A
Aceh, les pêcheurs qui bénéficient de l’aide
humanitaire internationale peuvent miser sur un avenir meilleur
après la terrible catastrophe de décembre 2004.
Toutefois, on ne saurait négliger le risque que la surpêche
et la prise de contrôle de l’industrie par des intérêts
étrangers ne réduisent leurs légitimes
espoirs à néant.
Les eaux d’Aceh sont riches en thon rouge, dont la demande
est énorme sur les marchés étrangers, notamment
au Japon. Un poisson valant 10 dollars sur le marché
local peut rapporter 200 dollars et même davantage à
l’exportation. Avec des prises atteignant 150 à
200 kilos dans les eaux profondes du détroit de Malacca,
la remise en route de l’industrie de la pêche dans
le cadre de l’aide humanitaire pourrait procurer des revenus
considérables aux communautés locales.
Les ressources halieutiques doivent cependant être préservées.
Si les flottes deviennent plus importantes qu’elles ne
l’étaient avant le tsunami, on s’expose à
la surpêche, en particulier par les petites embarcations
qui opèrent déjà dans les récifs
et autres zones de reproduction proches du littoral. Or, le
nombre de ces bateaux augmente très rapidement et, si
tous les plans des donateurs et autres organismes sont menés
à terme, il sera nettement plus élevé qu’en
2004. Il ne s’agit pas de freiner l’investissement
dans le secteur de la pêche, mais de le réorienter
au profit d’autres besoins une fois que les flottes auront
été reconstituées.
“Une quantité excessive de petits bateaux pourrait
entraîner l’épuisement des ressources en
quelques années seulement”, note Antoine Munoz,
chef d’un projet de réhabilitation maritime conduit
par la Croix-Rouge de Belgique. “Déjà, on
a procuré des barques à des gens qui ne se consacraient
pas à la pêche autrefois. La situation doit être
surveillée de très près, faute de quoi
la disparition des espèces observée en Mer du
Nord et dans d’autres régions pourrait bien frapper
l’Indonésie à son tour, et le thon rouge
subir le même sort que la morue d’Europe.”
En coopération avec la Croix-Rouge indonésienne
et la Fédération internationale, Antoine Munoz
s’emploie à reconstituer une flotte de pêche
en eau profonde pour les villages de la région de Meulaboh,
sur la côte occidentale d’Aceh, où pratiquement
toutes les grosses embarcations avaient été détruites
ou sérieusement endommagées par le tsunami. Doté
d’un budget de 1 289 000 francs suisses, le projet prévoit
le remplacement de dix-sept bateaux, la réinstallation
de 289 pêcheurs et de leurs familles – soit un millier
de personnes supplémentaires environ – ainsi qu’un
soutien à la restauration d’un chantier naval local.
Il faudra huit mois pour construire la flotte complète,
dont les premiers vaisseaux seront mis à l’eau
dès le mois décembre.
Mais ce projet ne se limitera pas à fournir des bateaux.
Munoz, qui a travaillé de nombreuses années dans
des coopératives de pêche en Belgique, préconise
un modèle similaire pour Aceh. “Les bateaux ne
sont que la partie visible de l’iceberg”, explique-t-il.
“Nous voulons que les pêcheurs jouissent de meilleures
conditions d’existence.”
Avant la catastrophe, de nombreux bateaux avaient un propriétaire
unique qui prélevait la moitié de la recette et
reversait aux pêcheurs le solde restant une fois tous
les frais payés. Dans ces conditions, beaucoup travaillaient
pour à peine plus d’un dollar par jour sans bénéficier
de la moindre forme de sécurité sociale.
Munoz veut changer tout cela. “Nous sommes ici pour aider
les pêcheurs à subvenir à leurs propres
besoins”, affirme-t-il. Les coopératives permettront
aux participants de partager bateau et recettes, ce qui devrait
entraîner d’après Munoz une multiplication
par cinq de leurs revenus et même davantage si le potentiel
des marchés étrangers est bien exploité.
“Si l’on parvenait à assurer un approvisionnement
régulier en thon, les Japonais prendraient en charge
tout le processus de transport, d’autant qu’il s’agit
d’une variété sauvage qui donne une chair
dense et de grande qualité, bien supérieure à
celle du thon d’élevage qu’on trouve en Méditerranée.
En trois ou quatre jours de mer, un bateau pêchant à
la ligne et non pas au filet peut facilement ramener six ou
sept pièces de 100 à 200 kilos chacune”
poursuit-il.
