Au
milieu de l’Océan indien, où il n’existe
aucune route susceptible de transporter les matériaux
nécessaires pour construire 600 maisons et les 'infrastructures
correspondantes, la Croix-Rouge tente de reconstruire entièrement
une nouvelle communauté. Janine Gray, de la Croix-Rouge
australienne, rend compte des progrès accomplis 14 mois
après le début de la construction.
Le temps est lourd et humide aux Maldives ; il fait 31 degrés
et l’heure est venue de déjeuner. Nous sommes invités
par Solih, le chef de la communauté de Kandholhudhoo,
à partager un imposant repas composé de steaks
de thon, de poissons de récif, de pommes de terre au
curry, de rotis, de morceaux de thon au curry et de coca cola.
Malgré la chaleur, tout le monde a faim et se presse
devant la table du buffet. Le thon est servi très cuit,
comme il est de coutume ; le poisson de récif, lui, aurait
mérité quelques secondes de cuisson supplémentaires.
Solih était le chef de l’île de Kandholhudhoo
lorsque le tsunami a frappé la région, détruisant
entièrement la communauté. Trois personnes ont
été tuées et tous les habitants ont été
contraints de quitter leurs maisons et de trouver refuge dans
l’une des cinq îles environnantes de l'atoll de
Raa. Trois ans après la catastrophe, les habitants de
Kandholhudhoo vivent toujours dans des abris provisoires en
attendant que la construction de leurs nouvelles maisons, sur
l’île de Dhuvafaaru, soit achevée.
La population trouve le temps long parfois, en particulier dans
les camps provisoires souvent bondés et inconfortables
du fait de la chaleur. Comme l’explique Michael Wardick
de la Fédération internationale, la construction
d'une communauté en plein milieu de l'océan représente
un défi immense. « Tous les matériaux, sans
exception, doivent être importés. Ils transitent
par Male', la capitale des maldives, où ils sont dédouanés,
puis doivent être transportés par "dhoni"
(bateau traditionnel des Maldives) à Dhuvafaaru. Tout
est acheminé par bateau : les blocs de fondation, le
ciment, le sable, l'acier, les équipements de constuction,
les camions benne, les chariots élévateurs, les
fixations lègères, la nourriture destinée
aux ouvriers, les ouvriers et même les consultants,»
ajoute t-il en riant. Nous sommes confrontés à
un véritable défi logistique; d’un point
de vue technique, c’est « tout bonnement incroyable
».
D’autant plus incroyable que l’objectif est de construire
600 maisons, quatre écoles, un centre communautaire,
un complexe administratif, un centre de réunion polyvalent,
des terrains de sport et un hôpital. Les 300 ouvriers
qui travaillent sur le chantier viennent de tout l’hémisphère
Sud ; ils n’ont pas vu leurs familles depuis l’année
dernière. Ils ont chaud et la fatigue peut se lire sur
leurs visages salis par la poussière, mais ils sont déterminés
à terminer ce qu’ils ont commencé.
Les bénéficiaires, qui sont invités chaque
mois sur Dhuvafaaru pour voir l’avancement des travaux,
réagissent de manière très positive. Il
y a peu, Grand-maman Ameena, comme elle aime se faire appeler,
s’est rendue à Dhuvafaaru pour la première
fois. Elle a été impressionnée par ce qu’elle
a vu. « J’y suis allée pour me rendre compte
par moi-même et vérifier si ce que disait les autres
était vrai. Je voulais voir de mes propres yeux et j'en
suis restée sans voix. Je suis admirative. J'espère,
par la grâce de Dieu, pouvoir amener mon mari ici un jour
pour lui montrer l'endroit. »
On éprouve un sentiment étrange lorsque l'on regarde
autour de soi, mais pour les habitants des Maldives, il est
relativement courant de devoir changer d’île. La
plupart des îles de l’archipel sont à peine
plus hautes que le niveau de la mer et peuvent littéralement
être submergées du jour au lendemain.
« Kandholhudhoo était une petite île surpeuplée
avant le tsunami et il était d’ores et déjà
prévu de l’évacuer, » précise
Solih. Sa population était estimée à 3600
personnes, dont la majorité était âgée
de moins de 20 ans. L’île était située
à 1, 2 mètres seulement du niveau de la mer.
