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L’avenir de la pêche doit être préservé à Aceh
23 novembre 2005
Par John Sparrow à Banda Aceh, Indonésie
A Aceh, les pêcheurs qui bénéficient de l’aide humanitaire internationale peuvent miser sur un avenir meilleur après la terrible catastrophe de décembre 2004. Toutefois, on ne saurait négliger le risque que la surpêche et la prise de contrôle de l’industrie par des intérêts étrangers ne réduisent leurs légitimes espoirs à néant.

Les eaux d’Aceh sont riches en thon rouge, dont la demande est énorme sur les marchés étrangers, notamment au Japon. Un poisson valant 10 dollars sur le marché local peut rapporter 200 dollars et même davantage à l’exportation. Avec des prises atteignant 150 à 200 kilos dans les eaux profondes du détroit de Malacca, la remise en route de l’industrie de la pêche dans le cadre de l’aide humanitaire pourrait procurer des revenus considérables aux communautés locales.

Les ressources halieutiques doivent cependant être préservées. Si les flottes deviennent plus importantes qu’elles ne l’étaient avant le tsunami, on s’expose à la surpêche, en particulier par les petites embarcations qui opèrent déjà dans les récifs et autres zones de reproduction proches du littoral. Or, le nombre de ces bateaux augmente très rapidement et, si tous les plans des donateurs et autres organismes sont menés à terme, il sera nettement plus élevé qu’en 2004. Il ne s’agit pas de freiner l’investissement dans le secteur de la pêche, mais de le réorienter au profit d’autres besoins une fois que les flottes auront été reconstituées.

“Une quantité excessive de petits bateaux pourrait entraîner l’épuisement des ressources en quelques années seulement”, note Antoine Munoz, chef d’un projet de réhabilitation maritime conduit par la Croix-Rouge de Belgique. “Déjà, on a procuré des barques à des gens qui ne se consacraient pas à la pêche autrefois. La situation doit être surveillée de très près, faute de quoi la disparition des espèces observée en Mer du Nord et dans d’autres régions pourrait bien frapper l’Indonésie à son tour, et le thon rouge subir le même sort que la morue d’Europe.”

En coopération avec la Croix-Rouge indonésienne et la Fédération internationale, Antoine Munoz s’emploie à reconstituer une flotte de pêche en eau profonde pour les villages de la région de Meulaboh, sur la côte occidentale d’Aceh, où pratiquement toutes les grosses embarcations avaient été détruites ou sérieusement endommagées par le tsunami. Doté d’un budget de 1 289 000 francs suisses, le projet prévoit le remplacement de dix-sept bateaux, la réinstallation de 289 pêcheurs et de leurs familles – soit un millier de personnes supplémentaires environ – ainsi qu’un soutien à la restauration d’un chantier naval local. Il faudra huit mois pour construire la flotte complète, dont les premiers vaisseaux seront mis à l’eau dès le mois décembre.

Mais ce projet ne se limitera pas à fournir des bateaux. Munoz, qui a travaillé de nombreuses années dans des coopératives de pêche en Belgique, préconise un modèle similaire pour Aceh. “Les bateaux ne sont que la partie visible de l’iceberg”, explique-t-il. “Nous voulons que les pêcheurs jouissent de meilleures conditions d’existence.”

Avant la catastrophe, de nombreux bateaux avaient un propriétaire unique qui prélevait la moitié de la recette et reversait aux pêcheurs le solde restant une fois tous les frais payés. Dans ces conditions, beaucoup travaillaient pour à peine plus d’un dollar par jour sans bénéficier de la moindre forme de sécurité sociale.

Munoz veut changer tout cela. “Nous sommes ici pour aider les pêcheurs à subvenir à leurs propres besoins”, affirme-t-il. Les coopératives permettront aux participants de partager bateau et recettes, ce qui devrait entraîner d’après Munoz une multiplication par cinq de leurs revenus et même davantage si le potentiel des marchés étrangers est bien exploité. “Si l’on parvenait à assurer un approvisionnement régulier en thon, les Japonais prendraient en charge tout le processus de transport, d’autant qu’il s’agit d’une variété sauvage qui donne une chair dense et de grande qualité, bien supérieure à celle du thon d’élevage qu’on trouve en Méditerranée. En trois ou quatre jours de mer, un bateau pêchant à la ligne et non pas au filet peut facilement ramener six ou sept pièces de 100 à 200 kilos chacune” poursuit-il.

Avec des revenus nettement plus élevés et le contrôle des bateaux, les pêcheurs auraient besoin de moins de poisson pour améliorer leurs conditions d’existence et seraient donc plus ouverts aux nécessités de la conservation des ressources. Celle-ci devrait s’appuyer sur une législation appropriée et sur le soutien actif des autorités, qui pourraient notamment délimiter des réserves pour le repeuplement des populations d’eau profonde. “Les pêcheurs ne sont que trop conscients que la préservation et la consolidation des ressources ne peuvent qu’améliorer les perspectives économiques à long terme”, affirme Munoz.

Outre qu’elles donneront aux pêcheurs le contrôle de leur industrie, les coopératives leur assureront aussi des formes de protection sociale. Une partie des recettes sera mise de côté pour payer les soins de santé des membres de la famille et pour verser aux pêcheurs des indemnités en cas d’incapacité de travail, que ce soit en raison des mauvaises conditions météorologiques ou pour cause d’accident ou de maladie.

