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Soigner les souffrances aux Maldives
25 septembre 2006
Texte et photos de Joe Lowry, délégué d'information de la Fédération internationale aux Maldives
Bien que deux ans se soient écoulés depuis le passage du tsunami et que le souvenir de la catastrophe tend à s’estomper dans l’esprit des gens, qui commémorent l’anniversaire d’autres catastrophes et en apprennent de nouvelles dans les journaux, les habitants des Maldives, ne peuvent oublier ce drame horrible et continuent de se réveiller en hurlant.

Tôt le matin, au moment où les enfants se préparent pour l’école, où les femmes balaient les feuilles et les hommes s’entretiennent des questions du jour, le camps de personnes déplacées de l’île de Ugoofaaru ressemble à n'importe quel village, à la différence près que la vie des quelque 1800 personnes qui y résident est suspendu à l’espoir qu’une nouvelle communauté voit le jour.

À dix minutes seulement en bateau, une autre communauté établie temporairement se réveille. Des ouvriers venus de toute l’Asie y travaillent dur à la construction des premières 166 maisons, sur les 600 financées par la Fédération internationale, destinées aux personnes déplacées de l’île de Kandholhudhoo, qui sont actuellement hébergées dans divers camps situés sur les îles alentour.

S’il est une chose qu’il faut apprendre quand on est une personne déplacée, c’est bien la patience. Dans le camps, il n'y a rien d'autre à faire que de s'asseoir et d'attendre, parfois longuement, les nouvelles. Il n'y a pas de travail, pas d'espace et pas de quoi se réjouir. Il existe, toutefois, parmi les personnes déplacées, un homme extraordinaire, qui fait ce qu'il peut pour apaiser les souffrances psychologiques et les angoisses de ceux qui ont perdu leur toit, leurs proches ou leurs moyens de subsistance.

Ali Ibrahim, 53 ans, est père de 12 enfants. Il est ce que l'on appelle un hakeem, un guérisseur, qui a hérité de savoirs ancestraux. Nous l’avons rencontré par hasard alors que nous faisions réparer une serrure par un petit homme, une cigarette dans la bouche et des lunettes de soleil rouges sur le sommet de la tête. Lorsque l’on m’a dit que c’était un guérisseur, j’ai observé la pièce du regard à la recherche d'une autre personne, m’attendant à voir un shaman ou un marabout en robe. Ali a simplement posé le tournevis et nous avons commencé à discuter.

Il m'a dit que l’on faisait de plus en plus appel à ses services depuis le tsunami, en particulier concernant la préparation d’une potion faite de pétales de roses et d'épices qui permet de soigner la dépression. « De nombreuses personnes souffrent de troubles psychologiques depuis la catastrophe. Les gens ont des cauchemars ou sont effrayés au moindre bruit suspect. Je traite également les maux de tête, les poussées de fièvre, les infections urinaires, les maladies cardiaques, l'arthrite, les coupures, les fractures, etc. Les symptômes sont visibles dans les yeux des gens, dans leurs mains et sur leurs pieds.

Si Ali s’en remet aux techniques médicales modernes, encourageant les gens à faire des IRM et d'autres traitements de pointe, il utilise des incantations, des herbes, des plantes et des épices pour soigner ses patients. Il tire ses incantations du Coran, mais affirme que son art est bien plus ancien que l'Islam.

Le docteur Satyabrata Dash, qui dirige le programme de soutien psychologique mis en œuvre par la Croix-Rouge américaine aux Maldives, estime que les guérisseurs jouent un rôle positif au sein de la communauté. Il n'en considère pas moins que les plantes ne peuvent à elles seules soigner toutes les maladies. «Peu de racines et de plantes ont démontré leur utilité en matière de soins psychologiques », précise-il. Pour autant, les guérisseurs offrent une oreille attentive et donnent la possibilité aux gens de parler de leurs problèmes. Cela les aide énormément».

Le jour où le tsunami a frappé l’archipel, Ali était en train de pêcher des concombres de mer avec d’autres habitants de l’île de Kandholhudhoo, une activité qui lui a permis d’assurer le bien-être de sa famille et d’offrir des consultations gratuites. Ils ont été informés par un message radio des événements qui étaient en train de se dérouler à terre. À son retour au port, des survivants ont investi le bateau et leur ont raconté ce qui s’était passé.

