Les
récents rapports déplorant la lenteur de la mobilisation
des gouvernements en faveur des victimes du tsunami sont un
“appel à agir” pour la Fédération
internationale des Sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge, estime Johan Schaar. A l’occasion
d’une récente mission dans les Maldives, le représentant
spécial de la Fédération internationale
pour l’opération tsunami a admis que la situation
de certaines communautés vulnérables avant la
catastrophe ne s’était guère améliorée
dans l’intervalle.
“C’est particulièrement vrai des communautés
au sein desquelles il existait déjà de profondes
disparités sur le plan économique. Si le fossé
n’est pas réduit, on peut s’attendre à
une marginalisation accrue des plus défavorisés”,
déclare Schaar. “L’heure n’est pas
à l’autosatisfaction. Ces rapports, qui reflètent
la situation de groupes particulièrement vulnérables,
doivent nous inciter à remettre en question notre action
et à admettre que nous pouvons et devons améliorer
l’impact de notre assistance”, poursuit-il.
En visite à Kudahuvadhoo, où la Fédération
internationale est en train de bâtir des maisons pour
plus de cent familles évacuées d’îles
voisines, le représentant spécial a néanmoins
estimé que des progrès notables avaient été
accomplis, bien que certains sinistrés soient toujours
hébergés dans des abris provisoires.
“Les bénéficiaires de ce programme pourront
emménager d’ici deux mois et c’est un résultat
dont nous pouvons nous féliciter”, note-t-il. “Il
faut considérer que les problèmes de logistique
sont énormes dans cette région. Tous les matériaux
ont dû être importés à Male, la capitale
des Maldives, puis acheminés par bateau sur les différentes
îles de l’archipel, ce qui a entraîné
dans certains cas des délais considérables.”
Johan Schaar souligne que le relèvement consécutif
au tsunami ne se limite pas à “construire des maisons”.
Répondant aux critiques sur la lenteur du processus,
il insiste sur la nécessité de garantir une reconstruction
durable et de qualité, même si les bénéficiaires
sont légitimement impatients de s’installer dans
des habitations permanentes. “Nous avons le devoir de
consulter étroitement les communautés concernées
et de veiller à ce qu’elles soient satisfaites
de l’assistance fournie. Si nous précipitons les
choses, tout le monde en pâtira. Lorsque nous évaluerons
notre action d’ici cinq à dix ans, quelques mois
de plus ou de moins sembleront moins importants. L’essentiel
est que les structures que nous bâtissons forment à
terme des communautés pleinement fonctionnelles.”
Ce point de vue est partagé par Hamdun Hameed, ministre
maldivien de la Planification et du Développement. S’exprimant
dans le cadre d’une réunion stratégique
de la Fédération internationale à laquelle
participait Johan Schaar, il a confirmé que les sinistrés
font largement confiance à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge
pour offrir une aide conforme à leurs besoins.
“Nous sommes tous conscients de l’importance des
consultations communautaires”, a-t-il déclaré.
“C’est un processus aussi crucial que délicat.”
M. Hameed a également noté que, du fait de la
grande dispersion géographique de la population des Maldives,
ce qui fonctionne sur une île ne vaut pas nécessairement
pour toutes les autres. “Même sur une seule île,
il arrive qu’on trouve des communautés qui souhaitent
se réinstaller ailleurs et d’autres qui préfèrent
rester sur place”, a-t-il commenté.
Si les Maldives sont surtout connues pour le tourisme haut de
gamme, il convient de relever que les centres de villégiature
sont concentrés sur à peine 80 des 1200 îles
de l’archipel. Parmi ces dernières, environ 200
sont habitées et, lors du tsunami, la plupart ont été
balayées par des vagues atteignant 1,5 à 4,5 mètres
de hauteur. Sur l’atoll de Dhaalu, près de 500
personnes ont été évacuées des îles
voisines de Vaani et Gemendhoo et attendent encore de pouvoir
emménager dans les maisons construites par la Fédération
internationale sur l’île de Kudahuvadhoo.
Parmi ces déracinés se trouve Ibrahim Osman, 33
ans, père de deux enfants. Pêcheur de métier,
il se consacre en dehors de la saison à divers petits
travaux qui lui rapportent environ 8 dollars par jour en moyenne.