Kandholhudhoo s'appuyait sur une économie relativement
dynamique tournée vers les activités de pêche
en haute mer. En fait, explique Solih, « les pêcheurs
ont repris leurs activités sur l’ancienne île,
où les eaux sont très poissonneuses, ce qui explique
pourquoi elle a pu attirer autant de monde. Ils pêchent
du samedi au jeudi, puis reviennent dans leur famille pour quelques
jours avant de repartir. Les bonnes semaines, ils gagnent jusqu'à
3000 rufiyaa (soit près de 315 frencs suisses ou 265
dollars US ou 188 euros). »
«Il est probable qu’ils fassent de même une
fois installés sur Dhuvafaaru, » précise
t-il. « Le site est idéal ; l’île présente
plus d’avantages que l'ancienne. Elle est plus grande
et offre des possibilités d’extension pour peu
que l’on défriche certaines terres. »
L’île de Dhuvaafaru a été choisie
car elle est l’une des plus ‘sures’ –
« au moins est-elle situé plus haut par rapport
au niveau de la mer », précise Michael. «Je
pense qu'avec le temps et compte tenu du nombre d'habitants
et d’équipements disponibles sur l’île,
Dhuvaafaru deviendra capitale d'atoll. »
Outre les infrastructures traditionnelles parmi lesquelles un
centre de traitement des eaux et des déchets, il est
prévu de construire un dispositif de production d'énergie
d'origine renouvelable sur l’île. Les Maldives ont
été le premier pays à signer et à
ratifier l’Accord de Kyoto en 1998. Il ressort d’un
rapport présenté par le gouvernement que le principal
objectif de la politique nationale en matière d’énergie
est de renforcer la sécurité énergétique
du pays en favorisant la production d'énergies renouvelables
au niveau local.
La communauté a largement soutenu les initiatives visant
à promouvoir l’énergie éolienne et
solaire sur Dhuvaafaru en complément des systèmes
existants de production d’électricité à
partir de combustibles fossiles.
Il est prévu que la population de Kandholhudhoo s’installe
sur l’île de Dhuvaafaru en 2008. D’ici là,
grand-maman Ameena entend convaincre ses concitoyens de se montrer
patients. « Tout le monde me connaît dans le village
parce que je parle beaucoup. Je n’aurai que cela à
la bouche pendant des semaines. Je pense que je peux davantage
justifier mon point de vue, maintenant je sais que j’ai
raison. Je suis tellement heureuse que je ne vois pas ce que
je pourrais ajouter. »
|
 |
 |
|
Au
milieu de l’Océan indien, où il n’existe
aucune route susceptible de transporter les matériaux
nécessaires pour construire 600 maisons et les
'infrastructures correspondantes, la Croix-Rouge tente
de reconstruire entièrement une nouvelle communauté.
(p16529)
|
|
|
|
|
 |
|
Solih
était le chef de l’île de Kandholhudhoo
lorsque le tsunami a frappé la région, détruisant
entièrement la communauté. Trois personnes
ont été tuées et tous les habitants
ont été contraints de quitter leurs maisons
et de trouver refuge dans l’une des cinq îles
environnantes de l'atoll de Raa. (p16530)
|
|
 |
|
| Tous
les matériaux, sans exception, doivent être
importés. Ils transitent par Male', la capitale
des maldives, où ils sont dédouanés,
puis doivent être transportés par "dhoni"
(bateau traditionnel des Maldives) à Dhuvafaaru.
Tout est acheminé par bateau : les blocs de fondation,
le ciment, le sable, l'acier, les équipements de
constuction, les camions benne, les chariots élévateurs,
les fixations lègères, la nourriture destinée
aux ouvriers, les ouvriers et même les consultants.
C'est véritable défi logistique; d’un
point de vue technique, c’est « tout bonnement
incroyable ». (p16531) |
|
 |
|
| Les
300 ouvriers qui travaillent sur le chantier viennent
de tout l’hémisphère Sud ; ils n’ont
pas vu leurs familles depuis l’année dernière.
Ils ont chaud et la fatigue peut se lire sur leurs visages
salis par la poussière, mais ils sont déterminés
à terminer ce qu’ils ont commencé.
(p16532) |
|
 |
|
L’île
de Dhuvaafaru a été choisie car elle est
l’une des plus ‘sures’, au moins est-elle
situé plus haut par rapport au niveau de la mer.
(P16533)

Il y a peu, Grand-maman Ameena, comme elle aime se faire
appeler, s’est rendue à Dhuvafaaru pour la
première fois. Elle a été impressionnée
par ce qu’elle a vu. « J’y suis allée
pour me rendre compte par moi-même et vérifier
si ce que disait les autres était vrai. Je voulais
voir de mes propres yeux et j'en suis restée sans
voix. Je suis admirative. J'espère, par la grâce
de Dieu, pouvoir amener mon mari ici un jour pour lui
montrer l'endroit. » (p16534)

Les bénéficiaires, qui sont invités
chaque mois sur Dhuvafaaru pour voir l’avancement
des travaux, réagissent de manière très
positive. (p16535) |
|