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La Croix-Rouge fournit de nouvelles tentes aux rescapés du tsunami exposés aux pluies de mousson
30 septembre de 2005
Par Maude Froberg à Meulaboh, Indonésie
Photos de Thorkell Thorkelsson
Les averses nocturnes sont monnaie courante dans cette région tropicale. Tout d’abord, on les entend à peine, puis, soudain, c’est un véritable déchaînement de violence. Irawati, 25 ans, est brutalement réveillée par les trombes d’eau qui s’abattent sur sa tente au camp de Tanjung Harapan, à Meulaboh (Sumatra occidental). Incapable de se rendormir, elle scrute l’obscurité, en proie à une anxiété croissante.

L’expérience du tsunami l’a profondément marquée, mais, par chance, son mari et leurs deux enfants ont tous survécu. Parfois, elle en éprouve une immense gratitude, sachant combien de malheureux ont vu leur existence brisée par la catastrophe. Néanmoins, les épreuves sont loin d’être terminées et Irawati ne parvient pas toujours à chasser l’inquiétude qui la hante.

Bien entendu, elle rêve d’une nouvelle maison, comme tous les résidents du camp qui héberge essentiellement des pêcheurs et des marchands de poisson, mais elle est bien consciente que le problème le plus pressant est l’état de délabrement de la tente qui abrite provisoirement la famille. Peu à peu, en effet, des trous apparaissent dans la toile dont les coutures commencent à céder par endroits. Que se passera-t-il quand la pluie se mettra à tomber sans répit?

Heureusement pour les familles qui partagent le sort de celle d’Irawati, la Croix-Rouge n’a pas attendu pour s’attaquer au problème.

A quelques kilomètres de là, ce même jour, trois volontaires de la Croix-Rouge indonésienne s’activent à sortir d’un entrepôt une cinquantaine de robustes tentes familiales et à les charger sur un camion tout terrain. Lorsque le travail est achevé, Saifuddin s’assure qu’il a bien tous les documents nécessaires pour la distribution, puis il engage précautionneusement le lourd véhicule à travers les rues encombrées de Meulaboh.

Rien de particulier ne signale le camion à l’attention de l’observateur non informé. Pourtant, il participe à une véritable course contre la montre, la mousson étant maintenant imminente. Face à cette menace, la Croix-Rouge indonésienne et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont entrepris de remplacer quelque 27 000 tentes usagées, partout où c’est nécessaire. Les besoins ne manquent pas. Neuf mois après le tsunami, plus de 150 000 sinistrés d’Aceh vivent toujours dans des abris provisoires.

“La situation est très sérieuse. Bien que ni la Croix-Rouge indonésienne, ni la Fédération internationale n’administrent de camps, nous nous faisons un devoir d’assister tous ceux qui y résident”, souligne Nazri Zakaria. Délégué secours à la Fédération internationale, Nazri attend l’arrivée du camion aux côtés du chef du camp de Tanjung Harapan, sous les regards attentifs de six femmes assises sous une tente. D’âges et d’apparences très diverses, ces dernières ont en commun d’être toutes veuves et confrontées de ce fait à une situation particulièrement difficile.

Omallah Keumala essaie de s’en sortir en confectionnant des lignes pour la pêche. Délicatement, elle saisit un appât bleu, l’unit à un bout de fil de nylon, puis colle ensemble les deux pièces en les tenant quelques secondes sur la flamme d’une bougie. Après s’être assurée que l’assemblage est satisfaisant, elle le dépose parmi la pile d’articles qu’elle ira vendra au marché, une activité qui lui rapporte environ 20 000 roupies (2 dollars) par semaine.

“C’est mon seul revenu régulier”, explique-t-elle tout en s’emparant d’une autre ligne. Cependant que les adultes s’efforcent de recoller tant bien que mal les morceaux de leurs existences ravagées par le tsunami, les enfants du camp s’évadent à leur façon de la misère ordinaire du camp.

