Deux
jours avant que l’ouragan Felix, classé alors en
catégorie 5 – le niveau le plus élevé
– ne touche terre mardi matin, le chef des opérations
de la Croix-Rouge du Nicaragua, Flavio Vanegas, arrivait à
Puerto Cabezas, un port du littoral de l’Atlantique, avec
un camion chargé de secours.
Avec un petit groupe de collègues de la Société
nationale, il avait effectué un éprouvant trajet
de dix heures de route depuis la capitale Managua, située
de l’autre côté du pays, au titre des plans
d’urgence en prévision de la saison des ouragans.
En temps normal, le voyage se fait en avion, en raison de la
jungle touffue qui recouvre l’est du territoire.
S’exprimant mardi en fin de journée depuis la ville
durement touchée par Felix, Vanegas indiquait que la
Croix-Rouge collaborait étroitement avec les autorités
locales pour tenter d’évaluer avec précision
l’ampleur des dommages.
“Presque toutes les maisons ont perdu au moins leurs toitures”,
déclarait-il, “et près de la moitié
sont totalement détruites.”
Selon la Croix-Rouge, près de 5000 familles ont été
affectées par l’ouragan qui a fait au moins trois
morts, dont un enfant.
Le maire de Puerto Cabezas a réclamé une aide
alimentaire pour les personnes évacuées dans les
abris de la région. Aujourd’hui, les écoles
restent fermées, beaucoup d’entre elles ayant été
converties en centres d’hébergement d’urgence.
Dans certains secteurs, les puits ont été contaminés
par l’eau de mer.
La Croix-Rouge du Nicaragua s’emploie en ce moment à
collecter de la nourriture, de l’eau en bouteille et des
vêtements parmi la population et elle a ouvert deux comptes
bancaires pour recueillir les dons en espèces. Ses employés
et ses volontaires assurent des distributions de secours, des
soins de santé de base et un soutien psychologique aux
sinistrés, en coordination avec les pouvoirs publics.
Selon les derniers rapports, plus de 12 000 personnes avaient
été évacuées en sécurité
avant que l’ouragan Felix ne vienne frapper Puerto Cabezas.
La Croix-Rouge locale précise que d’autres habitants
avaient refusé d’abandonner leurs foyers.
La prise de conscience du danger que représentent les
ouragans sur le littoral Atlantique du Nicaragua et de l’importance
cruciale de la préparation aux catastrophes s’est
accentuée ces dernières années avec la
mise en oeuvre de projets pilotes sur le changement climatique
soutenus par la Croix-Rouge néerlandaise.
En Amérique centrale comme dans les Caraïbes, on
s’inquiète sérieusement de l’impact
futur du changement climatique sur la fréquence et la
gravité des ouragans, en particulier depuis la saison
2005 qui avait été d’une intensité
sans précédent, avec notamment l’ouragan
Katrina.
Felix, qui a dans l’intervalle continué sa route
à l’ouest vers le Honduras, ravivera aussi les
terribles souvenirs laissés par le passage de Mitch en
1998. Le Honduras et le Nicaragua avaient été
les deux pays les plus durement frappés par cet ouragan,
la pire catastrophe de l’histoire récente en Amérique
latine.
Les zones marécageuses du littoral Atlantique au Honduras
et au Nicaragua, qui forment ensemble la fameuse Miskito Coast,
sont très exposées aux ouragans. Ramon Arnesto
Sosa, directeur de la principale agence nicaraguayenne de gestion
des catastrophes, déclarait lundi aux représentants
de la presse à Managua que quelque 50 000 personnes sont
particulièrement vulnérables, parce qu’elles
résident sur les berges de cours d’eau, sur les
flancs de collines ou sur de petites îles.
Après Dean il y a deux semaines, Felix est le second
ouragan de catégorie 5 à balayer la région
en moins d’un mois. Le National Hurricane Centre des Etats-Unis
indique que c’est la première fois que deux ouragans
de cette intensité touchent terre pendant la même
saison depuis 1986, année qui a marqué le début
d’une longue série de records en la matière.
Felix, qui est retombé en catégorie 1 à
mesure qu’il s’enfonçait à l’intérieur
des terres, a néanmoins continué de déclencher
des alertes majeures dans tous les pays qu’il a traversé,
y compris dans la capitale hondurienne, Tegucigalpa, à
nouveau affectée par de dramatiques inondations éclairs
une dizaine d’années après le passage de
Mitch.
La Fédération internationale a publié un
appel d’urgence préliminaire et débloqué
200 000 francs suisses (USD 166 000 / EUR 122 000) de son Fonds
d’urgence pour les secours en cas de catastrophe afin
d’aider les Sociétés de la Croix-Rouge d’Amérique
centrale à répondre aux besoins les plus pressants.
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Des
habitants de Puerto Cabezas environnés par des
arbres, des réverbères et des poteaux de
téléphone abattus par l’ouragan Felix.
(REUTERS/Oswaldo Rivas/courtesy www.alertnet.org)
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