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La nouvelle année redonne espoir aux pêcheurs d’Aceh
10 février 2006
Par Teresita Usapdin à Aceh, Indonésie. Photos Amalia Soemantri
En Indonésie, on a célébré le 31 janvier le début de la nouvelle année selon le calendrier islamique. Pour tous les musulmans, c’est une journée traditionnellement consacrée au recueillement et à la famille. Mais, pour les habitants de la province d’Aceh, qui continuent de reconstruire leurs existences ravagées par le tsunami, cette date a en outre été marquée par l’espoir d’un avenir meilleur, grâce à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge.

Yusuf, sa femme et leurs deux enfants avaient revêtu leurs costumes traditionnels richement colorés pour fêter l’événement en compagnie d’amis et de voisins. Pour Yusuf, 46 ans, le nouvel an a été l’occasion de se pencher sur le passé et de dresser des plans pour le futur.

“Ce n’était pas comme l’année dernière, quand nous étions encore en état de choc”, déclare-t-il en se remémorant la dévastation causée par la catastrophe de décembre 2004. Serrant son fils contre sa poitrine, l’homme verse des larmes en évoquant ce jour funeste où l’océan a balayé presque tout ce qui lui était cher, à commencer par trois de ses enfants. “Les immeubles, les maisons et les arbres ont été réduits en pièces”, poursuit-il. “J’ai cru entendre mes trois filles appeler à l’aide, mais je n’arrivais pas à savoir où elles se trouvaient... Alors, j’ai saisi les deux plus jeunes, pendant que ma femme luttait pour sa propre vie.”

Plus d’un an après, Yusuf continue de pleurer ses filles disparues. Cependant, comme une nouvelle année commence, il s’efforce de penser à l’avenir en se jurant de veiller sur sa femme et sur ses enfants rescapés.

Un peu plus tard, il rejoint des voisins sur le port de Lampulo, à Banda Aceh, où un bateau bleu et blanc flambant neuf baptisé Uro Baroe – Nouveau Jour – attend d’être inauguré. D’autres hommes, copropriétaires du vaisseau, viennent admirer avec Yusuf leur nouveau trésor, tout excités à la perspective des futures campagnes de pêche en eau profonde qui leur assureront enfin des revenus suffisants pour pourvoir aux besoins de leurs familles.

Pêcheur chevronné, Yusuf dépendait essentiellement de cette activité avant que le tsunami ne réduise à néant ses moyens de subsistance comme ses rêves les plus chers. Depuis, il a souvent maudit la mer qui avait semé la mort et la désolation à travers toute la province. Toutefois, il sait que l’océan reste la principale ressource de sa famille et il se réjouit de pouvoir bientôt satisfaire à nouveau ses besoins essentiels, grâce à l’Uro Baroe.

La plupart de ses collègues copropriétaires du bateau ont les mêmes histoires de deuils et de ruine à raconter, et luttent comme lui pour rebâtir leurs existences. “Pour la première fois, je me sens à nouveau vivant”, confesse Martan, qui a perdu sa femme dans la tragédie. “Maintenant, je vais pouvoir acheter des vêtements à mes enfants et les envoyer à l’école.”

Au total, 289 pêcheurs bénéficieront d’un programme de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge prévoyant la construction de dix-sept grandes barques traditionnelles destinées à des rescapés du tsunami. Ces embarcations sont spécialement conçues pour la pêche en eau profonde et équipées pour prendre à la ligne – plutôt qu’au filet – des thons pouvant peser jusqu’à 200 kilos pièce. Lancé à l’initiative de la Croix-Rouge de Belgique, le programme est basé sur un système de coopératives dont profiteront quelque 1500 personnes.

Antoine Munoz, responsable de ce projet doté d’un budget de 900 000 euros, souligne que l’objectif ne se limite pas à fournir des bateaux. Ses nombreuses années d’expérience dans le domaine des coopératives de pêcheurs en Belgique l’ont incité à proposer un modèle similaire pour Aceh.

“Les bateaux ne sont que la partie visible de l’iceberg”, explique-t-il. “Le programme bénéficiera à l’ensemble de la communauté en stimulant l’économie locale. De plus, les coopératives ont pour effet de renforcer l’esprit de solidarité et de coopération, elles contribuent à développer l’estime de soi et, surtout, elles offrent aux pêcheurs la possibilité de prendre en main leur propre activité.”

Avant la catastrophe, de nombreux bateaux avaient un propriétaire unique qui prélevait la majeure partie des recettes, laissant souvent à peine plus d’un dollar par jour à chaque pêcheur. Les coopératives permettront aux participants de partager bateaux et recettes, ce qui pourrait entraîner d’après Munoz une multiplication par cinq de leurs revenus.

“Le contrôle de l’industrie leur assurera aussi une forme de protection sociale, car ils pourront mettre de côté une partie des recettes pour payer les soins de santé des membres de leurs familles respectives et pour verser des indemnités aux collègues en difficulté”, commente-t-il.

Yusuf et les autres pêcheurs rassemblés autour d’Antoine hochent la tête en signe d’assentiment. Caressé par la brise du large, Yusuf fixe longuement l’océan avant de tourner à nouveau son regard sur le bateau.

“Uro Baroe est notre espoir et notre avenir”, déclare-t-il. “Cette nouvelle année sera heureuse grâce à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge.”

“Un pour tous, tous pour un pour un Nouveau Jour”, crient Antoine, les volontaires de la Croix-Rouge indonésienne et les pêcheurs en poussant à l’eau l’Uro Baroe, un chalutier de dix-sept mètres, lors de son lancement le 28 janvier 2006. (p13751)
“Un pour tous, tous pour un pour un Nouveau Jour”, crient Antoine, les volontaires de la Croix-Rouge indonésienne et les pêcheurs en poussant à l’eau l’Uro Baroe, un chalutier de dix-sept mètres, lors de son lancement le 28 janvier 2006. (p13751)

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Des volontaires de la Croix-Rouge indonésienne aident les pêcheurs à mettre à l’eau leur nouveau bateau. (p13752)
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Les bénéficiaires sont heureux de posséder en commun cette fière embarcation, un inestimable présent offert pour la nouvelle année par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge. (p13755)
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