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Réponse à la catastrophe, une mobilisation populaire
14 juin 2006
Gilles Lordet, délégué à l'information, en Indonésie
Le tremblement de terre qui a touché la province de Yogyakarta, le samedi 27 mai dernier, semble avoir choisi ses victimes. Yogyakarta, le chef-lieu de la province et capitale culturelle de l’Indonésie, montre peu les traces de la catastrophe. Seul les quartiers sud ont subi d’importants dégâts. Ce sont les districts de Bantul, à une dizaine de kilomètre au sud-ouest de la grande ville universitaire, et de Klaten, à une demi –heure de route à l’Est, qui paient le plus lourd tribu. Les deux districts réunissent les deux tiers des victimes.

Dans le petit village de Garanguro, en périphérie de Klaten, les habitants se sont tout de suite organisés. Les voisins se sont portés secours les uns les autres pour sortir les victimes des décombres. Des postes de secours, appelés "posko", ont été mis en place pour centraliser la nourriture et l’eau, effectuer des distributions équitables, recenser les blessés, les morts et les dégâts. Le "gotong royong", qui signifie, "solidarité" en javanais, un des creusets de ces communautés villageoises, montre combien la réponse à l’urgence n’est jamais autant efficace que quand les premières actions de secours impliquent la population même.

« Les gens se sont réunis par quartier. Il dorment maintenant à plusieurs familles sous une tente, ont mis en place une cuisine collective dans laquelle les femmes préparent la nourriture pour tout le monde. Personne n’est laissé à l’abandon », raconte un des chefs de quartier, M. Sumarjo qui gère un des "posko" du village. Les moyens sont rudimentaires. Le poste consiste en une toile de tente ; des nattes sont étalées le sol pour accueillir les autorités ou les associations donatrices. Les données sur les dégâts et les familles touchées sont griffonnées à la main sur des bouts de papiers. Un drapeau devant où est inscrit en grand "poste de secours, tremblement de terre" indique à la population qu’ils peuvent réclamer de l’aide ici : « Nous recevons les aides de l’extérieur, principalement des cartons de nourritures, continue Sumarjo.

Nous accueillions également les organisations humanitaires pour les informer sur les besoins. 160 maisons sont détruites dans le village, soit presque toutes les habitations. Il y a eu 8 morts. Tout le monde reçoit de l’aide. Personne n’est oublié dans le village, » assure-t-il.
Les volontaires de la PMI

La mobilisation de la Croix-Rouge Indonésienne a également été particulièrement efficace : « Dès le matin de la catastrophe, nous avons commencé à évacuer les victimes, raconte Rachmat un volontaire de 23 ans originaire de Klaten. Le soir, nous avons installé des bâches pour faire des abris provisoires, notamment devant les hôpitaux ou se trouvaient la plupart des gens. Nous avons terminé pendant la nuit vers 4 heures du matin en distribuant des couvertures. » L’efficacité de la PMI a été possible grâce à l’arrivée de volontaires indonésiens des quatre coins de l’archipel : Nono qui coordonne l’ensemble des opérations à Klaten vient de la PMI de Kalimantan, Juli, médecin qui gère une clinique ambulante, est originaire Bali, Parangadi, qui supervise les distributions de nourritures, vient de Java centre.

La Croix-Rouge indonésienne s’est appuyée sur son réseau de branches locales qui émaillent le territoire national. Elle a également pu compter sur les équipes déjà mobilisées en préparation de l’éruption Mont Merapi, le volcan situé au nord de Yogyakarta et dont l’activité est particulièrement menaçante depuis quelques mois. 500 d’entre eux ont participé aux opérations depuis une semaine.

Un bon exemple de cette mobilisation anonyme se voit dans les cuisines collectives. A Bantul, de jeunes étudiants, volontaires de la Croix-Rouge préparent chaque jour et sans relâche 500 paquets repas pour les victimes, les volontaires et des patients de l’hôpital de terrain. En tout, 10 cuisines collectives sur l’ensemble de la zone touchée par le tremblement de terre fourni 15,000 repas par jour et espère alimenter 100,000 personnes dans les prochains jours.

