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Les souffrances de Shamlai
17 octobre 2005
Yrsa Grüne à Shamlai, Pakistan
Il reste peu de chose du village de Shamlai, perdu dans les montagnes de la région de Batagram, au nord du Pakistan. “Nous n’avons pas l’électricité et le téléphone est coupé, nous n’avons aucun moyen de faire savoir ce dont nous avons besoin”, note Shahd Mohammed, nasim (chef élu) des communautés de Shamlai et Bansaib.

La route est abrupte et étroite, et il faut slalomer parmi les rochers et les pierres qui encombrent la chaussée. Dans notre lente progression, nous avons déjà traversé deux villages – Bansaib et Jesil. Shamlai est le dernier.

Le bilan provisoire dans les communautés de Shamlai et Bansaib est de 172 morts et 6000 blessés, dont la moitié dans un état grave. “Il y a beaucoup d’enfants parmi les victimes”, déclare Shahd Mohammed. Comme dans de nombreuses autres localités, l’école a subi de plein fouet l’impact du tremblement de terre ce samedi matin, peu avant neuf heures. “Nous n’avons pas encore un tableau complet de la situation”, poursuit le chef local. “Le nombre des morts sera sans doute supérieur.”

La Fédération internationale s’emploie à évaluer les dommages et les besoins à Batagram et dans ses environs. Jusqu’au jour de notre arrivée, Shamlai était inaccessible par la route, et de violentes pluies nocturnes ont rendu le trajet extrêmement difficile.

“Ce qui nous inquiète aussi, c’est que nous avons perdu une grande partie de notre bétail. Les carcasses qui gisent un peu partout risquent de causer de sérieux problèmes sanitaires.” Toutefois, malgré la perte de nombreux animaux, les habitants n’ont pas besoin d’aide alimentaire dans l’immédiat, précise Shahd Mohammed en désignant d’un geste de la main les petits champs de maïs qui entourent le village.

Shamlai n’a jamais connu de problème d’approvisionnement en eau, un torrent alimentant toute l’année l’agglomération depuis le sommet des montagnes voisines. Mais, depuis la catastrophe, l’eau est troublée par des débris.

Pendant que nous discutions avec le nasim, une foule s’est assemblée autour d’Ali, secrétaire de la section du Croissant-Rouge des provinces de la Frontière du Nord-Ouest, de mon collègue japonais, le docteur Yabumoto, et de moi-même. Constatant que nous sommes entourés exclusivement d’hommes et d’enfants – en grande majorité des garçons –, je demande à parler avec une femme.

Aussitôt, on m’entraîne vers les vestiges du village. Nous franchissons des trous profonds creusés dans le sol, escaladons des amas de décombres et de rochers. L’agglomération a été détruite à 70 pour 100, m’informe-t-on.

Sous un toit de fortune, une femme est assise. Elle s’appelle Shagusta. “Nous avons désespérément besoin d’abris”, me dit-elle. “Nous n’avons plus rien, tout a été détruit et les nuits sont glaciales. Nous sommes extrêmement inquiets de ce qui va advenir de nous quand l’hiver se sera vraiment installé”. De fait, la température peut atteindre ici six degrés en dessous de zéro.

Quitter le village pour la ville voisine n’est pas une solution, car d’immenses parties de Batagram sont également sinistrées et l’hôpital a été entièrement balayé par le séisme. Pour le moment, les blessés sont soignés dans une clinique de fortune. De nombreux médecins pakistanais sont venus de tous les coins du pays pour offrir leurs services.

“Pour le moment, nous nous en sortons à peu près, bien que nous n’arrivions pas à traiter tous les blessés”, explique Khar Baihadayr, chirurgien.

“Nous devons transférer les cas les plus graves vers les hôpitaux des grandes villes. Heureusement, nous disposons pour cela d’hélicoptères.”

Dans le quartier dévasté, certains édifices sont encore debout. Abdul Rashid, qui était employé à l’hôpital, s’est installé avec sa famille dans la cour de l’un d’eux. “Nous n’osons plus dormir à l’intérieur, alors nous avons sorti nos matelas et nous dormons à ciel ouvert”, explique-t-il.

“Mais que faites-vous lorsqu’il pleut?”, demandé-je.

“Nous nous réfugions sous le toit de la galerie en attendant que ça cesse”, me répond Abdul, pour qui un abri constitue également la première des priorités. “On peut acheter des matériaux de construction sur place, mais nous ne parviendrons pas à terminer les travaux avant l’arrivée de l’hiver”, observe-t-il avec fatalisme.
Ali, secrétaire de la section du Croissant-Rouge des provinces de la Frontière du Nord-Ouest et le docteur Yabumotons. (p13384)
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Pour le moment, les blessés sont soignés dans une clinique de fortune. (p13385)
Shamlai n’a jamais connu de problème d’approvisionnement en eau, un torrent alimentant toute l’année l’agglomération depuis le sommet des montagnes voisines. Mais, depuis la catastrophe, l’eau est troublée par des débris.
Shamlai n’a jamais connu de problème d’approvisionnement en eau, un torrent alimentant toute l’année l’agglomération depuis le sommet des montagnes voisines. Mais, depuis la catastrophe, l’eau est troublée par des débris. (p13386)
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