Le
tremblement de terre qui a touché la province de Yogyakarta,
le samedi 27 mai dernier, semble avoir choisi ses victimes.
Yogyakarta, le chef-lieu de la province et capitale culturelle
de l’Indonésie, montre peu les traces de la catastrophe.
Seul les quartiers sud ont subi d’importants dégâts.
Ce sont les districts de Bantul, à une dizaine de kilomètre
au sud-ouest de la grande ville universitaire, et de Klaten,
à une demi –heure de route à l’Est,
qui paient le plus lourd tribu. Les deux districts réunissent
les deux tiers des victimes.
Dans le petit village de Garanguro, en périphérie
de Klaten, les habitants se sont tout de suite organisés.
Les voisins se sont portés secours les uns les autres
pour sortir les victimes des décombres. Des postes de
secours, appelés "posko", ont été
mis en place pour centraliser la nourriture et l’eau,
effectuer des distributions équitables, recenser les
blessés, les morts et les dégâts. Le "gotong
royong", qui signifie, "solidarité" en
javanais, un des creusets de ces communautés villageoises,
montre combien la réponse à l’urgence n’est
jamais autant efficace que quand les premières actions
de secours impliquent la population même.
« Les gens se sont réunis par quartier. Il dorment
maintenant à plusieurs familles sous une tente, ont mis
en place une cuisine collective dans laquelle les femmes préparent
la nourriture pour tout le monde. Personne n’est laissé
à l’abandon », raconte un des chefs de quartier,
M. Sumarjo qui gère un des "posko" du village.
Les moyens sont rudimentaires. Le poste consiste en une toile
de tente ; des nattes sont étalées le sol pour
accueillir les autorités ou les associations donatrices.
Les données sur les dégâts et les familles
touchées sont griffonnées à la main sur
des bouts de papiers. Un drapeau devant où est inscrit
en grand "poste de secours, tremblement de terre"
indique à la population qu’ils peuvent réclamer
de l’aide ici : « Nous recevons les aides de l’extérieur,
principalement des cartons de nourritures, continue Sumarjo.
Nous accueillions également les organisations humanitaires
pour les informer sur les besoins. 160 maisons sont détruites
dans le village, soit presque toutes les habitations. Il y a
eu 8 morts. Tout le monde reçoit de l’aide. Personne
n’est oublié dans le village, » assure-t-il.
Les volontaires de la PMI
La mobilisation de la Croix-Rouge Indonésienne a également
été particulièrement efficace : «
Dès le matin de la catastrophe, nous avons commencé
à évacuer les victimes, raconte Rachmat un volontaire
de 23 ans originaire de Klaten. Le soir, nous avons installé
des bâches pour faire des abris provisoires, notamment
devant les hôpitaux ou se trouvaient la plupart des gens.
Nous avons terminé pendant la nuit vers 4 heures du matin
en distribuant des couvertures. » L’efficacité
de la PMI a été possible grâce à
l’arrivée de volontaires indonésiens des
quatre coins de l’archipel : Nono qui coordonne l’ensemble
des opérations à Klaten vient de la PMI de Kalimantan,
Juli, médecin qui gère une clinique ambulante,
est originaire Bali, Parangadi, qui supervise les distributions
de nourritures, vient de Java centre.
La Croix-Rouge indonésienne s’est appuyée
sur son réseau de branches locales qui émaillent
le territoire national. Elle a également pu compter sur
les équipes déjà mobilisées en préparation
de l’éruption Mont Merapi, le volcan situé
au nord de Yogyakarta et dont l’activité est particulièrement
menaçante depuis quelques mois. 500 d’entre eux
ont participé aux opérations depuis une semaine.
Un bon exemple de cette mobilisation anonyme se voit dans les
cuisines collectives. A Bantul, de jeunes étudiants,
volontaires de la Croix-Rouge préparent chaque jour et
sans relâche 500 paquets repas pour les victimes, les
volontaires et des patients de l’hôpital de terrain.
En tout, 10 cuisines collectives sur l’ensemble de la
zone touchée par le tremblement de terre fourni 15,000
repas par jour et espère alimenter 100,000 personnes
dans les prochains jours.