Une situation médicale sous contrôle
Le petit hôpital de campagne installé par la Croix-Rouge Norvégienne derrière les bureaux de la Croix-Rouge indonésienne de Bantul ne désengorge pas. « 4 jours après la catastrophe, nous recevons encore une moyenne de 150 patients par jour. Les 60 lits sont pleins, affirme Edward, un chirurgien volontaire de la PMI. Nous sommes 7 spécialistes, dix docteurs généralistes et 50 infirmières à travailler en continue. La salle d’opération est ouverte depuis mardi. La plupart des pathologies sont des fractures, des jambes cassées, des contusions et des blessures. Beaucoup de gens se sont ouverts un bras ou une jambe. »

« Nous avons également à disposition 11 ambulances qui font le tour des villages détruits pour recueillir les blessés, ajoute Yas, médecin généraliste. Nous nous déplaçons dans les villages et, sur place, nous demandons qui a été blessé assez gravement et puis nous établissons un diagnostic pour définir si la personne a besoin d’être emmené à l’hôpital. »

Plus de 33,200 personnes ont été gravement blessées, selon les chiffres du ministère des Affaires sociales, et presque 13,000 légèrement. La phase d’urgence médicale, pendant laquelle des vies peuvent être sauvées, est terminée. Beaucoup d’hôpitaux sont encore pleins car beaucoup de gens sont encore handicapés ou ne savent plus ou aller. Mais la situation est sous contrôle, assurent les autorités qui soulignent également le besoin d’équipement médical, surtout orthopédique.

Les défis pour les jours qui viennent
Selon Latifur Rahman, chef des opérations de la Fédération de la Croix-Rouge à Yogyakarta, « les deux urgences pour les semaines à venir sont de fournir des abris et d’assurer des conditions d’hygiène convenables. Nous avons déjà distribué 2.8000 tentes et 70000 bâches pour un plus de 35,000 bénéficiaires. Mais les besoins sont encore immenses. » Selon Frédéric Blas, en charge des opérations d’abris transitoires, les distributions, que ce soit de matériel ou de nourriture, seront des opérations difficiles en raison de la répartition des destructions : « Ce sont surtout d’innombrables petits villages autour des grandes villes qui ont été touchés. Ils sont souvent reculés et difficiles d’accès. Il y a peu de chance que nous devions faire face à une situation où les déplacées seront regroupés par camp. Les gens veulent rester au sein de leurs communautés, près de leurs anciennes maisons. »

Les premières observations des délégués eau et assainissement, amènent à penser que les populations touchées y ont encore accès à l’eau. Les puits de surface construits par les familles dans leurs jardins sont en bon état et l’eau semble de bonne qualité, ce qui reste toutefois encore à confirmer. En revanche, les toilettes et les douches sont très souvent détruites. La Croix-Rouge prévoit la construction de latrines le plus rapidement possible. Le gouvernement fait état d’un besoin de 15,000 structures sanitaires. La Croix-Rouge Espagnole a d’ores et déjà commencé la construction de 8 latrines et de 4 douches sur le terrain de football de Bantul alors que la Croix-Rouge installe une station à Gantinwarno, près de Klaten.

Les premiers bilans du ministère des Affaire sociales font état de 6.300 tués. 67.000 maisons ont été rasées et 72.000 autres sont lourdement endommagées, laissant au moins 200,000 personnes sans-abri. Des centaines de bâtiments publiques et d’infrastructures ont également été endommagés ou détruits. La Fédération prévoit de venir en aide à 10,000 familles dans les prochains jours en fournissant soins médicaux, eau, infrastructures sanitaires, abris, nourritures et équipement pour les déplacés.
Un habitant construit une tente avec l’aide de ses voisins sur les débris de son ancien logement. (p14113)
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M. Sumarjo, chef d’un quartier de Garanguro, devant une tente où dorment le soir environ 80 personnes. (p14117)
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Un bon exemple de cette mobilisation anonyme se voit dans les cuisines collectives. A Bantul, de jeunes étudiants, volontaires de la Croix-Rouge préparent chaque jour et sans relâche 500 paquets repas pour les victimes, les volontaires et des patients de l’hôpital de terrain. (p14112)
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Hôpital de terrain à Bantul. Beaucoup d’hôpitaux sont encore pleins car beaucoup de gens sont encore handicapés ou ne savent plus ou aller. Mais la situation est sous contrôle, assurent les autorités qui soulignent également le besoin d’équipement médical, surtout orthopédique. (p14111)
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