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Cours de préparation aux catastrophes à Aceh
20 décembre 2006
Texte de John Sparrow, délégué d'information de la Fédéaration internationale à Aceh, Indonésie.
Photos: Amalia soemantri/Fédération internationale
Les enfants semblaient pris de frénésie. Ils secouaient leur pupitres et remuaient les tables avec une telle violence que les meubles menaçaient de se renverser. Encouragés par leur instituteur, ils redoublèrent d’efforts. L’idée était de simuler un séisme. Mais les élèves avaient-ils vraiment besoin qu’on leur explique en quoi consiste un tremblement de terre, quand le plus récent datait de quelques jours seulement?

Quoi qu’il en soit, l’exercice s’inscrivait dans le cadre d’un nouveau cours de sensibilisation mis sur pied par la Croix-Rouge indonésienne (PMI) dans une école primaire de Krueng Raya, une petite communauté de la côte septentrionale d’Aceh, la région la plus durement touchée par le tsunami de l’océan Indien. En lieu et place de la leçon de mathématique prévue au programme, les écoliers avaient droit à une formation aux catastrophes.

Sur un signe du maître, le vacarme stoppa et les enfants s’abritèrent sous les pupitres qu’ils s’efforçaient l’instant précédent de mettre en pièces. Une minute s’écoula, puis ils refirent surface, agitant à nouveau le mobilier jusqu’à ce que la classe soit évacuée.

Dans la cour, les élèves riaient et chahutaient, mais la leçon était tout à fait sérieuse. L’école est récente. Quand le raz-de-marée a littéralement balayé Krueng Raya il y a bientôt deux ans, l’ancienne école a été emportée, comme 2239 autres dans la province.

Aujourd’hui, ces enfants sont peut-être plus menacés encore qu’à l’époque. Une récente étude menée par la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge dans 63 villages d’Aceh, qui s’étend à la pointe septentrionale de l’île de Sumatra, a révélé l’existence de tout un éventail de menaces.

La surexploitation des forêts, qu’elle soit légale ou non, favorise les glissements de terrain. La médiocrité des constructions, une infrastructure inadéquate, l’ignorance, l’absence de digues et autres protections côtières fait que les communautés locales sont totalement vulnérables aux tremblements de terre, aux tsunamis et à l’érosion du littoral. Tous ces risques sont exacerbés par le manque d’abris et de voies d’évacuation.

Les fortes marées et l’obstruction des cours d’eau aggravent les inondations. Les ressources limitées en eau potable, l’irrigation erratique des rizières et le déboisement rallongent le cycle des saisons et accentuent les sécheresses. Pour couronner le tout, des services de santé insuffisants et la méconnaissance des principes d’hygiène élémentaires offrent un terrain propice au paludisme, aux affections diarrhéiques, aux maladies de la peau et à la tuberculose.

L’étude a mis en évidence l’existence à Aceh d’un énorme défi en matière de réduction des risques et confirmé la pertinence de l’analyse de la Fédération internationale, qui estime que la réduction des risques doit fait partie intégrante des programmes de développement à long terme. En effet, une catastrophe peut réduire à néant en l’espace de quelques instants des années d’efforts dans ce domaine. C’est particulièrement évident en Indonésie, où on a pu dénombrer jusqu’à 2,75 catastrophes par jour en moyenne sur une période de douze mois.

La préparation aux catastrophes et la réduction des risques sont des éléments clés des programmes de relèvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge dans les régions affectées par le tsunami. A Aceh, comme ailleurs dans le pays, la Fédération internationale soutient notamment un programme communautaire de réduction des risques mené par la Croix-Rouge indonésienne.

La Société nationale a entrepris de mettre en place un système qui permettra à terme de relayer les messages d’alerte des autorités parmi les communautés vulnérables de toute la province grâce à un réseau Croix-Rouge de communication par radio. Ce dispositif ne suffira toutefois pas à protéger Aceh contre les catastrophes. Pour cela, il est crucial de faire progresser la sensibilisation communautaire. A cet effet, la Croix-Rouge indonésienne a formé des employés et volontaires qui se consacreront à éduquer la population de la province.

