Dimanche
29 juillet restera un jour historique pour le football irakien
et pour Ammar. Malgré de sérieuses blessures,
cet homme de 35 ans était sorti de l’hôpital
du Croissant-Rouge jordanien pour suivre à la télévision
la finale de la Coupe d’Asie dans un café du centre
d’Amman. Un peu plus tard, des milliers d’Irakiens
envahissaient les rues de la capitale pour célébrer
la victoire remportée par leur équipe nationale
à Jakarta, en Indonésie.
“Ce succès a montré les ressources formidables
de l’homme dans les circonstances les plus difficiles”,
commente Ammar, qui a lui-même subi huit interventions
chirurgicales pour reconstruire sa jambe droite. “Notre
équipe rassemble des joueurs issus de toutes les composantes
religieuses et ethniques de l’Irak. Aujourd’hui,
nous sommes un seul peuple uni par le sentiment de la fierté
nationale”, ajoute-t-il avec un large sourire. “Nous
rêvions tous de vivre un tel jour depuis l’occupation
de notre pays en 2003.”
Les rues de la plupart des grandes agglomérations irakiennes
ont été le théâtre de manifestations
de liesse. Explosions, voitures piégées et tueries
ne semblaient soudain qu’un mauvais souvenir – les
gens ont saisi avec avidité cette occasion de célébrer
pour une fois la vie.
Près de deux millions d’Irakiens ont cherché
refuge en Syrie et en Jordanie au cours des quatre dernières
années. Cet afflux massif, représentant une augmentation
de la population de plus de 8 pour 100 en Syrie et de près
de 15 pour 100 en Jordanie, a mis à rude épreuve
les systèmes de santé, d’éducation,
d’approvisionnement en eau et autres services publics
des pays d’accueil, et les prix des biens de consommation
courante et de l’immobilier ont enregistré de très
fortes hausses.
Près de 750 000 personnes chassées de leurs foyers
par la violence ont, comme Ammar, trouvé asile en Jordanie.
Dans ce pays comme en Syrie, la Fédération internationale
aide les organisations du Croissant-Rouge à renforcer
leurs capacités sanitaires et médicales afin d’alléger
la pression subie par les services de santé publique.
Les deux Sociétés nationales travaillent également
en coopération avec les agences des Nations unies ainsi
qu’avec des ONG locales et internationales.
En avril, la Fédération internationale avait lancé
un appel d’urgence d’un montant de 18,2 millions
de francs suisses (USD 15 millions / EUR 11,1 millions) en vue
de financer des programmes de santé et de soutien psychologique
mis en oeuvre par le Croissant-Rouge au bénéfice
de quelque 60 000 familles réfugiées en Syrie
et de près de 40 000 familles réfugiées
en Jordanie.
La première de cinq nouvelles cliniques ouvrira très
prochainement ses portes dans un quartier déshérité
d’Amman où résident de nombreux Irakiens.
Outre des traitements médicaux de base, elle offrira
des soins dentaires et des services de laboratoire. Les patients
nécessitant des traitements plus sophistiqués
seront adressés au proche hôpital du Croissant-Rouge
jordanien.
D’autres programmes ont été mis en place
par les deux Sociétés nationales.
En Jordanie, cela inclut un partenariat avec Médecins
Sans Frontières (MSF) au profit d’Irakiens nécessitant
des soins orthopédiques, des opérations de chirurgie
reconstructive du visage et des traitements pour brûlures
graves. Une cinquantaine de patients par mois devraient bénéficier
de ce projet qui comprend la prise en charge de tous les frais
afférents – transport, hôtel et autres dépenses
courantes.
Ammar, victime d’un double attentat à la voiture
piégée à Bagdad, a déjà subi
huit interventions chirurgicales visant à extraire les
éclats d’obus et à reconstruire la jambe
lésée grâce à des greffes osseuses.
“Il faudra trois à huit mois pour que la guérison
soit complète”, explique le docteur Ali, son chirurgien
irakien. “La bonne nouvelle, c’est qu’il pourra
marcher normalement.” Les patients sont adressés
à son service par des médecins vivant dans les
différentes régions de l’Irak.
De son côté, le Croissant-Rouge syrien a mis en
place une douzaine de cliniques de pointe dans diverses parties
du pays, avec le concours du HCR et d’autres organisations.
Ces établissements assurent des traitements spécialisés
dans des domaines comme la gynécologie, la dentisterie,
la médecine interne, la neurologie, la pédiatrie
ou l’immunisation, par exemple. Ils offrent également
des services de laboratoire, de radiologie et de pharmacie.
Les cliniques de Damas accueillent de très nombreux patients,
soit une moyenne de 150 à 200 par jour chacune. “Je
soigne chaque semaine environ 200 patients”, rapporte
le docteur Akram Al-Hasani, chirurgien des os à la clinique
de Saida Zainab. “Beaucoup souffrent de blessures par
balles ou autres lésions anciennes.”
