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Pakistan : à Balakot, l’espace manque pour donner une sépulture aux victimes
9 novembre 2005
Ian Woolverton à Balakot, Pakistan
On m’avait recommandé de me munir de masques chirurgicaux. Maintenant, je sais pourquoi. A Balakot, dans la province pakistanaise de la frontière du Nord-Ouest, la puanteur des corps en décomposition est omniprésente.

Sise dans une vallée au coeur des impressionnantes montagnes du Cachemire, cette localité était autrefois une destination touristique très populaire, un point de passage obligé pour de nombreuses ascensions himalayennes. Aujourd’hui, elle n’est plus qu’un champ de ruines, une sorte de terrain vague jonché de débris métalliques et de gravats.

En décembre dernier, j’avais effectué une mission pour la Croix-Rouge à Aceh, en Indonésie. Après le tsunami, la dévastation dans des lieux comme Banda Aceh ou Meulaboh dépassait l’entendement.

Mais, à Balakot, c’est autre chose encore. Il ne reste plus un seul édifice debout et l’air est saturé de poussière. Cette agglomération qui comptait quelque 150 000 habitants est à présent une ville fantôme. Le bilan en vies humaines ne sera sans doute jamais établi avec précision, mais il se chiffrera quoi qu’il en soit par dizaines de milliers.

Pas de place pour les morts

Au bord de la route gisait le corps d’une femme recouverte d’un linceul blanc. Une foule d’hommes – peut-être des parents – a stoppé notre tout terrain pour nous implorer d’évacuer le cadavre.

Mais où aurions-nous pu l’emporter? Cet incident a été très pénible. Je me suis senti honteux lorsque nous avons expliqué par gestes que nous ne pouvions pas nous charger de cette dépouille – celle d’une épouse, d’une mère, d’une fille. J’étais vraiment déchiré et ce souvenir me hantera jusqu’à la fin de mes jours, même si j’essaie d’oublier.

La catastrophe a fait tant de victimes que la place manque pour les ensevelir.

Des monceaux de vêtements inutiles

Partout, dans les rues, s’étalent des vêtements de toutes formes et de toutes tailles, au point que je suis fréquemment obligé de piétiner des amas de tissu coloré. A ce que je comprends, ils ont été déversé en vrac depuis des hélicoptères de l’armée pakistanaise dans les jours qui ont suivi la tragédie.

Il faut dire que Balakot n’est pas d’accès aisé. Pour parcourir les quelque 170 kilomètres qui nous en séparaient, nous avons mis quatre heures. Pourtant, nous disposions d’un véhicule tout terrain. Pour un camion chargé de secours, il faut beaucoup plus de temps.

L’acheminement de l’aide jusqu’à cette ville – sans parler d’autres agglomérations plus écartées encore – représente un formidable défi. Mais rien ne saurait justifier qu’on abandonne ces communautés à leur sort. A Balakot, comme dans d’autres régions dévastées par le tremblement de terre, nous apportons l’aide là où on en a le plus besoin.

Des enfants traumatisés

Des équipes d’ingénieurs et du personnel médical et infirmier de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont aménagé des hôpitaux de campagne et des points de distribution d’eau à Balakot et dans les environs. Depuis son ouverture, l’unité de soins de santé de base à accueilli plus de 500 patients à elle seule.

Selon un médecin de la Croix-Rouge, les enfants sont particulièrement traumatisés. Beaucoup ont vu leurs parents ou d’autres proches mourir sous leurs yeux ou endurer de terribles souffrances.

Tentes et abris

La Croix-Rouge est déterminée à continuer de répondre aux besoins des victimes de cette catastrophe que les Nations unies considèrent comme la plus dramatique de l’histoire. Au cours des six prochains mois, nous allons nous efforcer de fournir des abris et de la nourriture à quelque 500 000 sinistrés. L’obtention et la distribution de telles quantités d’aide présente d’énormes difficultés.

La priorité numéro un consiste à procurer aux sans-abri des tentes d’hiver. Une tente permettant de protéger une famille de sept personnes contre des températures inférieures à zéro degré ne coûte que 200 dollars environ. Ce n’est pas cher payer, quand on sait que c’est une question de vie ou de mort. Pour ma part, je n’ose pas imaginer une seule seconde que la communauté internationale puisse ne pas répondre à ce besoin essentiel.

J’ai connu un moment de honte accablante lorsque nous avons dû décliner la demande d’évacuation d’une dépouille mortuaire. Sachant que mon travail peut contribuer à sensibiliser le public aux terribles souffrances endurées par les centaines de milliers de sinistrés du Pakistan, j’espère pouvoir atténuer mon propre sentiment de culpabilité en voyant une partie au moins d’entre eux obtenir les abris indispensables pour survivre aux rigueurs de l’hiver.
Des tas d’ordures s’amoncellent parmi les débris de métal tordu et les gravats. (p13449)
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Pas un seul édifice n’est resté debout à Balakot, où l’air est saturé de poussière. Cette agglomération qui comptait quelque 150 000 habitants est aujourd’hui un champ de ruines. (p13451)
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En décembre dernier, j’avais effectué une mission pour la Croix-Rouge à Aceh, en Indonésie. Après le tsunami, la dévastation dans des lieux comme Banda Aceh ou Meulaboh dépassait l’entendement. Mais, à Balakot, c’est autre chose encore. (p13450)
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