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Pose des fondations à Matara
7 septembre 2005
par Patrick Fuller au Sri Lanka
Quand le raz-de-marée s’est jeté sur la côte, la maison de Gunasana, située à une cinquantaine de mètres du rivage, a été balayée, tout comme sa barque de pêche. Par miracle, les six membres de la famille ont survécu. Réfugiés dans un temple bouddhiste voisin, ils ont passé deux mois sous tente avant d’être transférés dans un camp administré par la Solideal Loadstar Rehabilitation Trust (SLRT), une ONG locale dirigée par le consul de Belgique.

L’existence a maintenant repris un cours à peu près normal. Les deux filles de Gunasana vont chaque jour à l’école et sa femme gagne un peu d’argent grâce à ses travaux de broderie. Mais, privé de bateau, Gunasana est obligé d’acheter le poisson à des pêcheurs locaux pour compléter les maigres revenus familiaux. Chaque matin, il parcourt d’un bout à l’autre la route principale sur sa moto afin de revendre les prises de ses confrères.

Installé à quelques kilomètres de la ville de Weligama, dans le district méridional de Matara, le camp héberge 248 rescapés du tsunami. Composé d’alignements de huttes identiques, il a été aménagé sur une parcelle mise à disposition par le gouvernement. Aujourd’hui, une délégation de la Croix-Rouge de Belgique est venue en compagnie de collègues de la Croix-Rouge du Sri Lanka pour célébrer la pose des fondations de la première maison permanente qui sera érigée sur ce site.

L’incertitude qui entoure l’avenir des familles comme celle de Gunasana est peut-être bientôt terminée. Pour l’heure, sous les regards attentifs des résidents du camp, Peter Ophoff, coordinateur des programmes de la section flamande de la Croix-Rouge de Belgique au Sri Lanka, s’avance avec Birgit Vaes, déléguée en charge de la construction, afin d’allumer la lampe à huile de cérémonie. La première pierre est posée à 10 heures et 58 minutes exactement, l’instant jugé le plus propice par les moines qui entonnent simultanément le Sethpirith, la bénédiction traditionnelle du rite bouddhiste.

Après la cérémonie, Peter et Birgit se mêlent aux habitants du camp afin de discuter avec eux du projet de construction. “Il est essentiel de les associer le plus étroitement possible au processus et de tenir compte de leurs exigences”, explique Peter, qui travaille depuis une douzaine d’années à la Croix-Rouge internationale, pour laquelle il a effectué une multitude de missions en Afrique et en Asie. “Aujourd’hui”, poursuit-il, “nous avons découvert que les résidents de ce camp, qui regroupe des sinistrés de quatre villages différents, ont tissé de tels liens de solidarité qu’ils ne veulent pas se séparer. Nous sommes parfaitement conscients que nous ne construisons pas simplement des maisons, mais une communauté.”

Après le tsunami, le gouvernement du Sri Lanka a établi une zone tampon d’une centaine de mètres de profondeur tout le long de la côte méridionale du pays. Du coup, il fallait trouver de nouvelles parcelles afin de bâtir quelque 34 000 maisons à l’intention des familles qui, comme celle de Gunasana, ne pourront pas se réinstaller sur leurs anciennes terres. L’équipe de la section flamande de la Croix-Rouge de Belgique s’en remet aux autorités locales du soin de dresser la liste des familles qui emménageront dans les premières maisons. Il semble bien, hélas, que certains résidents du camp de Weligama devront se résoudre à se réinstaller ailleurs, la superficie du site n’autorisant la construction que de 36 habitations permanentes.

Quoi qu’il en soit, avant le commencement des travaux, tous seront provisoirement relogés dans un camp voisin également administré par la SLRT. Des ingénieurs consultants examineront alors le site et finaliseront les plans, puis on bâtira une maison-témoin qui devrait être achevée d’ici le mois d’octobre. Dans le même temps, on procédera à des appels d’offres en vue de sélectionner les entreprises auxquelles sera confiée la réalisation des travaux sur la base des devis présentés.

Pour Brigit, il s’agit de la première mission à l’étranger pour le compte de la section flamande de la Croix-Rouge de Belgique. Le changement est radical par rapport à son activité habituelle à Anvers, où elle travaille comme architecte dans le cadre de projets à grande échelle tels que résidences médicalisées pour personnes âgées, reconstruction d’hôpitaux ou logements sociaux. “Ce n’est pas tant le travail qui change que l’environnement. Ici, les choses avancent à un rythme plus lent. Je pensais que ce serait difficile pour une femme de s’intégrer au milieu de la construction dans ce pays, mais on me traite sensiblement de la même façon qu’en Belgique.”

La section flamande de la Croix-Rouge de Belgique a établi un budget de quatre millions d’euros pour son programme de construction et de relogement au Sri Lanka, lequel s’étendra à quatre autres sites dans le secteur de Weligama et à deux autres sites situés à Dikwella, au sud de la ville de Matara. En plus des maisons particulières, son équipe reconstruira l’hôpital de district de Weligama ainsi qu’un dispensaire dans le village de Mirissa, à quelque kilomètres plus au sud, pour un montant total d’environ 500 000 euros. La section flamande a par ailleurs alloué un montant de 1 750 000 euros à un programme de construction administré par la section francophone de la Croix-Rouge de Belgique, qui opère plus au nord dans les agglomérations côtières de Beruwala et Kalutara.

Huit mois après la tragédie, la reconstruction a enfin pris son rythme de croisière. “Durant les premiers mois, la priorité pour la Croix-Rouge a consisté à assurer des services de santé et à distribuer des matériaux pour l’aménagement d’abris provisoires et des ustensiles ménagers aux sinistrés qui avaient tout perdu dans la catastrophe”, commente Peter. “Pour ce qui est de la reconstruction, nous sommes étroitement dépendants du gouvernement qui est responsable de la distribution des parcelles. Mais, depuis qu’on nous a attribué les premiers sites au mois de juillet, les choses sont allées très rapidement.”

La section flamande de la Croix-Rouge de Belgique prévoit de bâtir environ 300 habitations dans le cadre élargi des programmes de reconstruction coordonnés par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, lesquels portent sur un total de près de 15 000 maisons.

Á 10.58 précises, les pierres de fondations sont coulées dans le ciment.
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Photo: Patrick Fuller/Fédération internationale (p13231)

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