“Je voudrais être une star de cinéma”, confesse Dek Joul, 8 ans, avec un timide sourire. Mais peut-être son rêve n’est-il pas totalement déraisonnable: elle interprète déjà le rôle-titre de la princesse dans la Ranueb Lampuan Dance, un gracieux spectacle donné au milieu de la route étroite et poussiéreuse qui traverse le camp.

Cependant que se poursuit la représentation, Ramlah, 60 ans, progresse doucement parmi la foule compacte. Son corps se ressent encore cruellement des chocs subis quand elle fut ballottée sous les eaux durant d’interminables minutes ce funeste 26 décembre 2004. Quoi qu’il en soit, elle n’a pas besoin de ses douleurs physiques pour se rappeler le jour où sa famille entière a été décimée.

Pour l’heure, Ramlah se dirige vers le site de distribution afin d’y recevoir une nouvelle tente – une maigre consolation dans la litanie de ses jours empreints de chagrin et de solitude. Comme elle le déclare avec une grande franchise: “Je n’ai rien, tout ce qu’on me donne est bon à prendre. Le choix est entièrement vôtre.”

Au moins Ramlah bénéficiera-t-elle d’un minimum de confort durant la longue saison de mousson, tout comme Irawati et sa famille.



Les tentes qui abritent depuis de nombreux mois les rescapés du tsunami montrent des signes de fatigue. Peu à peu, des trous apparaissent dans la toile dont les coutures commencent à céder par endroits.
Les tentes qui abritent depuis de nombreux mois les rescapés du tsunami montrent des signes de fatigue. Peu à peu, des trous apparaissent dans la toile dont les coutures commencent à céder par endroits.
Photo: Þorkell Þorkelsson/Fédération internationale (p13316)

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Trois volontaires de la Croix-Rouge indonésienne déchargent d'un camion tout terrain une cinquantaine de robustes tentes destinées aux familles les plus démunies du camp de Tanjung Harapan, à Meulaboh.
Trois volontaires de la Croix-Rouge indonésienne déchargent d’un camion tout terrain une cinquantaine de robustes tentes destinées aux familles les plus démunies du camp de Tanjung Harapan, à Meulaboh.
Photo: Þorkell Þorkelsson/Fédération internationale (p13312)

Avant de démarrer, Saifuddin s'assure qu'il a bien tous les documents nécessaires pour la distribution. La Croix-Rouge indonésienne et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont entrepris de remplacer quelque 27 000 tentes usagées, partout où c'est nécessaire. Les besoins ne manquent pas.
Avant de démarrer, Saifuddin s’assure qu’il a bien tous les documents nécessaires pour la distribution. La Croix-Rouge indonésienne et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont entrepris de remplacer quelque 27 000 tentes usagées, partout où c’est nécessaire. Les besoins ne manquent pas.
Photo: Þorkell Þorkelsson/Fédération internationale (p13317)

Neuf mois après le tsunami, plus de 150 000 sinistrés d’Aceh vivent toujours dans des abris provisoires.
Neuf mois après le tsunami, plus de 150 000 sinistrés d’Aceh vivent toujours dans des abris provisoires.
Photo: Þorkell Þorkelsson/Fédération internationale (p13315)

Ramlah, 60 ans, est une des nombreuses personnes qui ont perdu toute leur famille dans le tsunami. Elle se dirige présentement vers le point de distribution afin d’y recevoir une nouvelle tente, maigre consolation dans la litanie de ses jours empreints de chagrin et de solitude.
Ramlah, 60 ans, est une des nombreuses personnes qui ont perdu toute leur famille dans le tsunami. Elle se dirige présentement vers le point de distribution afin d’y recevoir une nouvelle tente, maigre consolation dans la litanie de ses jours empreints de chagrin et de solitude.
Photo: Þorkell Þorkelsson/Fédération internationale (p13318)

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