Les cliniques du Croissant-Rouge reçoivent indifféremment
Irakiens et Syriens. “Près de 70 pour 100 des habitants
du quartier sont Irakiens”, explique Amer Al-Ali, directeur
de la clinique de Jaramana, “mais tous les patients sont
les bienvenus. Nous ne faisons pas de discrimination.”
Les patients qui ont les moyens paient une part minime des coûts.
“Nous leur demandons une participation de l’ordre
de 20 pour 100”, poursuit Al-Ali. “Lorsqu’ils
ne peuvent pas payer, nous examinons leur situation sociale
et économique. Dans bien des cas, les traitements sont
entièrement gratuits.” Les familles les plus vulnérables
qui n’ont aucun revenu peuvent même recevoir une
aide financière de la Société nationale.
La détresse des Irakiens dans leur propre pays et à
l’étranger ainsi que l’importance des populations
déplacées (le HCR considère qu’il
s’agit du plus vaste exode depuis 1948, quand des centaines
de milliers de Palestiniens avaient fui leurs terres) ont amené
de nombreuses organisations internationales à élargir
leur assistance. On estime qu’à elle seule, la
Syrie accueille chaque mois entre 25 000 et 30 000 réfugiés.
Ces derniers jours, deux grandes réunions ont eu lieu
à Amman et à Damas à l’initiative
de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en
vue de coordonner les efforts d’assistance. A Amman, les
participants ont appelé la communauté internationale
à apporter un soutien massif aux gouvernements des deux
pays afin de les aider à faire face à une situation
de plus en plus difficile.
Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
était représenté par une importante délégation
conduite par Mohammad Al-Hadid, président de la Commission
permanente et président du Croissant-Rouge jordanien.
Des représentants de la Jordanie, de la Syrie, de l’Irak,
de l’Egypte, de l’Union européenne, des Nations
unies et de la Ligue arabe ont pris part aux discussions, et
des émissaires de l’Iran, de la Turquie, de la
Russie, du Royaume-Uni, des Etats-Unis et du Japon ont suivi
la réunion en qualité d’observateurs. Les
participants ont convenu du fait que le problème des
réfugiés irakiens ne pourrait être réglé
qu’une fois la paix rétablie dans le pays.
Ammar va retourner chez lui en dépit de la situation
extrêmement difficile et de la profonde insécurité
qui prévalent en Irak. Il ne se fait pas d’illusions
sur les épreuves qui l’attendent, mais il veut
croire que l’espoir et la confiance suscités par
la victoire de l’équipe nationale de football aideront
son peuple à sortir tôt ou tard de la crise. Dans
l’intervalle, il profite du répit que lui procure
son séjour en Jordanie.
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Le
Croissant-Rouge syrien a mis en place une douzaine de
cliniques de pointe qui assurent des traitements spécialisés
dans des domaines comme la gynécologie, la dentisterie,
la médecine interne, la neurologie, la pédiatrie
ou l’immunisation, par exemple. Ils offrent également
des services de laboratoire, de radiologie et de pharmacie.
Chacune accueille quelque 150 à 200 patients par
jour et traite chaque semaine environ 200 personnes souffrant
de lésions osseuses résultant souvent de
blessures par balles. Les cliniques du Croissant-Rouge
reçoivent indifféremment Irakiens et Syriens.
(p16052)
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Près
de deux millions d’Irakiens ont cherché refuge
en Syrie et en Jordanie au cours des quatre dernières
années, ce qui représente une augmentation
de la population de plus de 8 pour 100 pour la Syrie et
de près de 15 pour 100 pour la Jordanie. La Fédération
internationale aide les organisations du Croissant-Rouge
à renforcer leurs capacités sanitaires et
médicales afin d’alléger la pression
subie par les services de santé publique. En avril,
elle avait lancé un appel d’urgence d’un
montant de 18,2 millions de francs suisses. (p16054)
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La
première de cinq nouvelles cliniques ouvrira très
prochainement ses portes dans un quartier déshérité
d’Amman où résident de nombreux Irakiens.
Outre des traitements médicaux de base, elle offrira
des soins dentaires et des services de laboratoire. Le
Croissant-Rouge jordanien a également établi
un partenariat avec Médecins Sans Frontières
(MSF) au profit d’Irakiens nécessitant des
soins orthopédiques, des opérations de chirurgie
reconstructive du visage et des traitements pour brûlures
graves. Ce projet prend en charge la totalité des
coûts. (p16055)
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Les
patients des cliniques du Croissant-Rouge paient une part
minime (20 pour 100) des soins, pour autant qu’ils
en aient les moyens. Lorsqu’ils ne peuvent pas payer,
on examine leur situation sociale et économique,
après quoi les traitements sont dans la plupart
des cas intégralement pris en charge. Les familles
les plus vulnérables qui n’ont aucun revenu
peuvent même recevoir une aide financière
de la Société nationale. (p16056)
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