Dans
le village de Nawangran Sobrian, au nord du Pakistan, une jeune
femme fait sa vaisselle dans une flaque d’eau de pluie.
La scène n’est pas rare dans cette région
ravagée par le tremblement de terre d’octobre 2005
et durement affectée par des inondations et des glissements
de terrain au cours de l’été dernier.
“Un an après le séisme, il y a de l’eau
en abondance, mais elle est souvent contaminée par des
débris et des bactéries”, rapporte Edoardo
Casetta, coordinateur des programmes d’approvisionnement
en eau et d’assainissement de la Fédération
internationale dans la province de la Frontière du Nord-Ouest.
Non loin du village, des volontaires et des employés
du Croissant-Rouge du Pakistan s’emploient à dégager
une citerne d’eau qui a été ensevelie sous
la terre et les pierres à la suite d’une inondation
éclair en août dernier. Près de deux mois
après, on croirait que cet endroit a subi une éruption
volcanique. De longues traînées de rochers et de
gravier strient les pentes herbues, signalant les trajets empruntés
par les eaux déchaînées, à l’image
de coulées de lave.
Les employés du Croissant-Rouge affirment que la citerne
sera bientôt remise en état. Cependant, le matériel
ne suffit pas à garantir que les gens n’utiliseront
pas de l’eau insalubre pour boire ou, comme la jeune femme
de Nawangran Sobrian, faire la vaisselle. C’est pourquoi
l’éducation à l’hygiène est
aussi importante que les systèmes d’approvisionnement.
“En mars, quand les gens ont commencé à
quitter les camps pour retourner chez eux, nous avons vite compris
qu’il était vital de diffuser des notions d’hygiène
parmi les communautés locales”, déclare
Charity Sikamo, déléguée Eau & Assainissement
pour la Fédération internationale dans la province
de la Frontière du Nord-Ouest. “On pourrait penser
que cela va de soi, mais beaucoup de gens ignorent que le simple
fait de bouillir l’eau tue les bactéries et prévient
des maladies”, poursuit-elle.
“Nous expliquons aussi aux villageois où il convient
d’installer leurs latrines et comment éliminer
les déchets solides, et nous recommandons aux mères
d’interdire à leurs enfants de jouer dans les endroits
jonchés de détritus ou d’excréments.”
Le contact avec les femmes s’est révélé
crucial pour l’amélioration de la santé
et de l’hygiène, en particulier dans les zones
rurales les plus conservatrices. “Les femmes sont les
gardiennes de la vie domestique”, note Sikamo. “Ce
sont elles qui puisent l’eau, ramassent le bois, font
le ménage et la cuisine, veillent sur les enfants malades...
c’est pourquoi il est indispensable de les mobiliser.”
Pour toucher les femmes et les jeunes filles, la Fédération
internationale et le Croissant-Rouge du Pakistan ont décidé
de travailler avec les “femmes auxiliaires de santé”
reconnues par le ministère de la Santé et de former
des équipes locales chargées de la promotion de
l’hygiène.
L’idée consiste à sensibiliser des femmes,
ainsi que des hommes, qui diffusent ensuite leurs connaissances
parmi leur entourage et contribuent ainsi à faire évoluer
les comportements. Cette formule a déjà fait ses
preuves et elle est de mieux en mieux accueillie dans les régions
affectées par le tremblement de terre.
Aujourd’hui, les agents de promotion de l’hygiène
soutenus par des spécialistes de la Fédération
internationale visitent tous les quinze jours les communautés
rurales, comme celle de Nawangran Sobrian, afin d’animer
des sessions de questions et réponses. Les femmes et
les jeunes filles se rassemblent dans une maison, les hommes
et les garçons dans une autre pour parler de l’élimination
des déchets et de l’aménagement des latrines.
“Ces réunions nous font prendre conscience de la
nécessité de nettoyer régulièrement
nos foyers et nos latrines”, déclare Shahjehan
Bibi.
“Maintenant, je sais que les bactéries transmettent
des maladies et que je serai en meilleure santé si je
me lave régulièrement”, ajoute-t-elle.
Sikamo note que cette sensibilisation a évité
à beaucoup de gens de tomber malades lors d’une
récente flambée de diarrhée.
“Nous avons constaté que les cas étaient
moins nombreux dans les villages où nous avions organisé
des séances de promotion de l’hygiène. Même
si il faudra attendre un ou deux ans avant de pouvoir mesurer
l’impact global de nos efforts, on observe déjà
des signes très encourageants”.
Au cours des six derniers mois, on s’est également
employé très activement à aménager
des latrines familiales et des “salles d’eau”
conformes aux traditions culturelles. Après la catastrophe,
les hommes et les garçons se lavaient couramment à
la rivière ou à la mosquée, mais les femmes
n’avaient aucun endroit où faire leur toilette.
Désormais, elles disposent elles aussi d’un lieu
pour se laver en toute intimité.
Selon Edoardo Casetta, les communautés sinistrées
ont connu des améliorations spectaculaires en un an.
A l’époque, pratiquement tous les systèmes
d’approvisionnement en eau, y compris les sources naturelles,
avaient été contaminés et 80 à 90
pour 100 des toilettes avaient été détruites,
contraignant les gens à faire leurs besoins dans les
cours, les champs et les bosquets.
Aussitôt après la catastrophe, la Fédération
internationale avait déployé deux unités
d’intervention d’urgence dans les villes de Batagram
et de Balakot. Chacune était en mesure de purifier 240
000 litres d’eau par jour, au bénéfice d’environ
40 000 personnes. Soutenues par les Sociétés de
la Croix-Rouge autrichienne, allemande et suédoise, ainsi
que par le département de l’aide humanitaire de
la Commission européenne (ECHO), elles ont approvisionné
six mois durant des communautés vulnérables en
eau potable.
Dans les mois qui ont suivi le tremblement de terre, près
de 200 000 assortiments d’articles comprenant des serviettes
hygiéniques, des brosses à dents, du shampooing,
des coupe-ongles, du savon et du produit à lessive ont
également été distribués aux familles
sinistrées.
“Pendant la phase d’urgence, nos activités
dans le domaine de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement
ont été extrêmement concrètes et
efficaces”, rapporte Casetta.
“A présent, nous mettons l’accent sur une
approche participative qui vise à donner aux communautés
concernées les moyens de décider par elles-mêmes
comment améliorer leurs conditions de santé et
de définir leurs priorités en la matière.
C’est sans conteste la meilleure façon de procéder.”
|
 |
 |
|
Un
an après le tremblement de terre du 8 octobre,
il n’est pas rare de voir des femmes faire la vaisselle
dans des flaques ou des rivières contaminées
par des détritus et des bactéries. (p14728)
(Photo John Tulloch)
|
|
|
|
|
 |
|
Aussitôt
après la catastrophe, la Fédération
internationale a déployé deux unités
d’intervention d’urgence au Pakistan. Pendant
six mois, chacune a produit 240 000 litres d’eau
purifiée par jour, au bénéfice de
quelque 40 000 personnes. (Gerald Czech / Croix-Rouge
autrichienne)
|
|
 |
|
Cette
citerne d’eau qui venait d’être mise
en place près de Balakot a été enfouie
sous la boue et la pierre à la suite d’une
inondation éclair en août dernier. (p14726)
(Photo John Tulloch)
|
|
 |
|
Au
moyen d’images, Sadia Tanveer (à gauche)
et Nadia Sayeed (à droite), agents de promotion
de l’hygiène, interrogent des femmes sur
les méthodes correctes et incorrectes de laver
la vaisselle. (p14727)(Photo John Tulloch)
|
|