En
créole, “Avertis ton voisin” se dit: “Kouri
di Vwazin”. L’expression est très couramment
utilisée, car la tradition orale demeure très
forte dans ce pays où plus de 60 pour 100 des habitants
sont illettrés.
Elle constitue aussi un nom parfait pour un projet de la Croix-Rouge
destiné à sensibiliser les communautés
vulnérables aux risques de catastrophes comme les ouragans
et à les alerter lorsque la menace est imminente.
Pour ce faire, la Croix-Rouge utilise en combinaison une ressource
conventionnelle et une nouvelle technologie. Quelque 150 volontaires
de la Société nationale ont déjà
été formés comme ‘relais communautaires’.
Leur mission consiste à alerter les habitants menacés
et à leur expliquer comment réagir en cas de catastrophe.
“Le relais communautaire est un concept africain. Il assure
le lien entre la source de l’information – dans
le cas particulier, la Croix-Rouge – et la communauté”,
explique Toumane Dianka, délégué de la
Fédération internationale en charge de la gestion
des catastrophes à Haïti.
Quand l’ouragan Ernesto se rapprochait des côtes
haïtiennes, Denis Jean Colo, un des relais communautaires,
est venu avertir Etes Davilma et sa femme Piard Marie Anne du
risque et les inviter à quitter leur maison pour se mettre
en sécurité.
“Si Colo n’était pas venu, nous n’aurions
rien su du danger”, déclare Davilma, qui a déjà
perdu neuf membres de sa famille, dont ses parents, lors de
précédents ouragans et inondations. “Nous
avons une radio, mais les piles sont mortes et nous n’avons
pas les moyens d’en acheter des neuves”, ajoute-t-il.
Davilma vit depuis vingt-et-un ans à proximité
d’un cours d’eau, un lieu à haut risque en
cas d’intempéries. Avant l’arrivée
de Colo, il avait bien vu le niveau de la rivière monter,
mais il n’imaginait pas ce qui se préparait. “On
ne penserait jamais que cette rivière, quasiment invisible
en saison sèche, peut devenir aussi dangereuse”,
note Colo.
Davilma et sa femme sont restés huit jours durant dans
un abri d’urgence avant de pouvoir regagner leur foyer,
pratiquement détruit par la crue.
Une technologie novatrice
Le bouche à oreille est un bon moyen de communication,
mais il ne permet pas de toucher tout le monde. “Nous
avons constaté que, là où il n’y
a pas de relais communautaires, certaines personnes ne reçoivent
pas les information ou trop tard”, explique Chery Jean
Benito, coordinateur du projet à Les Cayes, dans le sud
du pays.
C’est pourquoi on a imaginé de fournir des radios
alimentées par l’énergie éolienne
ou solaire. Les premières ont été distribuées
le 11 octobre, à l’occasion de la Journée
internationale de la prévention des catastrophes.
“Ces radios n’ont pas besoin de piles”, remarque
Benito. “Ce sont les objets les plus novateurs que j’ai
jamais vus et elles représentent une solution idéale
aux problèmes des bénéficiaires.”
La radio reste le moyen de communication le plus largement répandu
pour toucher et informer des millions d’individus vulnérables
affectés par des catastrophes naturelles et autres situations
de crises complexes dans les pays en développement. L’accès
à ces populations est essentiel, non seulement pour les
protéger et les assister en cas d’urgence, mais
aussi pour développer leur capacité à faire
face à des crises futures.
Rien que dans la province sud-occidentale d’Haïti,
68 radios seront distribuées, y compris 12 appareils
performants qui seront confiés à des chefs communautaires,
à charge pour eux de transmettre les messages d’alerte
à leurs voisins.
Au total, ce sont quelque 500 postes qui seront fournis aux
communautés des six provinces couvertes par le projet,
grâce à une contribution de la société
Free Players.
En soutien à cette initiative, des partenariats ont été
établis entre les communautés et les stations
de radio locales. On a également produit des spots radiophoniques
spécialement consacrés à la préparation
en prévision des catastrophes.
Bâtir la confiance à travers la connaissance
“Information, éducation et communication sont les
mots clés de ce projet”, déclare Dianka.
“Ce qui est nouveau, c’est que nous travaillons
avec les communautés locales à établir
une liste des mesures à prendre en cas d’urgence.
Ainsi, nous bâtissons la confiance à travers la
connaissance.”
L’un des aspects les plus délicats des situations
d’urgence réside dans les procédures d’évacuation.
A cet égard, les volontaires de la Croix-Rouge haïtienne
collaborent étroitement avec les autorités locales
en vue de faire prendre conscience aux gens des risques qui
les menacent.
“Il faut du temps pour leur faire comprendre qu’ils
doivent accepter l’idée d’abandonner leur
maison et leurs biens”, explique Colo. “Mais c’est
indispensable, aussi devons-nous persévérer.”
Pour certains, le choix est évident. “Quand nous
avons été avertis de l’arrivée d’Ernesto,
j’ai aussitôt pris le chemin de l’abri d’urgence
avec mes enfants”, raconte Monette Petithomme.
“La vie est le plus précieux de tous les biens.”
Pour d’autres, la perte d’ustensiles de cuisine,
de matelas, du cochon ou des poules de la famille peut s’avérer
irréparable. “C’est une décision extrêmement
difficile et nous en sommes pleinement conscients”, poursuit
Colo.
Le projet couvre actuellement six provinces, mais devrait être
ultérieurement étendu à tout le pays. “Sans
ouragan, par d’argent pour Haïti”, note Dianka.
“Mais ce projet est très prometteur et nous avons
déjà entrepris d’élaborer la phase
suivante.”
Ce projet bénéficie de l’appui des Sociétés
de la Croix-Rouge américaine, canadienne et norvégienne,
ainsi que des gouvernements norvégien et suisse.
|
 |
 |
|
Des
enfants à Camp Perrin, dans le département
du Sud, près de la capitale Les Cayes. Ils souffrent
de problèmes de santé typiquement associés
à la pauvreté: malnutrition, maladies respiratoires,
affections de la peau et diarrhée. (p 14842)
|
|
|
|
|
 |
|
Toumane
Dianka, délégué de la Fédération
internationale en charge de la gestion des catastrophe
à Haïti, explique à Davilma comment
charger et utiliser la radio à énergie éolienne
et solaire donnée par la société
Free Players. (p14848)
|
|
 |
|
Denis
Jean Colo,‘relais communautaire’ à
la Croix-Rouge haïtienne, en compagnie de Numa Mireille,
volontaire à la protection civile. Afin d’optimiser
l’impact de ses activités, la Croix-Rouge
haïtienne collabore étroitement avec les autorités
locales et d’autres organisations. (p14843)
|
|
 |
|
Etes
Davilma reçoit le premier des postes de radio à
énergie éolienne et solaire distribués
par la Croix-Rouge haïtienne avec le soutien de la
Fédération internationale. Denis Jean Colo,
relais communautaire pour ce secteur, lui en explique
le fonctionnement. (p14846)
|
|