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Liban: la situation humanitaire reste critique

Interview du président de la Croix-Rouge libanaise, Sami Al Dahdah



16 août 2006
Marie-Françoise Borel
Question: Quelles sont vos principales préoccupations aujourd’hui?

Sami Al Dahdah: La situation humanitaire n’a pas été réglée et je suis inquiet au sujet du cessez-le-feu, ne sachant pas s’il va tenir ou s’il ne sera que temporaire. Le gros problème consistera à trouver des hébergements pour le grand nombre de personnes déplacées qui vont vouloir rentrer chez elles, en particulier pour celles dont les villages ont été détruits. Nous sommes surpris par leur nombre et par la rapidité de leur retour. Des mouvements de populations d’une telle ampleur sont toujours extrêmement préoccupants.

Nous n’avons pas eu le temps de finaliser un plan d’action pour les gens qui reviennent. Cependant, il nous a bien fallu improviser quand notre pays a été bombardé, aussi continuerons-nous à improviser pour fournir une aide d’urgence aux personnes déplacées. La situation évolue de jour en jour et nous devons donc rester très flexibles.

La circulation demeure également un sérieux problème. Les routes et les ponts ayant été détruits, il faut des heures et des heures pour passer d’un secteur à un autre. L’infrastructure est elle aussi en ruines, notamment les réseaux d’eau et d’électricité. Une de nos priorités consiste à trouver un moyen sûr d’accéder aux communautés dans le besoin.

Q: La Croix-Rouge libanaise maintient-elle toutes ses activités?


S.D. : Nos équipes restent mobilisées et nos cliniques mobiles sont toujours actives. La Croix-Rouge a retiré de nombreux corps des décombres des bâtiments détruits, mais tous les morts n’ont pas été retrouvés. Nous devons donc poursuivre nos efforts de recherche et d’évacuation des cadavres.

Nos jeunes volontaires continuent d’assister les personnes déplacées en leur procurant de la nourriture, de l’eau et autres produits de première nécessité. Nous recevons d’importantes quantités de secours du CICR et de Sociétés nationales soeurs.

Q : Quels sont les principaux besoins et priorités actuels?

S.D. : En dehors de l’aide humanitaire aux personnes déplacées, les besoins sont multiples – essence, médicaments, argent pour couvrir nos dépenses. Nous avons à payer, entre autres, les frais des volontaires, à savoir leur nourriture, leur hébergement, leurs déplacements, leurs vêtements et équipements. Nos antennes locales et nos dispensaires devront être remis en état ou reconstruits. Nous allons devoir également réparer ou remplacer nombre d’ambulances et autres véhicules pour acheminer l’assistance.

Notre priorité consiste à évaluer la situation présente et à mettre en oeuvre le plus rapidement possible un plan d’action. Nous devons déterminer qui sont les plus vulnérables et quels sont leurs besoins les plus pressants. Dès le début des hostilités, nous avons mis en place, avec le concours de vingt-cinq spécialistes, des services de soutien psychologique dans les écoles où les personnes déplacées avaient été hébergées, mais il nous faut à présent envisager des programmes de longue haleine dans ce domaine.

Q : Avez-vous recruté de nouveaux volontaires au cours des dernières semaines?

S.D. : Non, car, lorsque des gens décident de s’engager comme volontaires au sein de la Croix-Rouge, ils doivent être capables d’agir en temps de guerre comme en temps de paix. Cela réclame un temps de formation. Toutefois, de nombreux médecins et infirmiers nous ont spontanément offert leurs services quand les hostilités ont commencé. Nous les avons accueillis avec gratitude.

Q : Qu’avez-vous à dire du travail des équipes de la Croix-Rouge libanaise qu’on a pu voir à l’oeuvre sur les écrans de télévision du monde entier?

S.D. : Je voudrais rendre tout spécialement hommage au travail humanitaire et à l’héroïsme des jeunes secouristes qui se sont aventurés sur des routes défoncées, parfois même à travers champs, pour secourir et évacuer les blessés. En dépit des assurances que nous avions reçues, quatre de nos ambulances ont été attaquées. Un de nos secouristes a été tué et six autres ont été blessés. Néanmoins, malgré les risques permanents, ces jeunes gens ont sillonné les zones de conflit, risquant leur propre vie pour assister les populations affectées.

Q : La situation a dû être difficile pour vous et pour votre famille...

S.D. : Les miens ne m’ont pas beaucoup vu ces dernières semaines. J’ai trois enfants – deux filles et un garçon. Récemment, ils m’ont dit: “Appelle-nous quand tu passeras à la télévision, comme ça, nous pourrons te voir!”...

Q : Qu’éprouvez-vous maintenant que le cessez-le-feu est intervenu?

S.D. : Je dois avouer que nous n’avons pas encore une idée très claire de la situation, car nous sommes un peu dépassés par les événements. Nous ne pensons qu’à travailler, travailler, travailler et faisons de notre mieux pour aider ceux qui ont besoin de nous. Nous devons répondre à une multitude de demandes et résoudre très vite quantité de problèmes, à mesure qu’ils se présentent.

Ce conflit a démontré une fois de plus l’importance de la Croix-Rouge et de notre mission. Nous avons à encadrer quelque 5000 volontaires et cela représente un énorme défi.

Nous souhaitons remercier la Fédération internationale et les nombreuses Sociétés nationales du monde entier qui nous ont apporté leur appui. Le CICR est resté constamment à nos côtés et a accompli un excellent travail de protection en notre faveur. Notre Mouvement est une grande famille et nous savons que nous ne sommes pas seuls dans ces épreuves.
Sheikh Sami DAHDA, Président de la Croix-Rouge libanaise. (p14528)
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M. Walid KEBBE, Vice-président de la Croix-Rouge libaniase. (p14529)
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Les volontaires de la Croix-Rouge libanaise jeunesse continuent d'aider les populations déplacées en distribuant des denrées alimentaires ainsi que des produits d'aide humanitaire d'urgence. Beaucoup de ces produits ont été proportionnés par le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) ainsi que par beaucoup de Sociétés nationales. (p14530)
"Les volontaires de la Croix-Rouge libanaise jeunesse continuent d'aider les populations déplacées en distribuant des denrées alimentaires ainsi que des produits d'aide humanitaire d'urgence. Beaucoup de ces produits ont été fournis par le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) ainsi que par de nombreuses Sociétés nationales." (p14530)
Ce conflit a démontré une fois de plus l’importance de la Croix-Rouge et de sa mission. L'encadrement des quelque 5 000 volontaires en action a représenté un énorme défi. (p14531)
"Ce conflit a démontré une fois de plus l’importance de la Croix-Rouge et de sa mission. L'encadrement des quelque 5 000 volontaires en action a représenté un énorme défi." (p14531)
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