidement.”
La section flamande de la Croix-Rouge de Belgique prévoit
de bâtir environ 300 habitations dans le cadre élargi
des programmes de reconstruction coordonnés par la Fédération
internationale des Sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge, lesquels portent sur un total de près
de 15 000 maisons.
|
 |
 |
|
Á
10.58 précises, les pierres de fondations sont
coulées dans le ciment.
Photo: Patrick Fuller/Fédération internationale
(p13231)
|
|
|
|
|
 |
|
Les
refuges temporaires en bois sont simples mais propres.
Photo: Patrick Fuller/Fédération internationale
(p13232)
|
|
 |
|
L'incertitude
qui frappe les populations vivant dans les refuges temporaires
arrivera bientôt à terme.
Photo: Patrick Fuller/Fédération internationale
(p13234)
|
|
 |
|
Peter
Ophoff de la Croix-Rouge de Belgique - Flandres sait qu'en
consultant les populations locales, le résultat
sera une meilleure habitation permanente.
Photo: Patrick Fuller/Fédération internationale
(p13235)
|
|
 |
|
Les
familles vivant dans les refuges temporaires sont contentes
que les projets de reconstruction suivent leur cours.
Photo: Patrick Fuller/Fédération internationale
(p13237)
|
|