Kandholhudhoo est aujourd’hui une île dévastée, abandonnée par ses habitants. Nous nous y sommes rendus avec Ali et Ahmed, un instituteur, accompagné de son fils Rifhan. La vue est saisissante depuis la mer, le bâtiment de quatre étages construit récemment pour abriter l’école donne à l’île un air urbain. Une unité de transformation du poisson a été créée sur la côte. A l’instar des habitants de l’île, elle sera déplacée sur l’île de Dhuvaafaru, où les maisons financées par la Fédération sont en cours de construction.

Ce sont les seuls signes de vie. La plupart des anciennes constructions ont été détruites par le tsunami ; les plus récentes commencent à se détériorer. Sur les murs de l’école, on peut lire le slogan (plutôt ironique au vu de celui qui nous accompagne) : «mange une pomme par jour et tu verras le médecin s’éloigner pour toujours». Les manuels scolaires et les registres de classes gisent, éparpillés sur le sol.

Ahmed éprouve des sentiments partagés. La veille, il s’était rendu sur l’île où il est désormais appelé à vivre. « C'est triste, » marmonne-t-il en anglais, « vraiment trop triste ». S’exprimant à nouveau en dhivehi, il admet que la vie était dure sur son île, un espace restreint et surpeuplé, qui n’offrait que peu d’avenir à ses enfants.

Ali acquiesce. La veille, il avait cueilli des racines permettant de soulager les douleurs au foie sur l’île de Dhuvaafaru. Il était difficile de se procurer cette plante sur son ancienne île, où la végétation était rare. « Nous vivrons bien ici, » dit-il. « Nous serons heureux.»

Ali Ibrahim est guérisseur. Ce don est transmis de générations en générations. On fait de plus en plus appel à ses services depuis le tsunami, en particulier concernant la préparation d’une potion faite de pétales de roses et d'épices qui permet de soigner la dépression. « De nombreuses personnes souffrent de troubles psychologiques depuis la catastrophe. » Les gens ont des cauchemars ou sont effrayés au moindre bruit suspect. (p14689)
Ali Ibrahim est guérisseur. Ce don est transmis de générations en générations. On fait de plus en plus appel à ses services depuis le tsunami, en particulier concernant la préparation d’une potion faite de pétales de roses et d'épices qui permet de soigner la dépression. « De nombreuses personnes souffrent de troubles psychologiques depuis la catastrophe. » Les gens ont des cauchemars ou sont effrayés au moindre bruit suspect. (p14689)

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L’île abandonnée de Kandholhudhoo. La vue est saisissante depuis la mer, le bâtiment de quatre étages construit récemment pour abriter l’école donnant à l’île un air urbain. Une unité de transformation du poisson a été créée sur la côte. À l’instar des habitants de l’île, elle sera déplacée sur l’île de Dhuvaafaru, où les maisons financées par la Fédération sont en cours de construction. (p14687)
L’île abandonnée de Kandholhudhoo. La vue est saisissante depuis la mer, le bâtiment de quatre étages construit récemment pour abriter l’école donnant à l’île un air urbain. Une unité de transformation du poisson a été créée sur la côte. À l’instar des habitants de l’île, elle sera déplacée sur l’île de Dhuvaafaru, où les maisons financées par la Fédération sont en cours de construction. (p14687)

Kandholhudhoo est aujourd’hui une île dévastée, abandonnée par ses habitants. La plupart des anciennes constructions ont été détruites par le tsunami ; les plus récentes commencent à se détériorer. (p14688)
Kandholhudhoo est aujourd’hui une île dévastée, abandonnée par ses habitants. La plupart des anciennes constructions ont été détruites par le tsunami ; les plus récentes commencent à se détériorer. (p14688)

À dix minutes seulement en bateau, une autre communauté établie temporairement se réveille. Des ouvriers venus de toute l’Asie y travaillent dur à la construction de 166 maisons, sur les 600 financées par la Fédération internationale, destinées aux personnes déplacées de l’île de Kandholhudhoo, qui sont actuellement hébergées dans divers camps situés sur les îles alentour. (p14686)
À dix minutes seulement en bateau, une autre communauté établie temporairement se réveille. Des ouvriers venus de toute l’Asie y travaillent dur à la construction de 166 maisons, sur les 600 financées par la Fédération internationale, destinées aux personnes déplacées de l’île de Kandholhudhoo, qui sont actuellement hébergées dans divers camps situés sur les îles alentour. (p14686)

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