Butet
n’a nul besoin qu’on lui rappelle le jour où
le tsunami a ravagé sa communauté – la tragique
disparition de sa mère, de son père, de son frère
et de sa soeur restera à jamais gravée dans la
mémoire de la jeune femme. Néanmoins, lorsqu’elle
jette un regard depuis sa petite maison de fortune à
Banda Aceh, à quatre kilomètres de la mer, elle
ne peut pas ne pas voir l’énorme bateau de 3600
tonnes dont la masse bouche pratiquement tout l’horizon.
Jusqu’au 26 décembre 2004, ce bâtiment ancré
au large abritait une centrale électrique qui fournissait
en courant la capitale de la province et ses environs. Mais
le tsunami l’a emporté comme un fétu de
paille et échoué loin à l’intérieur
des terres, écrasant par la même occasion de nombreuses
maisons de Punge. Depuis, la petite communauté vit dans
l’ombre de l’épave.
Cela fait maintenant un an que Butet partage avec sa soeur rescapée
un abri de deux pièces aménagé au moyen
de débris abandonnés par le raz-de-marée.
Le toit en tôle ondulée est tellement criblé
de trous que, avec les pluies saisonnières, l’endroit
ressemble à une passoire renversée. Butet ne possède
pas grand chose, mais ses maigres biens sont en permanence gorgés
d’humidité.
On ne possède pas de chiffre précis des habitants
de la province confrontés à cette extrême
précarité, mais ils se comptent quoi qu’il
en soit par milliers. Certains font partie des 192 000 sinistrés
récemment recensés comme personnes déplacées,
d’autres échappent aux données statistiques.
Pour la Fédération internationale des Sociétés
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ils sont néanmoins
prioritaires, au même titre que les 67 500 personnes toujours
logées sous tente. Juste à côté de
la cabane de Butet, un solide abri à l’armature
métallique est en cours d’assemblage. Bientôt,
il offrira aux deux jeunes femmes un confort décent en
attendant la construction d’une maison permanente.
D’ici la fin mars, 20 000 abris similaires seront livrés
et installés dans les provinces d’Aceh et de Sumatra
Nord pour accueillir des sinistrés vivant sous tente
ou dans des baraquements de fortune. Déjà, on
peut en voir quelques-uns sur l’île de Nias ainsi
que dans les environs de Banda Aceh et dans le district d’Aceh
Besar. D’une surface de 26 mètres carrés,
ces constructions légères, mais robustes, ont
été spécialement conçues par des
ingénieurs de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en
fonction des conditions locales, mais aussi pour leur facilité
de transport et d’assemblage. La légèreté
est cruciale pour permettre un ancrage facile quelle que soit
la nature du terrain et parce que, dans de nombreuses régions,
les éléments devront être livrés
au moyen de barges.
La Fédération internationale prend en charge les
coûts de fabrication et d’expédition, avant
de remettre ces abris à ses partenaires opérationnels
à Aceh – des Sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge, mais aussi d’autres organismes
d’assistance. Ceux-ci assurent un travail de préparation
au sein des communautés concernées et sélectionnent
des travailleurs locaux qui sont rémunérés
par la Fédération internationale pour assembler
les structures avec le concours de leurs futurs occupants, cependant
que l’Organisation des nations unies fournit un soutien
en matière de coordination. En contribuant ainsi à
régler le problème de logement qui persiste à
travers toute la région affectée par le tsunami,
la Fédération internationale espère inciter
les autres agences à maintenir l’élan en
vue de fournir dans les meilleurs délais des habitations
permanentes de qualité.
A l’issue de la première phase dont le budget se
chiffre à 100 millions de dollars, le programme de la
Fédération internationale devrait donc être
élargi à des milliers de sans-abri confrontés
à des conditions d’existence très difficiles
dans des baraquements ou dont l’hébergement parmi
des familles d’accueil ne pourra pas se prolonger indéfiniment.
On estime qu’environ 15 000 familles sont actuellement
dans cette situation. La Fédération internationale
continuera de suivre de près l’évolution
de la situation et de faire face à l’évolution
des besoins.
“Nous devons reloger en priorité les sinistrés
vivant sous tente, parce que ce sont ceux dont la situation
est la plus précaire”, souligne Arnulv Torbjornsen,
chef de la délégation de la Fédération
internationale en Indonésie. “Mais les personnes
installées dans des baraquements souffrent elles aussi,
de même que celles qui résident auprès de
familles d’accueil. Déjà, en raison des
tensions et de la gêne résultant d’une trop
grande promiscuité, des gens quittent les familles qui
les hébergeaient jusqu’à présent
pour se réinstaller dans des camps provisoires. Nous
devons être très attentifs à ces nouveaux
développements, car les statistiques ne disent pas tout.”