Durant la période de pêche, il peut gagner le double.
“C’est difficile de vivre dans ces conditions”,
déclare-t-il en indiquant du geste la cuisine extérieure
et l’abri de fortune exigu qui tient lieu de foyer provisoire.
“Mais j’ai rempli tous les papiers et j’aurai
bientôt une vraie maison.”
De l’autre côté du terrain sablonneux qui
sépare les blocs d’habitations temporaires, nous
faisons la connaissance d’Ahmad Mussa, une octogénaire,
et de sa voisine Rashida Zakaria, qui élève douze
enfants dans un logement de deux pièces. Toutes deux
se réjouissent à l’idée d’emménager
bientôt dans une maison permanente, bien qu’elles
soient en peine de dire quand cela arrivera.
Tout en admettant que la Fédération internationale
est soumise à de fortes pressions pour accélérer
les choses, Johan Schaar souligne que “dépenser
l’argent ne saurait en aucun cas être la priorité.
Ceux qui cèdent à cette facilité sont aussi
ceux qui commettent les pires erreurs. Tout est affaire d’équilibre.
Nous devons aller aussi vite que possible, mais sans jamais
sacrifier la qualité à la rapidité. Nous
travaillons pour les communautés et nous devons donc
bien comprendre le contexte et veiller à être toujours
perçus comme des acteurs humanitaires neutres et indépendants.”
Le représentant spécial observe que tous les pays
affectés par le tsunami ont des caractéristiques
qui les rendent uniques. Aux Maldives, ce sont notamment les
énormes distances à parcourir en bateau et l’extrême
fragilité de l’écosystème. La Fédération
internationale prend ces facteurs en compte en mettant en place
des systèmes d’approvisionnement en eau et d’assainissement
respectueux de l’environnement et favorables à
la conservation des nappes phréatiques.
“Travailler dans de tels contextes en cherchant des solutions
à des problèmes entièrement nouveaux pour
nous constitue à la fois un défi et une opportunité
pour notre Mouvement”, estime-t-il. “Nous recelons
un formidable éventail de ressources et d’expériences,
mais nous n’en faisons pas toujours le meilleur usage.
Pour optimiser notre potentiel, le seul moyen consiste à
inventer de nouvelles formes de collaboration et de coopération.
C’est ce à quoi nous nous employons”, poursuit
M. Schaar.
Les Maldives représentent un champ d’expérimentation
idéal pour “travailler en tant que Mouvement”
et avec d’autres partenaires, car c’est un des très
rares pays du monde à ne pas posséder encore de
Société nationale de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge,
même si de nombreux volontaires enthousiastes s’emploient
très activement à combler cette lacune.
Pour Johan Schaar, les perspectives sont très encourageantes
à cet égard. “Après un an seulement,
nous disposons déjà d’un groupe très
dynamique et avons mis en place un large processus de consultation
sur les différentes îles de l’archipel. Nous
bénéficions par ailleurs d’un solide appui
auprès du gouvernement, qui considère que le Croissant-Rouge
a un rôle très important à jouer. Le défi
consistera à faire en sorte que la future Société
nationale soit vraiment représentative. Nous devons nous
efforcer de canaliser l’esprit de volontariat que nous
avons vu à l’oeuvre lors du tsunami et de le réincarner
parmi des individus et dans le cadre d’expériences
qui modèleront le Croissant-Rouge des Maldives.”
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En
visite à Kudahuvadhoo, un atoll des Maldives où
la Fédération internationale est en train
de bâtir des maisons pour plus de cent familles
évacuées d’îles voisines, Johan
Schaar, représentant spécial pour l’opération
tsunami (à gauche), a estimé que des progrès
notables avaient été accomplis, tout en
notant que l’heure n’était pas à
l’autosatisfaction.
(p13761)
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Quelques-unes
des cinquante premières maisons pratiquement terminées
sur l’île de Kudahuvadhoo.
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Ahmad
Mussa, une octogénaire, et sa voisine Rashida Zakaria,
qui élève douze enfants dans un logement
de deux pièces, ont été évacuées
à la suite du tsunami. Elles vont bientôt
pouvoir emménager dans des habitations permanentes.
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