Les
migrations ne sont plus une succession de mouvements de population,
mais un flux permanent de personnes franchissant des frontières
à travers le monde entier. Selon l’Organisation
internationale pour les migrations (OIM), il y a actuellement
plus de gens en mouvement que jamais auparavant dans l’histoire
de l’humanité. Aujourd’hui, près de
200 millions d’individus, soit 3 pour 100 de la population
mondiale, vivent ailleurs que sur leur lieu de naissance; la
moitié d’entre eux sont des femmes et 20 pour 100
sont dans l’illégalité.
“Demandeurs d’asile et migrants en quête de
travail sont littéralement dans le même bateau”,
a affirmé Trygve G. Nordby, Envoyé spécial
de la Fédération internationale pour les migrations
et les déplacements de population, dans une allocution
prononcée à Istanbul dans le cadre de la 7e Conférence
régionale européenne de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
“Chaque jour, semaine après semaine, nos collègues
en Espagne et en Italie secourent des individus qui viennent
s’échouer sur les côtes dans un état
inimaginable. Il s’agit là d’un défi
humanitaire aussi bien que politique”. Les migrations
sont l’un des deux thèmes principaux de la conférence.
Un nombre croissant de Sociétés européennes
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge fournit à des
migrants tant légaux que clandestins de la nourriture,
des hébergements et des soins de santé, ainsi
que la possibilité d’établir le contact
avec leurs familles. Cette aide se fonde sur la vulnérabilité
et les besoins des bénéficiaires, en dehors de
toute considération concernant leur statut juridique.
L’Envoyé spécial de la Fédération
internationale, qui a analysé en profondeur les conséquences
humanitaires des migrations, a noté que certains commentateurs
désapprouvent ces activités, accusant la Croix-Rouge
et le Croissant-Rouge et autres organisations engagées
dans ce domaine, y compris le HCR, d’encourager les migrations
en mettant en place des structures d’accueil et des programmes
d’assistance en faveur des réfugiés, des
personnes déplacées et des migrants clandestins.
Nordby réfute catégoriquement cette thèse.
“Les gens ne s’exilent pas sans une solide raison.
Guerre, violence, persécution politique, pauvreté
et simple exigence de la survie individuelle et familiale peuvent
pousser les gens à se déplacer, à rechercher
ailleurs protection et moyens de subsistance. L’aide humanitaire
offerte à ces gens n’est pour rien dans leur décision
de fuir ou de migrer. Au demeurant, les organisations humanitaires
n’assistent qu’un nombre relativement modeste de
migrants clandestins. Je trouve indécent de suggérer
que ces gens s’exposeraient à de tels risques et
à de telles souffrances dans le seul espoir d’obtenir
une couverture gratuite, un peu de nourriture ou autres forme
d’assistance.”
L’Envoyé spécial a souligné les différences
entre les réponses apportées par les Sociétés
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge aux besoins des migrants
vulnérables. “Certaines assistent les migrants
clandestins en leur qualité d’auxiliaires du gouvernement,
d’autres vont plus loin et fondent leur action sur leur
mandat humanitaire. Parfois, ces dernières agissent même
sans l’aval de leur gouvernement. Il existe aussi des
Sociétés nationales qui s’abstiennent d’aider
les migrants clandestins de crainte de susciter l’ire
de leur gouvernement”, a-t-il expliqué.
Pour Trygve G. Nordby, il est crucial que les Sociétés
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge profitent de la conférence
européenne pour préciser leur rôle et définir
une position commune sur la question des migrations, en particulier
vis-à-vis de leurs gouvernements respectifs. Ces recommandations
seront soumises à la Conférence internationale
de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge qui rassemblera en novembre
prochain à Genève des représentants des
Etats, de leurs Sociétés nationales et du CICR.
L’Envoyé spécial pense que les migrants
illégaux et clandestins pourraient devenir à terme
un des principaux groupes de bénéficiaires du
Mouvement. Tout en notant que la Fédération internationale
reconnaît aux Etats le droit de définir leurs politiques
relatives aux migrants, il a souligné que ceux-ci devraient
voir respectés leurs droits humains fondamentaux.
“Nous appelons les Etats à ratifier et à
appliquer la Convention de 1990 sur la protection des droits
des travailleurs immigrés et de leurs familles. Nous
devons aussi les inciter à se pencher sur les raisons
qui poussent les gens à abandonner leurs foyers pour
chercher ailleurs de meilleures conditions d’existence.”
Le fait est que ces raisons, quoique très variées,
sont toujours liées à la quête d’une
vie meilleure. La plupart des migrants s’exilent volontairement,
mais certains n’ont pas d’autre choix et beaucoup
risquent leur vie ou s’exposent à une misère
plus noire encore, à l’exploitation, à la
prostitution. En tant qu’acteurs humanitaires mus par
leurs principes fondamentaux d’Humanité et d’Impartialité,
les Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
ne sauraient rester indifférentes à ces tragédies.
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Trygve
G. Nordby, Envoyé spécial de la Fédération
internationale pour les migrations et les déplacements
de population, dans une allocution prononcée à
Istanbul dans le cadre de la 7e Conférence régionale
européenne de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
(p15765) (Ahmet Ors/Croissant-Rouge turc)
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“Chaque
jour, semaine après semaine, nos collègues
en Espagne et en Italie secourent des individus qui viennent
s’échouer sur les côtes dans un état
inimaginable. Il s’agit là d’un défi
humanitaire aussi bien que politique”. Les migrations
sont l’un des deux thèmes principaux de la
conférence. (Manuel Lérida/Croix-Rouge espagnole)
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