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Grippe aviaire : la question n’est pas “si”, mais “quand”
23 mai 2007
Margarita Plotnikova
Alors que la menace d’une pandémie (épidémie mondiale) de grippe aviaire se précise, les Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge consolident leurs dispositifs en conséquence. La question a été débattue dans le cadre de la 7e Conférence européenne qui se tient en ce moment à Istanbul. Dans l’interview qui suit, le docteur Pierre Duplessis, Envoyé spécial de la Fédération internationale pour la grippe aviaire, détaille le rôle essentiel que peuvent jouer dans ce domaine les Sociétés nationales en tant qu’auxiliaires de leurs gouvernements.

Où en sommes-nous à l’heure actuelle ?
Une pandémie est inévitable, si l’on considère comment le virus de la grippe aviaire (H5N1) se manifeste à intervalles réguliers de 15 à 50 ans. Nous savons qu’il a déjà atteint un niveau pandémique parmi les animaux, avec des cas occasionnels d’infection humaine. Ce virus est par ailleurs actif, agressif et capable de mutations, d’où une menace très sérieuse pour les humains.

Qu’est-ce qui vous permet de parler de pandémie alors qu’on n’a recensé qu’une poignée de cas de transmission humaine ?
Les virus de la grippe sont très instables. Ils peuvent être extrêmement contagieux et développer une forte résistance aux traitements disponibles, se répandant ainsi rapidement aux niveaux régional et mondial. Si nous prenons pour exemple l’épidémie de 1918 aux Etats-Unis, il a suffi de trois semaines seulement pour que le virus se propage à travers tout le pays.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré un état d’alerte pré-pandémique très inquiétant, affirmant que le virus est sur le point de développer une souche humaine qui pourrait se transmettre très facilement d’un individu à l’autre. Etant donné que, par définition, l’homme n’est pas immunisé contre cet éventuel nouveau virus, le risque de pandémie est effectivement très élevé. S’il est impossible de prévoir quand un tel phénomène se produira, il serait irresponsable de ne pas s’y préparer.

Quelle est la diffusion géographique du virus ?
Le virus H5N1 a causé la mort ou entraîné l’élimination de millions d’oiseaux en Asie, en Europe et au Moyen-Orient. Selon l’OMS, il a également infecté des humains dans huit pays – l’Azerbaïdjan, le Cambodge, la Chine, l’Indonésie, l’Irak, la Thaïlande, la Turquie et le Vietnam – où on a recensé 196 cas et plus de 105 décès au total. Le virus est à présent spécialement actif en Indonésie, avec un taux de mortalité de 80 pour 100. Dans d’autres pays, le taux se situe aux alentours de 30 pour 100.

La plus dramatique des trois pandémies de grippe du siècle dernier a été la fameuse “grippe espagnole” de 1920 qui a fait en deux ans entre 50 et 100 millions de morts à travers le monde entier, soit entre 2,5 et 5 pour 100 de la population de l’époque. Les autres grandes flambées ont eu lieu en 1957 et en 1968. L’inquiétude entourant le H5N1 a augmenté récemment quand on a recensé des oiseaux infectés dans plus de 45 pays.

Pourquoi ce problème est-il si important pour l’Europe ?
C’est en effet un sujet de préoccupation croissante dans la région, car le virus est déjà présent en Europe et il s’y propage. Si nous examinons l’itinéraire suivi par la grippe aviaire, nous constatons qu’elle part de Chine, puis touche successivement le sud de l’Inde, l’Afrique et le nord de l’Europe. L’Europe a d’abord été touchée via les anciens pays soviétiques, y compris la Russie, où 1,7 million d’oiseaux ont été tués ces dernières années. Les migrateurs ont ensuite gagné l’Europe orientale. Outre la menace sanitaire qu’elle représente, l’épidémie qui sévit parmi les oiseaux constitue un véritable cauchemar sur le plan de la logistique.

Quels sont les groupes les plus menacés ?

Les statistiques indiquent que les moins de 40 ans sont plus susceptibles d’être contaminés. Les groupes à risque incluraient les enfants peu immunisés, les personnes âgées malades et les individus atteints de maladies immunitaires. La vaccination peut sauver de nombreuses vies.

En quoi cela concerne-t-il la Croix-Rouge ?

Nous possédons une solide expérience de la gestion des catastrophes et des épidémies. Nous disposons d’équipes d’intervention nationales et de réseaux de professionnels spécialisés dans des domaines tels que les premiers secours, le soutien psychologique et les programmes communautaires, ainsi que d’une formidable base de volontaires. Nous savons comment protéger nos collaborateurs. Nous sommes en mesure d’assurer la continuité des activités engagées. Nous avons enfin un rôle particulier à assumer en tant qu’auxiliaires des gouvernements.

Comment devons-nous nous préparer ?
Aujourd’hui, nous sommes pratiquement assurés que la pandémie aura lieu. La chance nous est donnée de nous y préparer en élaborant des plans d’action d’urgence, en sensibilisant les pouvoirs publics, en diffusant des informations – autant d’activités qui contribuent à former une discipline et des capacités d’organisation applicables en toute circonstance. Etablissez donc des contacts avec vos gouvernements, signez des accords, engagez-vous activement dans le processus. Afin d’éviter le chaos lorsque les autorités s’adresseront à vous pour solliciter votre aide, nouez dès à présent les relations appropriées. En cas de menace à grande échelle, les gens se tourneront vers nous, attendant une réponse concrète, et nous ne devons pas les décevoir.

Il faut nous mobiliser sans délai ! Dans le contexte d’une pandémie, le personnel de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sera ainsi en mesure d’assurer une action complémentaire à celle des autres professionnels.

Quel est le rôle de la Fédération internationale ?

La Fédération internationale assurera un soutien aux Sociétés nationales, elle orientera et coordonnera leur action, aidera à mobiliser des ressources et fera office de représentant spécial sur cette question.

Que souhaitez-vous dire en conclusion ?
La préparation du public renforcera la capacité des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à répondre à des épidémies. Dans cette perspective, les axes essentiels à développer sont les suivants: de nouvelles capacités de réponse, de meilleurs partenariats, des engagements à long terme et la participation de la communauté. Même si le H5N1 ne provoque pas la prochaine pandémie de grippe, tous ces efforts de préparation contribueront à améliorer la réponse à d’autres urgences sanitaires. Les Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont le devoir de se préparer en prévision d’une possible pandémie. Nous avons toutes les cartes en main et nous devons agir maintenant.
Le docteur Pierre Duplessis, envoyé spécial de la Fédération internationale pour la grippe aviaire. (p15766)
Le docteur Pierre Duplessis, envoyé spécial de la Fédération internationale pour la grippe aviaire. (p15766)
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