Dès
l’ouverture à Istanbul de la septième Conférence
régionale des Sociétés européennes
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, les participants ont
rapidement convenu que les problèmes liés aux
migrations et à la santé revêtent une importance
prioritaire pour les sphères politiques et humanitaires
du monde entier, d’où la nécessité
de rechercher des solutions en étroite coopération
avec d’autres partenaires.
“Nous ne pouvons plus envisager telle ou telle manifestation
de la vulnérabilité humaine dans telle ou telle
partie du monde comme un problème isolé”,
a déclaré Juan Manuel Suárez del Toro,
président de la Fédération internationale,
dans un discours d’ouverture soulignant la nécessité
d’une approche globale des défis mondiaux. “Il
est évident que, nonobstant la distance géographique,
les causes profondes et les conséquences sont intiment
liées.”
Les migrations – un des deux principaux thèmes
de la conférence qui a débuté le 20 mai
– ne sont plus “des phénomènes occasionnels,
mais une réalité permanente”, a observé
Susan Martin, directrice de l’Institute for the Study
of International Migration des Etats-Unis. Notant qu’on
recense aujourd’hui près de 200 millions de migrants
à travers le monde, soit deux fois plus qu’il y
a un quart de siècle, elle a estimé que les Sociétés
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge peuvent jouer un rôle
crucial en s’attaquant aux causes premières des
migrations et en protégeant les droits des migrants.
La conférence est accueillie par le Croissant-Rouge turc.
Son président, Tekin Küçükali, a évoqué
les grandes vagues de migrants venues s’échouer
dans son pays durant les guerres des Balkans (plus de 1,5 million
de personnes) et le conflit irakien de 1989-1990. “Notre
pays, qui s’étend aux confluents de cultures et
de continents et sert de trait d’union entre deux civilisations,
est depuis longtemps confronté à la problématique
des migrations et des migrants”, a-t-il noté.
Le président de la Fédération internationale
Juan Manuel Suárez del Toro a observé que certains
pays ont besoin d’immigrés pour leur propre développement
économique et que ce besoin coïncide avec la nécessité
pour une multitude d’individus de quitter leur propre
pays dans l’espoir de trouver ailleurs de meilleures conditions
d’existence. “Les migrations doivent s’inscrire
dans un scénario qui reste à écrire et
qui doit prendre en compte le développement durable des
communautés les plus vulnérables”, a-t-il
déclaré.
“Il est vital que les Sociétés de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge continuent d’influencer l’opinion
publique en insistant sur le fait que la décision de
migrer, de couper ses propres racines, intervient généralement
sous la contrainte”, a ajouté le président.
Au cours des dernières années, de nombreuses Sociétés
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont aidé des
migrants clandestins qui arrivaient dans leurs pays au terme
de voyages extrêmement périlleux et dans le plus
profond dénuement. M. del Toro a rappelé que la
mission humanitaire de la Fédération internationale
lui impose de prêter assistance aux migrants quel que
soit leur statut juridique.
Dans certains cas, toutefois, l’opinion publique ne voit
pas d’un bon oeil l’engagement de la Croix-Rouge
et du Croissant-Rouge en faveur des migrants clandestins, a
noté dans son allocution Mohammed al-Hadid, président
de la Commission permanente. “Il importe de rappeler que
cette action à leurs côtés et en leur faveur
n’implique nullement une prise de position quant à
leur statut juridique ou aux raisons qui les ont poussés
à l’exil.”
Le second thème de la conférence, la santé
et l’assistance aux personnes, s’inscrit dans la
perspective de défis majeurs à l’échelle
européenne et mondiale. Ainsi, selon l’Organisation
mondiale de la santé (OMS), plus d’un quart de
la population européenne sera âgé de plus
de 65 ans d’ici 2050, et les besoins en matière
de santé et d’assistance aux personnes ne cessent
d’augmenter du fait des migrations, des crises socio-économiques,
du sida et de la tuberculose, et de l’évolution
des maladies.
