Il
reste peu de chose du village de Shamlai, perdu dans les montagnes
de la région de Batagram, au nord du Pakistan. “Nous
n’avons pas l’électricité et le téléphone
est coupé, nous n’avons aucun moyen de faire savoir
ce dont nous avons besoin”, note Shahd Mohammed, nasim
(chef élu) des communautés de Shamlai et Bansaib.
La route est abrupte et étroite, et il faut slalomer
parmi les rochers et les pierres qui encombrent la chaussée.
Dans notre lente progression, nous avons déjà
traversé deux villages – Bansaib et Jesil. Shamlai
est le dernier.
Le bilan provisoire dans les communautés de Shamlai et
Bansaib est de 172 morts et 6000 blessés, dont la moitié
dans un état grave. “Il y a beaucoup d’enfants
parmi les victimes”, déclare Shahd Mohammed. Comme
dans de nombreuses autres localités, l’école
a subi de plein fouet l’impact du tremblement de terre
ce samedi matin, peu avant neuf heures. “Nous n’avons
pas encore un tableau complet de la situation”, poursuit
le chef local. “Le nombre des morts sera sans doute supérieur.”
La Fédération internationale s’emploie à
évaluer les dommages et les besoins à Batagram
et dans ses environs. Jusqu’au jour de notre arrivée,
Shamlai était inaccessible par la route, et de violentes
pluies nocturnes ont rendu le trajet extrêmement difficile.
“Ce qui nous inquiète aussi, c’est que nous
avons perdu une grande partie de notre bétail. Les carcasses
qui gisent un peu partout risquent de causer de sérieux
problèmes sanitaires.” Toutefois, malgré
la perte de nombreux animaux, les habitants n’ont pas
besoin d’aide alimentaire dans l’immédiat,
précise Shahd Mohammed en désignant d’un
geste de la main les petits champs de maïs qui entourent
le village.
Shamlai n’a jamais connu de problème d’approvisionnement
en eau, un torrent alimentant toute l’année l’agglomération
depuis le sommet des montagnes voisines. Mais, depuis la catastrophe,
l’eau est troublée par des débris.
Pendant que nous discutions avec le nasim, une foule s’est
assemblée autour d’Ali, secrétaire de la
section du Croissant-Rouge des provinces de la Frontière
du Nord-Ouest, de mon collègue japonais, le docteur Yabumoto,
et de moi-même. Constatant que nous sommes entourés
exclusivement d’hommes et d’enfants – en grande
majorité des garçons –, je demande à
parler avec une femme.
Aussitôt, on m’entraîne vers les vestiges
du village. Nous franchissons des trous profonds creusés
dans le sol, escaladons des amas de décombres et de rochers.
L’agglomération a été détruite
à 70 pour 100, m’informe-t-on.
Sous un toit de fortune, une femme est assise. Elle s’appelle
Shagusta. “Nous avons désespérément
besoin d’abris”, me dit-elle. “Nous n’avons
plus rien, tout a été détruit et les nuits
sont glaciales. Nous sommes extrêmement inquiets de ce
qui va advenir de nous quand l’hiver se sera vraiment
installé”. De fait, la température peut
atteindre ici six degrés en dessous de zéro.
Quitter le village pour la ville voisine n’est pas une
solution, car d’immenses parties de Batagram sont également
sinistrées et l’hôpital a été
entièrement balayé par le séisme. Pour
le moment, les blessés sont soignés dans une clinique
de fortune. De nombreux médecins pakistanais sont venus
de tous les coins du pays pour offrir leurs services.
“Pour le moment, nous nous en sortons à peu près,
bien que nous n’arrivions pas à traiter tous les
blessés”, explique Khar Baihadayr, chirurgien.
“Nous devons transférer les cas les plus graves
vers les hôpitaux des grandes villes. Heureusement, nous
disposons pour cela d’hélicoptères.”
Dans le quartier dévasté, certains édifices
sont encore debout. Abdul Rashid, qui était employé
à l’hôpital, s’est installé
avec sa famille dans la cour de l’un d’eux. “Nous
n’osons plus dormir à l’intérieur,
alors nous avons sorti nos matelas et nous dormons à
ciel ouvert”, explique-t-il.
“Mais que faites-vous lorsqu’il pleut?”, demandé-je.
“Nous nous réfugions sous le toit de la galerie
en attendant que ça cesse”, me répond Abdul,
pour qui un abri constitue également la première
des priorités. “On peut acheter des matériaux
de construction sur place, mais nous ne parviendrons pas à
terminer les travaux avant l’arrivée de l’hiver”,
observe-t-il avec fatalisme.
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Ali,
secrétaire de la section du Croissant-Rouge des
provinces de la Frontière du Nord-Ouest et le docteur
Yabumotons. (p13384)
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Pour
le moment, les blessés sont soignés dans
une clinique de fortune. (p13385)
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Shamlai
n’a jamais connu de problème d’approvisionnement
en eau, un torrent alimentant toute l’année
l’agglomération depuis le sommet des montagnes
voisines. Mais, depuis la catastrophe, l’eau est
troublée par des débris. (p13386)
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