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L’évolution de la physionomie des catastrophes exige une nouvelle stratégie d’intervention
27 juillet 2007
L’intensité croissante et la multiplication des fortes tempêtes et des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les inondations et vagues de chaleur qui touchent actuellement l'Afrique, l'Asie et l'Europe, obligent les agences humanitaires, notamment la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge, à mener de plus en plus d’opérations de secours chaque année.

De fait, le nombre de catastrophes naturelles dans le monde a considérablement augmenté ces trente dernières années, passant de moins de 75 en 1975 en moyenne par an à près de 400 en 2004.

Pour tenter d’expliquer cette tendance et comprendre quels moyens sont mis en œuvre par les agences humanitaires pour mieux protéger les communautés vulnérables, ifrc.org a interrogé Peter Rees, chef du département Soutien aux opérations de la Fédération internationale.

Question : La Grande-Bretagne, la Chine, l’Asie du Sud et le Soudan sont confrontés aux pires inondations depuis des années alors que d’autres régions d'Europe connaissent des records de chaleurs. Existe-t-il des précédents ? La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont-ils renforcé leurs capacités d’intervention pour faire face à ces catastrophes?

Peter Rees: Ces catastrophes sont sans précédent tant par leur ampleur que par leur caractère imprévisible. Depuis le début de l’année, nous sommes intervenus 256 fois, contre 278 pour toute l’année 2004.

Nous avons enregistré beaucoup plus de demandes visant à faire débloquer des fonds du Fonds d’urgence pour les secours lors de catastrophes (DREF) et renforcé considérablement nos capacités logistique et de nos programmes de formation dans le domaine des interventions en cas de catastrophe.

Pour autant, nous ne pourrons rien face à la multiplication des situations d’urgence sans l'appui des Sociétés nationales du monde entier qui ont démontré leur engagement et leur détermination à répondre aux besoins des populations touchées par ces catastrophes.

Question : Quelles sont les principales tendances observées dans le monde en ce qui concerne les catastrophes ?

Réponse : Les catastrophes liées aux changements climatiques, en particulier les inondations, se multiplient, ce qui provoque une recrudescence des épidémies et des situations d’urgence sanitaires, notamment des cas de paludisme et de fièvre dengue.

Nous assistons également à une multiplication des « phénomènes multiples », autrement dit des situations dans lesquelles une région est affectée par une série de catastrophes naturelles de nature différente dans une période relativement courte et des phénomènes uniques, ou anomalies climatiques telles les tempêtes, les inondations ou les vagues de chaleur, qui sont très inhabituels dans certaines régions.

Ces phénomènes sont particulièrement préoccupants dans la mesure où les gouvernements et les populations disposent d’une capacité limitée et ne sont pas préparés à les affronter. Les cinq cyclones qui ont frappé Oman en juin 2007 peuvent être rangés dans la catégorie des phénomènes climatiques uniques.

Question : Existe-t-il un lien direct de cause à effet entre ces phénomènes et les changements climatiques?

Réponse : Fondamentalement, il existe un lien entre les catastrophes auxquelles nous sommes confrontés et les changements climatiques, mais rien ne permet d’affirmer qu’il s’agit d’un lien de cause à effet. C’est pourquoi nous devons rester prudent et ne pas voir dans les catastrophes naturelles le seul résultat des changements climatiques.

Cela étant, on peut constater une coïncidence entre certains phénomènes observés et les conséquences potentielles des changements climatiques.

Nous savons que les changements climatiques entraîneront une intensification des phénomènes météorologiques extrêmes, notamment une recrudescence des inondations dans une grande partie de la Chine, des précipitations plus abondantes dans certains pays tels que la Grande-Bretagne, un risque accru de pluies de mousson abondantes et d’inondations en Asie du Sud et une probabilité accrue de vagues de chaleur, à l’instar de celles qui sévit actuellement sur de nombreuses régions d’Europe.

Question : Tous les pays sont-ils égaux face aux catastrophes naturelles, notamment les inondations ? Par exemple, les interventions menées dans un pays comme la Grande-Bretagne répondent-elles aux mêmes défis que celles menées au Pakistan ?

Réponse : En général, les pays développés disposent de meilleures infrastructures, notamment des protections contre les inondations et des plans d’évacuation, permettant d’atténuer les effets des phénomènes climatiques. Les populations sont aussi mieux assurées et les méthodes de protection civile plus développées.

