En
Indonésie, on a célébré le 31 janvier
le début de la nouvelle année selon le calendrier
islamique. Pour tous les musulmans, c’est une journée
traditionnellement consacrée au recueillement et à
la famille. Mais, pour les habitants de la province d’Aceh,
qui continuent de reconstruire leurs existences ravagées
par le tsunami, cette date a en outre été marquée
par l’espoir d’un avenir meilleur, grâce à
la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge.
Yusuf, sa femme et leurs deux enfants avaient revêtu leurs
costumes traditionnels richement colorés pour fêter
l’événement en compagnie d’amis et
de voisins. Pour Yusuf, 46 ans, le nouvel an a été
l’occasion de se pencher sur le passé et de dresser
des plans pour le futur.
“Ce n’était pas comme l’année
dernière, quand nous étions encore en état
de choc”, déclare-t-il en se remémorant
la dévastation causée par la catastrophe de décembre
2004. Serrant son fils contre sa poitrine, l’homme verse
des larmes en évoquant ce jour funeste où l’océan
a balayé presque tout ce qui lui était cher, à
commencer par trois de ses enfants. “Les immeubles, les
maisons et les arbres ont été réduits en
pièces”, poursuit-il. “J’ai cru entendre
mes trois filles appeler à l’aide, mais je n’arrivais
pas à savoir où elles se trouvaient... Alors,
j’ai saisi les deux plus jeunes, pendant que ma femme
luttait pour sa propre vie.”
Plus d’un an après, Yusuf continue de pleurer ses
filles disparues. Cependant, comme une nouvelle année
commence, il s’efforce de penser à l’avenir
en se jurant de veiller sur sa femme et sur ses enfants rescapés.
Un peu plus tard, il rejoint des voisins sur le port de Lampulo,
à Banda Aceh, où un bateau bleu et blanc flambant
neuf baptisé Uro Baroe – Nouveau Jour – attend
d’être inauguré. D’autres hommes, copropriétaires
du vaisseau, viennent admirer avec Yusuf leur nouveau trésor,
tout excités à la perspective des futures campagnes
de pêche en eau profonde qui leur assureront enfin des
revenus suffisants pour pourvoir aux besoins de leurs familles.
Pêcheur chevronné, Yusuf dépendait essentiellement
de cette activité avant que le tsunami ne réduise
à néant ses moyens de subsistance comme ses rêves
les plus chers. Depuis, il a souvent maudit la mer qui avait
semé la mort et la désolation à travers
toute la province. Toutefois, il sait que l’océan
reste la principale ressource de sa famille et il se réjouit
de pouvoir bientôt satisfaire à nouveau ses besoins
essentiels, grâce à l’Uro Baroe.
La plupart de ses collègues copropriétaires du
bateau ont les mêmes histoires de deuils et de ruine à
raconter, et luttent comme lui pour rebâtir leurs existences.
“Pour la première fois, je me sens à nouveau
vivant”, confesse Martan, qui a perdu sa femme dans la
tragédie. “Maintenant, je vais pouvoir acheter
des vêtements à mes enfants et les envoyer à
l’école.”
Au total, 289 pêcheurs bénéficieront d’un
programme de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge prévoyant
la construction de dix-sept grandes barques traditionnelles
destinées à des rescapés du tsunami. Ces
embarcations sont spécialement conçues pour la
pêche en eau profonde et équipées pour prendre
à la ligne – plutôt qu’au filet –
des thons pouvant peser jusqu’à 200 kilos pièce.
Lancé à l’initiative de la Croix-Rouge de
Belgique, le programme est basé sur un système
de coopératives dont profiteront quelque 1500 personnes.
Antoine Munoz, responsable de ce projet doté d’un
budget de 900 000 euros, souligne que l’objectif ne se
limite pas à fournir des bateaux. Ses nombreuses années
d’expérience dans le domaine des coopératives
de pêcheurs en Belgique l’ont incité à
proposer un modèle similaire pour Aceh.
“Les bateaux ne sont que la partie visible de l’iceberg”,
explique-t-il. “Le programme bénéficiera
à l’ensemble de la communauté en stimulant
l’économie locale. De plus, les coopératives
ont pour effet de renforcer l’esprit de solidarité
et de coopération, elles contribuent à développer
l’estime de soi et, surtout, elles offrent aux pêcheurs
la possibilité de prendre en main leur propre activité.”
Avant la catastrophe, de nombreux bateaux avaient un propriétaire
unique qui prélevait la majeure partie des recettes,
laissant souvent à peine plus d’un dollar par jour
à chaque pêcheur. Les coopératives permettront
aux participants de partager bateaux et recettes, ce qui pourrait
entraîner d’après Munoz une multiplication
par cinq de leurs revenus.
“Le contrôle de l’industrie leur assurera
aussi une forme de protection sociale, car ils pourront mettre
de côté une partie des recettes pour payer les
soins de santé des membres de leurs familles respectives
et pour verser des indemnités aux collègues en
difficulté”, commente-t-il.
Yusuf et les autres pêcheurs rassemblés autour
d’Antoine hochent la tête en signe d’assentiment.
Caressé par la brise du large, Yusuf fixe longuement
l’océan avant de tourner à nouveau son regard
sur le bateau.
“Uro Baroe est notre espoir et notre avenir”, déclare-t-il.
“Cette nouvelle année sera heureuse grâce
à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge.”
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“Un
pour tous, tous pour un pour un Nouveau Jour”, crient
Antoine, les volontaires de la Croix-Rouge indonésienne
et les pêcheurs en poussant à l’eau
l’Uro Baroe, un chalutier de dix-sept mètres,
lors de son lancement le 28 janvier 2006. (p13751)
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Des
volontaires de la Croix-Rouge indonésienne aident
les pêcheurs à mettre à l’eau
leur nouveau bateau. (p13752)
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Les
bénéficiaires sont heureux de posséder
en commun cette fière embarcation, un inestimable
présent offert pour la nouvelle année par
la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge. (p13755)
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