Des
millions des plus pauvres parmi les habitants de l’Asie
du Sud et de l’Asie du Sud-Est sont menacés de
perdre les rares biens en leur possession durant la prochaine
saison des typhons et de la mousson. Des centaines de personnes
ont déjà péri au Bangladesh et dans le
nord de l’Inde, mais c’est aux Philippines que les
perspectives sont les plus alarmantes.
L’année dernière, une succession sans précédent
de cinq super-typhons avait balayé l’archipel en
autant de mois, faisant plus de 2000 morts ou disparus. Ce bilan
s’était alourdi de 1100 décès supplémentaires
quand des villages entiers de la province de Leyte avaient été
ensevelis par des glissements de terrain déclenchés
par les pluies de mousson. Les dommages avaient été
estimés à 1,3 milliard de dollars des Etats-Unis.
Les prévisions pour 2007 sont pires encore et le risque
d’éruptions volcaniques ajoute aux craintes des
habitants.
Roger Bracke, chef de la délégation de la Fédération
internationale à Manille, attire une fois de plus l’attention
sur le fait qu’on pourrait épargner des millions
de vies humaines – et des milliards de dollars –
en investissant davantage dans la réduction des risques.
“Les typhons font partie intégrante de l’existence
des Philippins, mais il n’y a pas de fatalité pour
que ces phénomènes naturels se transforment en
tragédies humaines. Nous avons le pouvoir de l’empêcher
en faisant en sorte que les gens ne soient pas dans l’obligation
de s’établir sur des pentes exposées ou
le long des cours d’eau parce qu’ils ont été
chassés de leurs terres par des problèmes économiques
ou environnementaux”, souligne-t-il.
“Il faut que les autorités fassent preuve de volonté
politique et d’imagination en vue de mettre en oeuvre
des mesures qui faciliteront l’accès de toutes
les familles à des terrains sûrs. Cela permettrait
de sauver plus de vies et d’éviter plus de souffrances
qu’aucune opération d’urgence ne pourra jamais
le faire”, ajoute-t-il.
Selon la Fédération philippine des sans-abri,
un tiers à une moitié de la population urbaine
du pays vit dans des bidonvilles et autres habitats non planifiés
en raison du manque de terres ou de logements abordables pour
les pauvres. Ces agglomérations se composent d’abris
de fortune surpeuplés, le plus souvent bâtis au
moyen de bois de récupération et de tôles
ondulées et très mal aérés. Les
installations sanitaires font cruellement défaut et près
de 35 pour 100 des habitants de l’archipel n’ont
pas accès à l’eau potable.
Les habitants des bidonvilles n’ayant d’autre choix
que de cuisiner sur des feux ouverts, ces zones périurbaines
menacent à chaque instant de partir en fumée.
Animaux domestiques et humains y vivent dans une totale promiscuité,
d’où un terrain extrêmement propice aux maladies.
Enfin, quand des intempéries se produisent, les logements
sont rapidement inondés, ce qui expose leurs occupants
à toute la gamme des infections véhiculées
par l’eau.
Les spécialistes affirment que les dommages pourraient
être fortement réduits par l’application
dans toutes les régions exposées aux typhons de
méthodes simples et peu coûteuses de construction
et de renforcement des structures existantes. Ainsi, les angles
des maisons pourraient être consolidés au moyen
d’entretoises et un meilleur arrimage des toitures éviterait
que celles-ci ne soient arrachées par les premières
rafales de vent.
Estrelia et Edgar Baligtar auraient certainement bénéficié
de telles mesures. A présent, au lieu de jouir d’une
paisible retraite dans leur exploitation de fruits à
Leyte, ils partagent une classe d’école avec leurs
enfants et leurs petits-enfants, la maison familiale ayant été
anéantie par des nuées de cendres et des flots
de boue.
“Nous devrons bientôt quitter cet abri temporaire”,
explique Edgar. “Nous nous trouvons dans la zone à
risque de sept kilomètres exposée aux inondations
et aux éruptions volcaniques. Le gouvernement nous a
offert un emplacement pour reconstruire, mais nous ne sommes
pas très chauds pour nous installer là-bas, car
il n’y a pas de source d’eau adéquate pour
cultiver les fruits et les légumes.
La Croix-Rouge philippine et le gouvernement s’efforcent
de convaincre ces familles sinistrées de se réinstaller
ailleurs, mais les choses sont loin d’être simples.
Les propos de Lily Meija, une femme d’une quarantaine
d’années qui partage une humble cabane avec sa
mère, font écho à ceux des Baligtar.
Lily gagne un peu d’argent grâce au tissage, mais
les fruits qu’elle cultive autour de la maison constituent
l’essentiel du régime quotidien des deux femmes.
Par conséquent, une réinstallation ailleurs les
priverait d’une précieuse ressource.
En 2006, Lily et sa mère ont dû se réfugier
à plusieurs reprises dans des abris d’urgence à
cause d’inondations éclairs et de menaces d’éruptions
volcaniques. Lily est parfaitement informée des dramatiques
pertes humaines enregistrées en novembre, mais, pour
elle, il n’y a guère d’alternative: si les
deux femmes consentaient à se réinstaller ailleurs,
elles n’auraient pas de quoi survivre.
Quelque 12 000 familles bâtissent en ce moment des logements
de transition avec des matériaux fournis par la Croix-Rouge
philippine, la Fédération internationale et le
service d’aide humanitaire de la Commission européenne
(ECHO). De gros efforts sont déployés pour faire
en sorte que les familles participant au projet de la Croix-Rouge
habitent des zones sûres, mais, au moment où s’amorce
la nouvelle saison des pluies, l’inquiétude reste
vive pour les centaines de milliers de familles qui vivent près
de l’océan ou dans des régions exposées
aux glissements de terrain et aux inondations.
“Nous appliquons des méthodes de construction propres
à limiter les risques dans tous les abris de transition
bâtis avec notre appui”, déclare Roger Bracke.
“Ces mesures sont vraiment faciles à mettre en
oeuvre et très peu onéreuses, mais elles doivent
impérativement être communiquées à
toutes les familles vivant dans des zones exposées.”
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Des
millions des plus pauvres parmi les habitants de l’Asie
du Sud et de l’Asie du Sud-Est sont menacés
de perdre les rares biens en leur possession durant la
prochaine saison des typhons et de la mousson. Des centaines
de personnes ont déjà péri au Bangladesh
et dans le nord de l’Inde, mais c’est aux
Philippines que les perspectives sont les plus alarmantes.
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Les
installations sanitaires font cruellement défaut
et près de 35 pour 100 des habitants de l’archipel
n’ont pas accès à l’eau potable.
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En
2006, Lily et sa mère ont dû se réfugier
à plusieurs reprises dans des abris d’urgence
à cause d’inondations éclairs et de
menaces d’éruptions volcaniques. Lily est
parfaitement informée des dramatiques pertes humaines
enregistrées en novembre, mais, pour elle, il n’y
a guère d’alternative: si les deux femmes
consentaient à se réinstaller ailleurs,
elles n’auraient pas de quoi survivre. (p15843)
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Quelque
12 000 familles bâtissent en ce moment des logements
de transition avec des matériaux fournis par la
Croix-Rouge philippine, la Fédération internationale
et le service d’aide humanitaire de la Commission
européenne (ECHO). (p15844)
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