Une situation médicale sous contrôle
Le petit hôpital de campagne installé par la Croix-Rouge
Norvégienne derrière les bureaux de la Croix-Rouge
indonésienne de Bantul ne désengorge pas. «
4 jours après la catastrophe, nous recevons encore une
moyenne de 150 patients par jour. Les 60 lits sont pleins, affirme
Edward, un chirurgien volontaire de la PMI. Nous sommes 7 spécialistes,
dix docteurs généralistes et 50 infirmières
à travailler en continue. La salle d’opération
est ouverte depuis mardi. La plupart des pathologies sont des
fractures, des jambes cassées, des contusions et des
blessures. Beaucoup de gens se sont ouverts un bras ou une jambe.
»
« Nous avons également à disposition 11
ambulances qui font le tour des villages détruits pour
recueillir les blessés, ajoute Yas, médecin généraliste.
Nous nous déplaçons dans les villages et, sur
place, nous demandons qui a été blessé
assez gravement et puis nous établissons un diagnostic
pour définir si la personne a besoin d’être
emmené à l’hôpital. »
Plus de 33,200 personnes ont été gravement blessées,
selon les chiffres du ministère des Affaires sociales,
et presque 13,000 légèrement. La phase d’urgence
médicale, pendant laquelle des vies peuvent être
sauvées, est terminée. Beaucoup d’hôpitaux
sont encore pleins car beaucoup de gens sont encore handicapés
ou ne savent plus ou aller. Mais la situation est sous contrôle,
assurent les autorités qui soulignent également
le besoin d’équipement médical, surtout
orthopédique.
Les défis pour les jours qui viennent
Selon Latifur Rahman, chef des opérations de la Fédération
de la Croix-Rouge à Yogyakarta, « les deux urgences
pour les semaines à venir sont de fournir des abris et
d’assurer des conditions d’hygiène convenables.
Nous avons déjà distribué 2.8000 tentes
et 70000 bâches pour un plus de 35,000 bénéficiaires.
Mais les besoins sont encore immenses. » Selon Frédéric
Blas, en charge des opérations d’abris transitoires,
les distributions, que ce soit de matériel ou de nourriture,
seront des opérations difficiles en raison de la répartition
des destructions : « Ce sont surtout d’innombrables
petits villages autour des grandes villes qui ont été
touchés. Ils sont souvent reculés et difficiles
d’accès. Il y a peu de chance que nous devions
faire face à une situation où les déplacées
seront regroupés par camp. Les gens veulent rester au
sein de leurs communautés, près de leurs anciennes
maisons. »
Les premières observations des délégués
eau et assainissement, amènent à penser que les
populations touchées y ont encore accès à
l’eau. Les puits de surface construits par les familles
dans leurs jardins sont en bon état et l’eau semble
de bonne qualité, ce qui reste toutefois encore à
confirmer. En revanche, les toilettes et les douches sont très
souvent détruites. La Croix-Rouge prévoit la construction
de latrines le plus rapidement possible. Le gouvernement fait
état d’un besoin de 15,000 structures sanitaires.
La Croix-Rouge Espagnole a d’ores et déjà
commencé la construction de 8 latrines et de 4 douches
sur le terrain de football de Bantul alors que la Croix-Rouge
installe une station à Gantinwarno, près de Klaten.
Les premiers bilans du ministère des Affaire sociales
font état de 6.300 tués. 67.000 maisons ont été
rasées et 72.000 autres sont lourdement endommagées,
laissant au moins 200,000 personnes sans-abri. Des centaines
de bâtiments publiques et d’infrastructures ont
également été endommagés ou détruits.
La Fédération prévoit de venir en aide
à 10,000 familles dans les prochains jours en fournissant
soins médicaux, eau, infrastructures sanitaires, abris,
nourritures et équipement pour les déplacés.
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Un
habitant construit une tente avec l’aide de ses
voisins sur les débris de son ancien logement.
(p14113)
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M.
Sumarjo, chef d’un quartier de Garanguro, devant
une tente où dorment le soir environ 80 personnes.
(p14117)
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Un
bon exemple de cette mobilisation anonyme se voit dans
les cuisines collectives. A Bantul, de jeunes étudiants,
volontaires de la Croix-Rouge préparent chaque
jour et sans relâche 500 paquets repas pour les
victimes, les volontaires et des patients de l’hôpital
de terrain. (p14112)
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Hôpital
de terrain à Bantul. Beaucoup d’hôpitaux
sont encore pleins car beaucoup de gens sont encore handicapés
ou ne savent plus ou aller. Mais la situation est sous
contrôle, assurent les autorités qui soulignent
également le besoin d’équipement médical,
surtout orthopédique. (p14111)
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