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Système d’alerte communautaire en Haïti
26 octobre 2006
Cristina Estrada, déléguée à l'information
En créole, “Avertis ton voisin” se dit: “Kouri di Vwazin”. L’expression est très couramment utilisée, car la tradition orale demeure très forte dans ce pays où plus de 60 pour 100 des habitants sont illettrés.

Elle constitue aussi un nom parfait pour un projet de la Croix-Rouge destiné à sensibiliser les communautés vulnérables aux risques de catastrophes comme les ouragans et à les alerter lorsque la menace est imminente.

Pour ce faire, la Croix-Rouge utilise en combinaison une ressource conventionnelle et une nouvelle technologie. Quelque 150 volontaires de la Société nationale ont déjà été formés comme ‘relais communautaires’. Leur mission consiste à alerter les habitants menacés et à leur expliquer comment réagir en cas de catastrophe.

“Le relais communautaire est un concept africain. Il assure le lien entre la source de l’information – dans le cas particulier, la Croix-Rouge – et la communauté”, explique Toumane Dianka, délégué de la Fédération internationale en charge de la gestion des catastrophes à Haïti.

Quand l’ouragan Ernesto se rapprochait des côtes haïtiennes, Denis Jean Colo, un des relais communautaires, est venu avertir Etes Davilma et sa femme Piard Marie Anne du risque et les inviter à quitter leur maison pour se mettre en sécurité.

“Si Colo n’était pas venu, nous n’aurions rien su du danger”, déclare Davilma, qui a déjà perdu neuf membres de sa famille, dont ses parents, lors de précédents ouragans et inondations. “Nous avons une radio, mais les piles sont mortes et nous n’avons pas les moyens d’en acheter des neuves”, ajoute-t-il.

Davilma vit depuis vingt-et-un ans à proximité d’un cours d’eau, un lieu à haut risque en cas d’intempéries. Avant l’arrivée de Colo, il avait bien vu le niveau de la rivière monter, mais il n’imaginait pas ce qui se préparait. “On ne penserait jamais que cette rivière, quasiment invisible en saison sèche, peut devenir aussi dangereuse”, note Colo.

Davilma et sa femme sont restés huit jours durant dans un abri d’urgence avant de pouvoir regagner leur foyer, pratiquement détruit par la crue.

Une technologie novatrice


Le bouche à oreille est un bon moyen de communication, mais il ne permet pas de toucher tout le monde. “Nous avons constaté que, là où il n’y a pas de relais communautaires, certaines personnes ne reçoivent pas les information ou trop tard”, explique Chery Jean Benito, coordinateur du projet à Les Cayes, dans le sud du pays.

C’est pourquoi on a imaginé de fournir des radios alimentées par l’énergie éolienne ou solaire. Les premières ont été distribuées le 11 octobre, à l’occasion de la Journée internationale de la prévention des catastrophes.

“Ces radios n’ont pas besoin de piles”, remarque Benito. “Ce sont les objets les plus novateurs que j’ai jamais vus et elles représentent une solution idéale aux problèmes des bénéficiaires.”

La radio reste le moyen de communication le plus largement répandu pour toucher et informer des millions d’individus vulnérables affectés par des catastrophes naturelles et autres situations de crises complexes dans les pays en développement. L’accès à ces populations est essentiel, non seulement pour les protéger et les assister en cas d’urgence, mais aussi pour développer leur capacité à faire face à des crises futures.

Rien que dans la province sud-occidentale d’Haïti, 68 radios seront distribuées, y compris 12 appareils performants qui seront confiés à des chefs communautaires, à charge pour eux de transmettre les messages d’alerte à leurs voisins.

Au total, ce sont quelque 500 postes qui seront fournis aux communautés des six provinces couvertes par le projet, grâce à une contribution de la société Free Players.

En soutien à cette initiative, des partenariats ont été établis entre les communautés et les stations de radio locales. On a également produit des spots radiophoniques spécialement consacrés à la préparation en prévision des catastrophes.

Bâtir la confiance à travers la connaissance

“Information, éducation et communication sont les mots clés de ce projet”, déclare Dianka. “Ce qui est nouveau, c’est que nous travaillons avec les communautés locales à établir une liste des mesures à prendre en cas d’urgence. Ainsi, nous bâtissons la confiance à travers la connaissance.”

L’un des aspects les plus délicats des situations d’urgence réside dans les procédures d’évacuation. A cet égard, les volontaires de la Croix-Rouge haïtienne collaborent étroitement avec les autorités locales en vue de faire prendre conscience aux gens des risques qui les menacent.

“Il faut du temps pour leur faire comprendre qu’ils doivent accepter l’idée d’abandonner leur maison et leurs biens”, explique Colo. “Mais c’est indispensable, aussi devons-nous persévérer.”

Pour certains, le choix est évident. “Quand nous avons été avertis de l’arrivée d’Ernesto, j’ai aussitôt pris le chemin de l’abri d’urgence avec mes enfants”, raconte Monette Petithomme.

“La vie est le plus précieux de tous les biens.” Pour d’autres, la perte d’ustensiles de cuisine, de matelas, du cochon ou des poules de la famille peut s’avérer irréparable. “C’est une décision extrêmement difficile et nous en sommes pleinement conscients”, poursuit Colo.

Le projet couvre actuellement six provinces, mais devrait être ultérieurement étendu à tout le pays. “Sans ouragan, par d’argent pour Haïti”, note Dianka.

“Mais ce projet est très prometteur et nous avons déjà entrepris d’élaborer la phase suivante.”

Ce projet bénéficie de l’appui des Sociétés de la Croix-Rouge américaine, canadienne et norvégienne, ainsi que des gouvernements norvégien et suisse.
Des enfants à Camp Perrin, dans le département du Sud, près de la capitale Les Cayes. Ils souffrent de problèmes de santé typiquement associés à la pauvreté: malnutrition, maladies respiratoires, affections de la peau et diarrhée. (p 14842)
Des enfants à Camp Perrin, dans le département du Sud, près de la capitale Les Cayes. Ils souffrent de problèmes de santé typiquement associés à la pauvreté: malnutrition, maladies respiratoires, affections de la peau et diarrhée. (p 14842)
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Toumane Dianka, délégué de la Fédération internationale en charge de la gestion des catastrophe à Haïti, explique à Davilma comment charger et utiliser la radio à énergie éolienne et solaire donnée par la société Free Players. (p14848)
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Denis Jean Colo,‘relais communautaire’ à la Croix-Rouge haïtienne, en compagnie de Numa Mireille, volontaire à la protection civile. Afin d’optimiser l’impact de ses activités, la Croix-Rouge haïtienne collabore étroitement avec les autorités locales et d’autres organisations. (p14843)
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Etes Davilma reçoit le premier des postes de radio à énergie éolienne et solaire distribués par la Croix-Rouge haïtienne avec le soutien de la Fédération internationale. Denis Jean Colo, relais communautaire pour ce secteur, lui en explique le fonctionnement. (p14846)
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