L’intensité
croissante et la multiplication des fortes tempêtes et
des phénomènes météorologiques extrêmes
tels que les inondations et vagues de chaleur qui touchent actuellement
l'Afrique, l'Asie et l'Europe, obligent les agences humanitaires,
notamment la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge, à mener
de plus en plus d’opérations de secours chaque
année.
De fait, le nombre de catastrophes naturelles dans le monde
a considérablement augmenté ces trente dernières
années, passant de moins de 75 en 1975 en moyenne par
an à près de 400 en 2004.
Pour tenter d’expliquer cette tendance et comprendre quels
moyens sont mis en œuvre par les agences humanitaires pour
mieux protéger les communautés vulnérables,
ifrc.org a interrogé Peter Rees, chef du département
Soutien aux opérations de la Fédération
internationale.
Question : La Grande-Bretagne, la Chine, l’Asie
du Sud et le Soudan sont confrontés aux pires inondations
depuis des années alors que d’autres régions
d'Europe connaissent des records de chaleurs. Existe-t-il des
précédents ? La Croix-Rouge et le Croissant-Rouge
ont-ils renforcé leurs capacités d’intervention
pour faire face à ces catastrophes?
Peter Rees: Ces catastrophes sont sans précédent
tant par leur ampleur que par leur caractère imprévisible.
Depuis le début de l’année, nous sommes
intervenus 256 fois, contre 278 pour toute l’année
2004.
Nous avons enregistré beaucoup plus de demandes visant
à faire débloquer des fonds du Fonds d’urgence
pour les secours lors de catastrophes (DREF) et renforcé
considérablement nos capacités logistique et de
nos programmes de formation dans le domaine des interventions
en cas de catastrophe.
Pour autant, nous ne pourrons rien face à la multiplication
des situations d’urgence sans l'appui des Sociétés
nationales du monde entier qui ont démontré leur
engagement et leur détermination à répondre
aux besoins des populations touchées par ces catastrophes.
Question : Quelles sont les principales tendances observées
dans le monde en ce qui concerne les catastrophes ?
Réponse : Les catastrophes liées aux changements
climatiques, en particulier les inondations, se multiplient,
ce qui provoque une recrudescence des épidémies
et des situations d’urgence sanitaires, notamment des
cas de paludisme et de fièvre dengue.
Nous assistons également à une multiplication
des « phénomènes multiples », autrement
dit des situations dans lesquelles une région est affectée
par une série de catastrophes naturelles de nature différente
dans une période relativement courte et des phénomènes
uniques, ou anomalies climatiques telles les tempêtes,
les inondations ou les vagues de chaleur, qui sont très
inhabituels dans certaines régions.
Ces phénomènes sont particulièrement préoccupants
dans la mesure où les gouvernements et les populations
disposent d’une capacité limitée et ne sont
pas préparés à les affronter. Les cinq
cyclones qui ont frappé Oman en juin 2007 peuvent être
rangés dans la catégorie des phénomènes
climatiques uniques.
Question : Existe-t-il un lien direct de cause à
effet entre ces phénomènes et les changements
climatiques?
Réponse : Fondamentalement, il existe un lien entre les
catastrophes auxquelles nous sommes confrontés et les
changements climatiques, mais rien ne permet d’affirmer
qu’il s’agit d’un lien de cause à effet.
C’est pourquoi nous devons rester prudent et ne pas voir
dans les catastrophes naturelles le seul résultat des
changements climatiques.
Cela étant, on peut constater une coïncidence entre
certains phénomènes observés et les conséquences
potentielles des changements climatiques.
Nous savons que les changements climatiques entraîneront
une intensification des phénomènes météorologiques
extrêmes, notamment une recrudescence des inondations
dans une grande partie de la Chine, des précipitations
plus abondantes dans certains pays tels que la Grande-Bretagne,
un risque accru de pluies de mousson abondantes et d’inondations
en Asie du Sud et une probabilité accrue de vagues de
chaleur, à l’instar de celles qui sévit
actuellement sur de nombreuses régions d’Europe.