Le projet apportera encore des bénéfices indirects à l’ensemble de la communauté en relançant certaines activités liées à l’industrie halieutique qui sont actuellement au point mort. Munoz imagine même la création d’une conserverie qui procurerait de nombreux emplois aux habitants de la région.

“Quoi qu’il en soit, les coopératives sont la clé de tout”, insiste-t-il. “Sans elles, il n’y a pas d’avenir pour la pêche.” Sur le marché de Banda Aceh, il discerne déjà des signes alarmants: les étals sont envahis par des poissons de petite taille prélevés le long du littoral par de petites embarcations équipées de filets à mailles fines qui font fi des exigences de la reproduction. “Légales ou non, toutes les prises sont bonnes à ramener. Il est grand temps d’évaluer la situation et de déterminer quelle est la meilleure manière de soutenir cette industrie.”

Un bateau échoué sur un toit par le tsunami à Banda Aceh, Indonésie. Dans la région de Meulaboh, sur la côte occidentale de la province, pratiquement tous les gros bateaux pour la pêche en eau profonde ont été détruits ou sérieusement endommagés.
Un bateau échoué sur un toit par le tsunami à Banda Aceh, Indonésie. Dans la région de Meulaboh, sur la côte occidentale de la province, pratiquement tous les gros bateaux pour la pêche en eau profonde ont été détruits ou sérieusement endommagés.
Photo: Olav A. Saltbones/Fédération internationale (p-IDN0795)

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En coopération avec la Croix-Rouge indonésienne et la Fédération internationale, la Croix-Rouge de Belgique s'emploie à reconstituer une flotte de pêche en eau profonde dans le cadre d'un programme de soutien des moyens de subsistance à Banda Aceh. Doté d'un budget de 1 289 000 francs suisses, le projet prévoit le remplacement de dix-sept bateaux, la réinstallation de 289 pêcheurs et de leurs familles - soit un millier de personnes supplémentaires environ - ainsi qu'un soutien à la restauration d'un chantier naval local. Il faudra huit mois pour construire la flotte complète, dont les premiers vaisseaux seront mis à l'eau dès le mois décembre.
En coopération avec la Croix-Rouge indonésienne et la Fédération internationale, la Croix-Rouge de Belgique s’emploie à reconstituer une flotte de pêche en eau profonde dans le cadre d’un programme de soutien des moyens de subsistance à Banda Aceh. Doté d’un budget de 1 289 000 francs suisses, le projet prévoit le remplacement de dix-sept bateaux, la réinstallation de 289 pêcheurs et de leurs familles – soit un millier de personnes supplémentaires environ – ainsi qu’un soutien à la restauration d’un chantier naval local. Il faudra huit mois pour construire la flotte complète, dont les premiers vaisseaux seront mis à l’eau dès le mois décembre.
Photo: Olav A. Saltbones/Fédération internationale (p-IDN0797)

Les eaux de la région sont riches en thon rouge, dont la demande sur les marchés d'outremer est énorme. Toutefois, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge mettent en garde contre le nombre excessif de bateaux prévus, car la surpêche minerait une industrie qui a besoin de bien d'autres formes de soutien également. "Une quantité excessive de petits bateaux pourrait entraîner l'épuisement des ressources en quelques années seulement", note Antoine Munoz, chef du projet de réhabilitation maritime conduit par la Croix-Rouge de Belgique. "Déjà, on a procuré des barques à des gens qui ne se consacraient pas à la pêche autrefois. La situation doit être surveillée de très près, faute de quoi la disparition des espèces observée en Mer du Nord et dans d'autres régions pourrait bien frapper l'Indonésie à son tour, et le thon rouge subir le même sort que la morue d'Europe."
Les eaux de la région sont riches en thon rouge, dont la demande sur les marchés d’outremer est énorme. Toutefois, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge mettent en garde contre le nombre excessif de bateaux prévus, car la surpêche minerait une industrie qui a besoin de bien d’autres formes de soutien également. “Une quantité excessive de petits bateaux pourrait entraîner l’épuisement des ressources en quelques années seulement”, note Antoine Munoz, chef du projet de réhabilitation maritime conduit par la Croix-Rouge de Belgique. “Déjà, on a procuré des barques à des gens qui ne se consacraient pas à la pêche autrefois. La situation doit être surveillée de très près, faute de quoi la disparition des espèces observée en Mer du Nord et dans d’autres régions pourrait bien frapper l’Indonésie à son tour, et le thon rouge subir le même sort que la morue d’Europe.”
Photo: Olav A. Saltbones/Fédération internationale (p-IDN0800)

Mais ce projet ne se limitera pas à fournir des bateaux. Antoine Munoz, qui a travaillé de nombreuses années dans des coopératives de pêche en Belgique, préconise un modèle similaire pour Aceh. "Les bateaux ne sont que la partie visible de l'iceberg", explique-t-il. "Nous voulons que les pêcheurs jouissent de meilleures conditions d'existence."
Mais ce projet ne se limitera pas à fournir des bateaux. Antoine Munoz, qui a travaillé de nombreuses années dans des coopératives de pêche en Belgique, préconise un modèle similaire pour Aceh. “Les bateaux ne sont que la partie visible de l’iceberg”, explique-t-il. “Nous voulons que les pêcheurs jouissent de meilleures conditions d’existence.”
Photo: Olav A. Saltbones/Fédération internationale (p-IDN0799)

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