L’étude des 63 villages a été basée sur un processus d’autoévaluation communautaire. Encadrés par la Croix-Rouge, les villageois ont dressé l’inventaire des dangers qui les menacent et discuté des moyens de limiter les risques. A partir de ces observations, on a élaboré un plan d’action dont la mise en oeuvre démarrera en 2007. Dispositifs d’urgence, équipes d’intervention communautaires, création de voies d’évacuation et d’abris provisoires figurent au nombre des mesures envisagées.

Une attention spéciale sera accordée aux écoles, non seulement afin d’en améliorer la sécurité, mais aussi en vue de former les enfants à assumer au sein de leurs familles un rôle de guides vis-à-vis des risques et des situations de catastrophes.

Les plus pauvres et les plus défavorisés sont les plus vulnérables à la cruelle litanie des crises. Sur la côte d’Aceh Besar, caressée en ce moment par une mer idyllique, cultivateurs et pêcheurs sont exposés à des menaces permanentes. Le tsunami, racontent-ils, a été précédé par une kyrielle d’autres catastrophes tout au long des dernières décennies. Il y a eu le tremblement de terre de 1984, les glissements de terrain, les ouragans, sans parler des fortes marées saisonnières qui ravagent les champs et les piscicultures, du paludisme et de la diarrhée endémiques, ou de la fièvre des moussons.

Cette communauté est prise comme dans un étau entre la montagne abrupte et l’océan, sources de multiples dangers. Avec le concours de la Croix-Rouge, les habitants ont récemment établi un calendrier des risques. S’ils ne peuvent prévoir les tremblements de terre, ils savent en revanche que, de décembre à mars, on peut craindre de violentes tempêtes, et, de juillet à septembre, de puissantes lames de fond. Ils savent aussi que la saison des pluies s’accompagne de sérieuses menaces de glissements de terrain.

Un chef de village du sous-district de Leupung tourne son regard vers les collines. “Nous avons des champs et des jardins, là haut”, explique-t-il. “Parfois, les gens veulent étendre leurs parcelles pour accroître leur production. Ils ne sont pas riches. On ne peut les blâmer. Mais, lorsque de grands arbres sont coupés, le risque de glissements de terrain augmente.”

Depuis qu’on a dressé la carte des risques, le défrichement a été interdit dans les secteurs où des habitations seraient mises en danger. De manière générale, l’état d’esprit a commencé à évoluer. En plantant des arbres et des buissons à fort enracinement, on pourrait stabiliser la colline, remarque le chef local. Mieux encore, ajoute-t-il, on pourrait améliorer les revenus des cultivateurs en choisissant des essences fruitières.

“Il faut que la réduction des risques soit assimilée par la culture locale”, note Harun Al Rashid, délégué de la Fédération internationale en charge de la gestion des catastrophes à Aceh. “Pour y parvenir, il faut motiver les gens, leur faire comprendre qu’ils ont le pouvoir d’améliorer leurs conditions d’existence et celles de leurs enfants.”

Al Rashid sait de quoi il parle – il a travaillé avec le Croissant-Rouge du Bangladesh à un programme de préparation aux cyclones qui a sauvé des millions de vies dans le Golfe du Bengale. Lancé au lendemain du cyclone dévastateur de 1970, ce programme a comporté la construction d’abris et la mise en place de systèmes d’alerte anticipée et de procédures d’urgence au niveau communautaire.

Depuis, on a enregistré une baisse spectaculaire de la mortalité. Alors que la catastrophe de 1970 s’était soldée par plus de 300 000 morts, des cyclones comparables en 1997 et 1998 n’ont fait que 111 et, respectivement, 19 victimes.

Un cyclone a marqué un tournant décisif au Bangladesh. Le tsunami doit jouer le même rôle pour Aceh. Il n’y a pas de fatalité à ce que les risques naturels débouchent sur des catastrophes.
S'instruire avec la préparation aux catastrophes. Une leçon de survie plus irrésistible que les mathématiques. (p15253)
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Une attention spéciale sera accordée aux écoles, non seulement afin d’en améliorer la sécurité, mais aussi en vue de former les enfants à assumer au sein de leurs familles un rôle de guides vis-à-vis des risques et des situations de catastrophes. (p15257)
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