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Liban : un vieillard sauvé grâce au courage de sa femme
8 février 2007
Saleh Dabbakeh, Tabnin, Sud-Liban
Au plus fort de la guerre de l’été 2006 au Liban, Hajah Sharifah, 64 ans, a bravé les bombes et surmonté son propre épuisement pour amener à l’hôpital son mari touché par un obus. Portant le blessé sur son dos, le traînant par moments quand ses forces l’abandonnaient, le poussant enfin dans une brouette, elle n’a jamais renoncé, faisant preuve d’un courage exceptionnel.

En dépit de l’extrême violence des bombardements israéliens, l’idée ne l’a pas effleuré un instant, durant les treize jours qu’a duré son épopée, de laisser le malheureux au bord de la route. Treize jours d’un cauchemar ininterrompu pour parcourir la petite quinzaine de kilomètres séparant le village de Tabnin d’Aitaroun ! Comment a-t-elle réussi à accomplir un tel exploit? Quelle aide a pu lui offrir la Croix-Rouge libanaise? C’est ce que raconte cet article, tiré du récit recueilli auprès du couple au lendemain des hostilités.

Terrifiés par le pilonnage de Tabnin, tous les enfants adultes de Sharifah avaient fui le village avec leurs familles. Mais son mari Haj Ali Mahmoud Al-Akhras, 80 ans, se refusait obstinément à partir. Jusqu’à ce que, quelques temps plus tard, un énième bombardement ne tue d’un seul coup douze membres de sa famille – deux frères et dix cousins.

C’est alors seulement que le vieillard accepta l’idée du départ, encouragé, comme le souligne Sharifah, par les tracts lancés par les israéliens. Le couple entrepris son dramatique voyage avec une
fille de 40 ans paralysée.

“Si nous avons tant tardé, c’est parce que Haj Ali ne voulait pas partir”, raconte Sharifah. “Nous ne pouvions pas non plus laisser notre fille derrière nous et il n’y avait pas le moindre moyen de transport disponible dans la région.” A trois kilomètres de là, la petite troupe resta bloquée cinq jours durant dans une école par de violents bombardements.

“Ensuite, nous avons confié notre fille à des parents et avons commencé à marcher en direction de Bint Jbail”, poursuit Sharifah, essuyant une larme au coin d’un oeil. “C’est alors que Haj Ali a été touché par un obus, peu après le début du bombardement de Beit Yahoon.”

Désormais incapable de marcher à cause des blessures infligées à son corps déjà affaibli, le vieillard enjoignit à sa femme de poursuivre seule son chemin. “Qui aurait pris soin de lui?”, demande Sharifah, ajoutant d’un air malicieux: “il est parfois insupportable, mais je n’allais tout de même pas l’abandonner.”

Elle se mit alors en quête de quelqu’un qui puisse les aider. Mais il n’y avait plus personne dans le secteur. Ce n’est guère étonnant, sachant que, pendant les 35 jours qu’a duré la guerre, près d’un million d’habitants du Sud-Liban ont fui la région.

“J’avais entendu dire qu’il y avait un âne dans une des maisons du village”, poursuit Sharifah. Hélas, ses recherches ne donnèrent aucun résultat, si bien qu’elle entreprit de porter son mari sur son dos. Mais les pieds du malheureux traînaient par terre. “Il était trop lourd pour moi”, commente Sharifah.

Par chance, elle dénicha alors une brouette. Mais si grande était déjà sa fatigue qu’elle ne pouvait même pas soulever son mari pour l’installer dans cette ambulance de fortune.

“J’ai basculé la brouette sur le flanc, puis j’ai fait rouler Haj Ali à l’intérieur. Quand j’ai voulu la remettre sur ses roues, elle a basculé de l’autre côté”, raconte-t-elle en riant. “J’ai fait un nouvel essai, la brouette a commencé à rouler et je me suis mise en route vers la maison d’Abu Hussein Hmoud.”

Hussein Hmoud, le fils de ce dernier, est volontaire à la Croix-Rouge libanaise, ainsi que Sharifah l’avait appris de la bouche de gens croisés en chemin. Abu Hussein a appelé son fils qui est bientôt arrivé avec une ambulance. “Nous avons eu très peur à maintes reprises pendant le trajet”, raconte Haj Mahmoud, qui est maintenant rentré à Tabnin avec sa femme et sa fille. “J’ai vu des choses que je n’avais pas vues depuis la guerre turque”, ajoute-t-il.

“Ce qui rend cette histoire encore plus extraordinaire, c’est que Hajah Sharifah a été opérée d’un cancer de l’estomac il y a quatre ans”, commente Ali Sa’ad, volontaire à la Croix-Rouge libanaise, responsable du programme de diffusion et directeur de la banque Byblos à Bint Jbail. “A l’époque, elle était venue transférer son compte au nom de son fils parce qu’elle craignait de ne pas survivre à l’opération.”

Mais Sharifah a survécu – peut-être pour sauver son mari...
Haj Ali Mahmoud Al-Akhras (à droite) qui a été touché par un obus, peu après le début du bombardement de Beit Yahoon et sa femme Hajah Sharifah (à droite) qui surmonté son propre épuisement pour amener à l’hôpital son mari. (p15347)
Haj Ali Mahmoud Al-Akhras (à droite) qui a été touché par un obus, peu après le début du bombardement de Beit Yahoon et sa femme Hajah Sharifah (à droite) qui surmonté son propre épuisement pour amener à l’hôpital son mari. (p15347)
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Hussein, volontaire à la Croix-Rouge libanaise et qui est arrivé avec une ambulance pour emmener Haj Ali Mahmoud Al-Akhras à l'hopital. (p15344)
Hussein, volontaire à la Croix-Rouge libanaise et qui est arrivé avec une ambulance pour emmener Haj Ali Mahmoud Al-Akhras à l'hopital. (p15344)
“Nous avons eu très peur à maintes reprises pendant le trajet”, raconte Haj Mahmoud, qui est maintenant rentré à Tabnin avec sa femme et sa fille. “J’ai vu des choses que je n’avais pas vues depuis la guerre turque”, ajoute-t-il. (p15345)
“Nous avons eu très peur à maintes reprises pendant le trajet”, raconte Haj Mahmoud, qui est maintenant rentré à Tabnin avec sa femme et sa fille. “J’ai vu des choses que je n’avais pas vues depuis la guerre turque”, ajoute-t-il. (p15345)
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