Le docteur Gudjon Magnusson, de l’office européen
de l’OMS, a souligné que l’aggravation des
déséquilibres environnementaux, économiques
et sociaux au sein des pays du continent et parmi eux, y compris
un écart inacceptable de vingt ans dans l’espérance
de vie, représentait un énorme obstacle dans les
efforts pour relever les grands défis sanitaires. “C’est
pourquoi il est vital que nous unissions nos forces dans le
cadre de partenariats et en étroite coopération
avec les communautés”, a-t-il commenté.
L’ONUSIDA estime que, en 2006, 2 440 000 personnes vivaient
avec le VIH/sida en Europe et en Asie centrale. L’année
précédente, on a recensé 445 000 nouveaux
cas de tuberculose et 66 000 décès rien qu’en
Europe.
De nouvelles menaces, y compris la grippe aviaire et dix-neuf
autres pathogénies identifiées au cours des deux
dernières décennies, réclament d’après
l’OMS une action énergique et des mesures spéciales.
“Quand nous serons confrontés à une pandémie
de grippe aviaire, les Sociétés nationales de
la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge auront un rôle crucial
à jouer”, a affirmé le docteur Magnusson.
De fait, les Sociétés nationales, qui possèdent
une longue expérience des programmes de santé,
représentent une force précieuse pour mobiliser
le public vis-à-vis des menaces sanitaires, promouvoir
des modes de vie sains, prévenir les maladies et assurer
des services vitaux de premiers secours en cas d’accident
et dans les situations d’urgence. Leurs volontaires, étroitement
implantés au sein des communautés locales, sont
mieux placés que quiconque pour mettre en oeuvre des
campagnes de sensibilisation et d’information sanitaires.
“Les défis auxquels sont confrontées les
sociétés humaines ne peuvent pas être relevés
par les seuls gouvernements, pas plus que par nous-mêmes
en tant que Mouvement ou que composantes de la société
civile”, a souligné Mohammed al-Hadid. “Ils
réclament l’union de toutes les forces et une action
coordonnée, si nous voulons obtenir des résultats
durables.” Les Sociétés nationales, là
encore, sont bien placées pour favoriser le développement
des partenariats, faire progresser la prise de conscience et
stimuler l’action.
Juan Manuel Suárez del Toro a engagé les délégués
à se mobiliser afin de promouvoir des modes de vie sains
parmi les jeunes, à les persuader de dire non à
la drogue et à la violence, et à leur transmettre
de bonnes habitudes alimentaires. “Nous devons faire tout
notre possible pour garantir la sécurité routière
à tous les usagers et pour faire chuter la mortalité
liée aux accidents de la circulation qui constituent
une des pires catastrophes de notre époque, avec des
coûts économiques et sociaux incalculables”,
a-t-il ajouté.
Plus de 300 délégués appartenant à
plus de cinquante Sociétés européennes
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sont réunis jusqu’au
24 mai à Istanbul. Ils ont pour tâche de formuler
des plans en vue d’aider et de protéger les migrants,
d’améliorer l’accès aux soins de santé
pour les groupes vulnérables et marginalisés,
et d’optimiser les ressources et les compétences
des communautés locales dans la mise en oeuvre des programmes
de secours en cas de catastrophe et de réduction des
risques.
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Des
dizaines d’étudiants d’Istanbul volontaires
au Croissant-Rouge turc ont aidé à organiser
cette conférence internationale. Le jour de l’ouverture,
ils étaient présents pour souhaiter la bienvenue
aux délégués. (p15742)
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Juan
Manuel Suárez del Toro, président de la
Fédération internationale des Sociétés
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. (p15743)
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Tekin
Küçükali, président du Croissant-Rouge
turc. (p15741)
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Gudjon
Magnusson, directeur des programmes de santé au
bureau européen de l’OMS. (p15744)
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