Avec des revenus nettement plus élevés et le contrôle
des bateaux, les pêcheurs auraient besoin de moins de
poisson pour améliorer leurs conditions d’existence
et seraient donc plus ouverts aux nécessités de
la conservation des ressources. Celle-ci devrait s’appuyer
sur une législation appropriée et sur le soutien
actif des autorités, qui pourraient notamment délimiter
des réserves pour le repeuplement des populations d’eau
profonde. “Les pêcheurs ne sont que trop conscients
que la préservation et la consolidation des ressources
ne peuvent qu’améliorer les perspectives économiques
à long terme”, affirme Munoz.
Outre qu’elles donneront aux pêcheurs le contrôle
de leur industrie, les coopératives leur assureront aussi
des formes de protection sociale. Une partie des recettes sera
mise de côté pour payer les soins de santé
des membres de la famille et pour verser aux pêcheurs
des indemnités en cas d’incapacité de travail,
que ce soit en raison des mauvaises conditions météorologiques
ou pour cause d’accident ou de maladie.
Le projet apportera encore des bénéfices indirects
à l’ensemble de la communauté en relançant
certaines activités liées à l’industrie
halieutique qui sont actuellement au point mort. Munoz imagine
même la création d’une conserverie qui procurerait
de nombreux emplois aux habitants de la région.
“Quoi qu’il en soit, les coopératives sont
la clé de tout”, insiste-t-il. “Sans elles,
il n’y a pas d’avenir pour la pêche.”
Sur le marché de Banda Aceh, il discerne déjà
des signes alarmants: les étals sont envahis par des
poissons de petite taille prélevés le long du
littoral par de petites embarcations équipées
de filets à mailles fines qui font fi des exigences de
la reproduction. “Légales ou non, toutes les prises
sont bonnes à ramener. Il est grand temps d’évaluer
la situation et de déterminer quelle est la meilleure
manière de soutenir cette industrie.”
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Un
bateau échoué sur un toit par le tsunami
à Banda Aceh, Indonésie. Dans la région
de Meulaboh, sur la côte occidentale de la province,
pratiquement tous les gros bateaux pour la pêche
en eau profonde ont été détruits
ou sérieusement endommagés.
Photo: Olav A. Saltbones/Fédération internationale
(p-IDN0795)
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En
coopération avec la Croix-Rouge indonésienne
et la Fédération internationale, la Croix-Rouge
de Belgique s’emploie à reconstituer une
flotte de pêche en eau profonde dans le cadre d’un
programme de soutien des moyens de subsistance à
Banda Aceh. Doté d’un budget de 1 289 000
francs suisses, le projet prévoit le remplacement
de dix-sept bateaux, la réinstallation de 289 pêcheurs
et de leurs familles – soit un millier de personnes
supplémentaires environ – ainsi qu’un
soutien à la restauration d’un chantier naval
local. Il faudra huit mois pour construire la flotte complète,
dont les premiers vaisseaux seront mis à l’eau
dès le mois décembre.
Photo: Olav A. Saltbones/Fédération internationale
(p-IDN0797)
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Les
eaux de la région sont riches en thon rouge, dont
la demande sur les marchés d’outremer est
énorme. Toutefois, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge
mettent en garde contre le nombre excessif de bateaux
prévus, car la surpêche minerait une industrie
qui a besoin de bien d’autres formes de soutien
également. “Une quantité excessive
de petits bateaux pourrait entraîner l’épuisement
des ressources en quelques années seulement”,
note Antoine Munoz, chef du projet de réhabilitation
maritime conduit par la Croix-Rouge de Belgique. “Déjà,
on a procuré des barques à des gens qui
ne se consacraient pas à la pêche autrefois.
La situation doit être surveillée de très
près, faute de quoi la disparition des espèces
observée en Mer du Nord et dans d’autres
régions pourrait bien frapper l’Indonésie
à son tour, et le thon rouge subir le même
sort que la morue d’Europe.”
Photo: Olav A. Saltbones/Fédération internationale
(p-IDN0800)
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Mais
ce projet ne se limitera pas à fournir des bateaux.
Antoine Munoz, qui a travaillé de nombreuses années
dans des coopératives de pêche en Belgique,
préconise un modèle similaire pour Aceh.
“Les bateaux ne sont que la partie visible de l’iceberg”,
explique-t-il. “Nous voulons que les pêcheurs
jouissent de meilleures conditions d’existence.”
Photo: Olav A. Saltbones/Fédération internationale
(p-IDN0799)
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