Le but ultime de la Fédération internationale,
précise Arnulv Torbjornsen, consiste à redonner
un foyer à tous les sinistrés. “Cependant,
les pronostics concernant l’achèvement des travaux
de reconstruction demeurent très incertains, aussi allons-nous
renforcer notre programme de logements de transition dans la
mesure des ressources disponibles. Personne ne devrait rester
trop longtemps dans un abri d’urgence. Les gens doivent
avoir la possibilité de rebâtir leurs existences
et ils ne peuvent pas le faire tant qu’ils n’ont
pas réintégré leurs communautés
d’origine. Ces logements transitoires offriront précisément
cette possibilité à un grand nombre de sinistrés.”
La Croix-Rouge canadienne mettra en place 1600 abris de transition
au total. Certains ont déjà été
assemblés dans le village de Meunasah Kulam, à
Aceh Besar. Mardiah, qui bénéficiera d’une
de ces structures, a suivi depuis sa tente la progression des
travaux. Elle a perdu des parents ainsi que sa maison dans la
catastrophe, mais c’est avec le sourire qu’elle
regarde les villageois monter les éléments de
ces nouvelles habitation. Comme elle l’a confessé
à un journaliste, de vivre sous tente lui donnait le
sentiment d’être “une mouche dans un chapeau”.
Jean-Pierre Taschereau, chef du programme de la Croix-Rouge
canadienne à Aceh Besar, souligne que les abris de transition
amélioreront de façon spectaculaire la situation
des villageois. “Entre autres choses, leurs nouvelles
maisons ne seront plus inondées lorsqu’il pleuvra
et les conditions sanitaires seront incomparablement meilleures.”
Cela vaut également pour l’île de Nias, durement
éprouvée par un second séisme le 28 mars,
où 64 autres abris ont été assemblés
la semaine dernière par la Fédération internationale
et la Croix-Rouge indonésienne. De même, à
Kampung Pande, le chef Pak Irdus confirme que les premiers abris
installés dans son village situé à la périphérie
de Banda Aceh ont redonné espoir à la communauté.
Sur les 500 familles que comptait autrefois Kampung Pande, 350
ont péri lors du tsunami, qui a détruit toutes
les habitations, les boutiques et les pêcheries.
La Banque asiatique de développement va fournir aux villageois
de nouvelles maisons permanentes ainsi que des réseaux
d’approvisionnement en eau et d’assainissement.
Dans l’intervalle, Catholic Relief Services supervise
le montage des abris de transition en tant que partenaire de
la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Grâce à ce
programme, une cinquantaine de familles pourront bientôt
quitter les tentes qui les abritent aujourd’hui encore.
“Ce ne sont certes pas des maisons définitives,
mais c’est une amélioration spectaculaire par rapport
aux conditions antérieures”, commente Pak Irdus.
“Nous pouvons maintenant envisager l’avenir avec
plus de sérénité et sommes très
reconnaissants des efforts déployés pour aider
notre communauté. C’est un excellent exemple des
bienfaits de la coopération interagences.”
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Dans
un village de Nias, tous les habitants sont réunis
pour observer l’étape finale du travail d’assemblage.
Il a fallu moins d’une journée pour monter
chacun de ces abris à armature métallique.
Photo: Corinne Treherne/Fédération internationale
(p13655)
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Tout
le monde met la main à la pâte pour assembler
les nouveaux abris qui accueilleront bientôt ces
femmes de Nias. Spécialement conçus pour
l’Indonésie, ces modules d’hébergement
de transition sont très faciles à monter.
Photo: Corinne Treherne/Fédération internationale
(p13656)
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Assemblage
d’abris de transition à Meunasah Kulam. Les
gens doivent avoir la possibilité de rebâtir
leurs existences et ils ne peuvent pas le faire tant qu’ils
n’ont pas réintégré leurs communautés
d’origine. Ces logements transitoires offriront
précisément cette possibilité à
un grand nombre de sinistrés.
Photo: Corinne Treherne/Fédération internationale
(p13658)
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Mardiah
quittera bientôt sa tente pour s’installer
dans l’abri aménagé à son intention
à Aceh Besar. Son nouveau foyer lui offrira un
confort décent. Surtout, elle ne sera plus exposée
en permanence aux inondations.
Photo: Corinne Treherne/Fédération internationale
(p13659)
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Pourvus
d'abris offrant un confort décent, les habitants
de Nias peuvent envisager avec plus de sérénité
l'avenir, en attendant la construction de maisons permanentes.
Photo: Corinne Treherne/Fédération internationale
(p13660)
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