Question : Tous les pays sont-ils égaux face
aux catastrophes naturelles, notamment les inondations ? Par
exemple, les interventions menées dans un pays comme
la Grande-Bretagne répondent-elles aux mêmes défis
que celles menées au Pakistan ?
Réponse : En général, les pays développés
disposent de meilleures infrastructures, notamment des protections
contre les inondations et des plans d’évacuation,
permettant d’atténuer les effets des phénomènes
climatiques. Les populations sont aussi mieux assurées
et les méthodes de protection civile plus développées.
Une bonne planification urbaine permet, en outre, aux pays développés
de réduire les risques et l'impact des catastrophes naturelles.
La population et les gouvernements de ces pays bénéficient
également d’un revenu disponible qui leur permet
de faire face aux conséquences des catastrophes naturelles.
Le Pakistan et la Grande-Bretagne affichent une forte densité
de population, d’où une probabilité plus
forte pour les habitants de vivre dans des zones à haut
risque.
Le Pakistan, toutefois, est plus fréquemment confronté
à des catastrophes naturelles et est relativement bien
préparé, tant au niveau communautaire que gouvernemental,
pour les affronter.
Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, les
populations qui sont régulièrement touchées
par des catastrophes, notamment aux Pakistan, développent
des mécanisme de survie plus efficaces et sont mieux
préparées que celles vivant dans les pays développés,
notamment dans les zones où il n’est tout simplement
pas fait appel à elles lorsque survient une inondation
par exemple.
Question : La tendance à une multiplication des
phénomènes climatiques extrêmes est-elle
appelée à se poursuivre ? Quels moyens sont mis
en œuvre par les organisations humanitaires, notamment
la Fédération internationale, pour y faire face
?
Réponse : La Fédération internationale
a pris un certain nombre de mesures pour faire face à
la multiplication ces dernières années du nombre
de catastrophes naturelles. Nous avons investi dans des systèmes
d’alerte rapide et renforcé les mécanismes
de planification des interventions d'urgence au niveau national.
Nous avons également renforcé les programmes de
réduction des risques de catastrophes au niveau communautaire
et doublé le Fonds d’urgence pour les secours lors
de catastrophes (DREF) afin de pouvoir débloquer une
aide d’urgence dès que survient une catastrophe.
Nous avons entrepris de constituer des stocks plus importants
d'articles de secours, notamment des couvertures et des tentes,
et de renforcer la capacité de nos Unités d'intervention
d'urgence, lesquelles sont composées de spécialistes
prêts à être déployés immédiatement
dans les zones de catastrophes.
Nous formons également de nombreux employés et
volontaires dans le domaine des interventions en cas de catastrophe
aux niveaux national, régional et international afin
de disposer de personnels qualifiés pour combattre les
épidémies par le biais de l’éducation
sanitaire et de la fourniture d’eau potable.
Question : La coordination joue t-elle un rôle
important dans les interventions en cas de catastrophe ? Les
organismes d’aide, les gouvernements et les populations
collaborent-elles suffisamment pour faire face aux conséquences
humanitaires des changements climatiques et des phénomènes
météorologiques extrêmes ?
Réponse : Aucune intervention ne peut être efficace
sans une bonne coordination. Si la collaboration entre les institutions
d’aide et les gouvernements fonctionne de manière
relativement efficace dans les situations d’urgence de
grande ampleur, des ajustements sont nécessaires concernant
les interventions plus limitées.
Davantage doit être fait également pour inclure
les communautés dans les programmes de planification
des interventions d’urgence et de réduction des
risques.
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Le
bilan des maisons détruites par les inondations
continue de s’aggraver. Près de 200 000 personnes
ont déjà été déplacées.
(ANITA SWARUP/Fédération internationale)
(p16004)
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Des
villageois déplacés sont condamnés
à loger dans des abris surpeuplés pendant
plusieurs semaines encore, en attendant que les eaux se
retirent. Depuis la mi-juin, plus de 100 millions de Chinois
ont été affectés par des inondations
qui comptent parmi les pires à avoir frappé
le pays au cours des dernières décennies.
Photo: Croix-Rouge chinoise (p15970)
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Peter
Rees, chef du département Soutien aux opérations
de la Fédération internationale.
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