Une bonne planification urbaine permet, en outre, aux pays développés de réduire les risques et l'impact des catastrophes naturelles. La population et les gouvernements de ces pays bénéficient également d’un revenu disponible qui leur permet de faire face aux conséquences des catastrophes naturelles.

Le Pakistan et la Grande-Bretagne affichent une forte densité de population, d’où une probabilité plus forte pour les habitants de vivre dans des zones à haut risque.

Le Pakistan, toutefois, est plus fréquemment confronté à des catastrophes naturelles et est relativement bien préparé, tant au niveau communautaire que gouvernemental, pour les affronter.

Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, les populations qui sont régulièrement touchées par des catastrophes, notamment aux Pakistan, développent des mécanisme de survie plus efficaces et sont mieux préparées que celles vivant dans les pays développés, notamment dans les zones où il n’est tout simplement pas fait appel à elles lorsque survient une inondation par exemple.

Question : La tendance à une multiplication des phénomènes climatiques extrêmes est-elle appelée à se poursuivre ? Quels moyens sont mis en œuvre par les organisations humanitaires, notamment la Fédération internationale, pour y faire face ?

Réponse : La Fédération internationale a pris un certain nombre de mesures pour faire face à la multiplication ces dernières années du nombre de catastrophes naturelles. Nous avons investi dans des systèmes d’alerte rapide et renforcé les mécanismes de planification des interventions d'urgence au niveau national.

Nous avons également renforcé les programmes de réduction des risques de catastrophes au niveau communautaire et doublé le Fonds d’urgence pour les secours lors de catastrophes (DREF) afin de pouvoir débloquer une aide d’urgence dès que survient une catastrophe.

Nous avons entrepris de constituer des stocks plus importants d'articles de secours, notamment des couvertures et des tentes, et de renforcer la capacité de nos Unités d'intervention d'urgence, lesquelles sont composées de spécialistes prêts à être déployés immédiatement dans les zones de catastrophes.

Nous formons également de nombreux employés et volontaires dans le domaine des interventions en cas de catastrophe aux niveaux national, régional et international afin de disposer de personnels qualifiés pour combattre les épidémies par le biais de l’éducation sanitaire et de la fourniture d’eau potable.

Question : La coordination joue t-elle un rôle important dans les interventions en cas de catastrophe ? Les organismes d’aide, les gouvernements et les populations collaborent-elles suffisamment pour faire face aux conséquences humanitaires des changements climatiques et des phénomènes météorologiques extrêmes ?

Réponse : Aucune intervention ne peut être efficace sans une bonne coordination. Si la collaboration entre les institutions d’aide et les gouvernements fonctionne de manière relativement efficace dans les situations d’urgence de grande ampleur, des ajustements sont nécessaires concernant les interventions plus limitées.

Davantage doit être fait également pour inclure les communautés dans les programmes de planification des interventions d’urgence et de réduction des risques.
Le bilan des maisons détruites par les inondations continue de s’aggraver. Près de 200 000 personnes ont déjà été déplacées. (ANITA SWARUP/Fédération internationale) (p16004)
Le bilan des maisons détruites par les inondations continue de s’aggraver. Près de 200 000 personnes ont déjà été déplacées. (ANITA SWARUP/Fédération internationale) (p16004)
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Des villageois déplacés sont condamnés à loger dans des abris surpeuplés pendant plusieurs semaines encore, en attendant que les eaux se retirent. Depuis la mi-juin, plus de 100 millions de Chinois ont été affectés par des inondations qui comptent parmi les pires à avoir frappé le pays au cours des dernières décennies. Photo: Croix-Rouge chinoise (p15970)
Des villageois déplacés sont condamnés à loger dans des abris surpeuplés pendant plusieurs semaines encore, en attendant que les eaux se retirent. Depuis la mi-juin, plus de 100 millions de Chinois ont été affectés par des inondations qui comptent parmi les pires à avoir frappé le pays au cours des dernières décennies. Photo: Croix-Rouge chinoise (p15970)
Peter Rees, chef du département Soutien aux opérations de la Fédération internationale.
Peter Rees, chef du département Soutien aux opérations de la Fédération internationale.
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